Tribune libre/ Coronavirus : La situation des détenus préoccupe Me SANVEE Ohini Lionel

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©AfreePress-(Lomé, le 30 avril 2020)- Face à la pandémie à Coronavirus, la meilleure méthode adoptée par les Etats demeure le confinement. Anodin lorsqu’il est annoncé, gênant lorsqu’il est vécu, et traumatisant lorsqu’il est prolongé sans cesse. Dans ce contexte, Me SANVEE Ohini Lionel se demande comment vivraient les détenus si l’on compare leur situation à un confinement plus ou moins long. Il plaide alors pour plus d’humanisme à leur égard.

Fin 2019, une banale découverte a été faite à Wuhan dans la province de Hubei au centre de la Chine. Il s’agit d’un minuscule virus qui aurait infecté des personnes qui travaillaient et fréquentaient un marché de poissons et de volailles. Comme une trainée de poudre, cette crise locale a gagné toute la Chine et est même sortie de ses frontières. Le petit virus est devenu un « virus sans frontières ».

L’Europe, l’Asie, l’Amérique et l’Afrique sont touchées à leur tour. Ainsi donc, d’une simple infection, on est passé, selon le jargon médical, d’une épidémie à une pandémie. Pour arrêter l’hécatombe, des frontières terrestres, aériennes et maritimes entre pays se sont vu fermées. Plusieurs pays ont décidé de décréter le confinement total ou partiel de leurs populations. Selon une définition simple et largement admise, confiner, c’est « forcer à rester dans un espace limité ».

Sur cette base définitionnelle, en décrétant le confinement, les Etats ont voulu forcer leurs populations respectives à rester dans les limites géographiques de leurs domiciles, appartements, studios, etc. L’objectif de cette mesure était de rompre la chaîne de contamination qui s’élargissait comme une toile d’araignée. Après quelques semaines, voire un mois de mise en œuvre de cette mesure, on découvre son extrême pénibilité. Les populations expriment de plus en plus leurs souffrances. Il s’agit d’une véritable épreuve. Les personnes confinées ont le choix de circuler entre leur chambre à coucher, le salon, la cuisine. Pour les plus chanceux, il y a la possibilité d’accéder à un espace extérieur de leur maison (balcon, jardin, cour).

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L’impact psychologique est immense et il est presque certain que les psychologues, de même que les psychiatriques auront fort à faire après la fin de la pandémie. La question que nous nous posons en observant cette situation est que si la situation est si pénible pour les populations confinées en seulement quelques semaines ou mois, quel doit être l’état psychologique des personnes soumises à détention pendant plusieurs mois, années, à vie. La détention est aussi surement un confinement de petite, moyenne et longue durée dans les limites géographiques d’une cellule individuelle, d’un dortoir commun ou d’une cour commune d’une prison. On nous répondra certainement que leur incarcération n’est pas due à la pandémie mais plutôt à leurs mauvais comportements et pour avoir violé les normes pénales. On ajoutera sûrement aussi que certains sont des grands criminels et qu’il est de bonne guerre de les confiner définitivement et ce, sans état d’âme. Ces objections sont compréhensibles, mais notre intention n’est pas de les dédouaner ou de faire l’apologie des délits et des crimes. Nous devons à ce stade de la réflexion, rappeler sommairement quelques fondamentaux du droit pénitentiaire.

La fonction essentielle de la sanction pénale est la fonction éducative. Elle vise à former la personnalité du condamné dans un sens voulu. La prison n’étant pas une fin en soi, le condamné est appelé à rejoindre la société dans un meilleur état de comportement. Si tel est le cas, la détention ne doit pas avoir pour conséquence la destruction ou l’anéantissement total de la personnalité du détenu. Or il est aujourd’hui établi que la détention, dès ses premières heures, crée au détenu des chocs émotionnels, psychologiques et même physiques. Ces chocs sont encore plus grands lorsqu’il s’agit des peines de longue durée telle que la réclusion à perpétuité.

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A côté de la peine infligée par un tribunal, les détenus font face à des sanctions à l’intérieur des prisons. L’ultime sanction est l’isolement cellulaire qui est considéré comme « une peine dans la peine ». Conformément aux règles Mandela, l’isolement cellulaire signifie l’isolement d’un détenu pendant 22 heures par jour ou plus, sans contact humain réel.

L’isolement cellulaire prolongé signifie un isolement pour une période de plus de 15 jours consécutifs. Quoiqu’interdit par les règles Mandela, cette pratique est couramment utilisée dans les lieux de détention. L’argument invoqué par la majorité des responsables pénitentiaires est la dangerosité des personnes qui y sont soumises. Plusieurs études de criminologie ont confirmé que les détentions de longues durées ont des répercussions mentales et somatiques sur le détenu. Il s’agit des manifestations suivantes : troubles de la perception du temps, grande répression émotionnelle, automutilation, troubles du comportement, propension au suicide, etc.

L’analyse des effets du confinement sur les populations nous ouvre la raison et le cœur sur la situation de confinement plus encadré et plus sécurisé que vivent les détenus, parfois sur de longues périodes. Si les détenus sont appelés à revenir à la société dans un meilleur état, il urge que les politiques carcérales de nos pays tiennent compte des effets dévastateurs de l’enfermement sus évoqués. Il est de plus en plus impérieux d’accorder plus d’attention aux détenus en leur offrant plus d’espace dans les cellules, dortoirs et cours.

L’assistance psychologique ne doit pas être considérée comme un luxe. Les activités récréatives quotidiennes deviennent presque une nécessité pour leur équilibre. En le faisant, ce n’est pas la promotion du crime ou des délits, mais plutôt la promotion de la dignité humaine. Le confinement actuel nous montre le chemin de l’humanisme envers ces personnes particulièrement vulnérables.

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En le faisant aujourd’hui pour eux, nous le faisons pour nous-mêmes.

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