Harcèlement sexuel, proposition de promotion canapé, drague assidue et insistante : Les femmes journalistes déballent tout

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©AfreePress-(Lomé, le 15 janvier 2020)- Témoignage : « Il me disait que si j’acceptais de quitter mon mari pour lui, je n’aurais même plus à travailler. Il mettra tout à ma disposition, car je suis tellement jolie pour souffrir… ». Le harcèlement sexuel en milieu professionnel est défini comme « toute conduite non souhaitée, de nature sexuelle qui interfère avec le travail, conditionne l’emploi ou le déroulement normal de la carrière ou crée un environnement de travail intimidant ». C’est en somme, une forme de violence contre les femmes et/ou les hommes (cas rare) et perçue comme un traitement discriminatoire basé sur des avances sexuelles importunes et indésirables, des demandes de faveurs sexuelles et autre contact verbal ou physique de nature sexuelle. Le phénomène prend en compte, à la fois des violences physiques et des formes plus subtiles de pression, telle que la contrainte qui est le fait d’obliger une personne à faire quelque chose contre sa volonté.

Le harcèlement sexuel peut se dissimuler derrière certaines petites « blagues » à caractère sexuel et de façon répétée, des invitations constantes (indésirables). Il peut aussi se manifester sous la forme d’attouchements ou caresses sur une personne de façon inappropriée et contre son avis.

Le phénomène loin d’être limité aux lieux de travail, peut également se manifester dans des groupes non formels comme les associations, les regroupements religieux… Il prend de plus en plus d’ampleur au Togo, alertent les spécialistes. Les victimes renoncent souvent à porter plainte par manque de preuves ou par peur de représailles.

Quelle est la situation dans les médias togolais ? Nous faisons une plongée dans les méandres des rédactions et remontons à la surface avec certaines réalités cachées et méconnues.
Dans les médias togolais à l’instar des autres secteurs d’activité, elles sont nombreuses à subir le harcèlement sexuel au quotidien sans avoir le courage d’en parler pour que des mesures soient prises pour les protéger, même à l’ère du « Me Too ». Dans ce dossier, l’Agence de presse AfreePress vous propose des témoignages poignants recueillis auprès des journalistes des médias publics comme privés sur le harcèlement qu’elles ou qu’ils subissent au quotidien de la part de leurs supérieurs ou de leurs collègues.

Un phénomène qui a la vie dure

Etonam Sossou, journaliste-reporter au journal « L’Union pour la Patrie » témoigne. Le harcèlement sexuel dans les médias, avance-t-elle, n’est pas une chose nouvelle. Il se manifeste aussi bien dans les rédactions que sur le terrain (lieux de reportage) où les jeunes filles sont harcelées. « Personnellement, j’ai eu à faire face à ce phénomène quelquefois dans l’exécution de mon travail. Par exemple, un jour, nous sommes allés en voyage dans une ville de l’intérieur du pays dans le cadre d’une formation. C’était pour une semaine. L’hôtel dans lequel tous les participants étaient logés, les télévisions ne fonctionnaient pas dans les chambres. Donc nous allions suivre le journal de 20 heures à la réception de l’hôtel. Un jour, alors que nous suivions le journal, à un moment donné, un confrère qui travaille dans une radio de la place (je ne connaissais même pas son nom, puisque nous n’étions même pas amis, mais nous nous croisions seulement sur les lieux de reportage ) a écrit un message sur son téléphone il me l’a montré. Il a écrit ‘’je t’attends dans ma chambre’’. Quand j’ai lu le message sur son téléphone, j’étais choquée, mais je n’ai rien dit. Après son départ, je suis montée dans ma chambre à l’étage là où je suis logée. Quelque temps après, quelqu’un est venu cogner à ma porte. J’ai soupçonné que c’était lui alors j’ai regardé par la fenêtre et effectivement, c’était lui. Alors je n’ai pas ouvert la porte. À un moment donné, il a commencé par forcer la porte, il voulait défoncer la porte. J’ai dû pousser la table qui était dans la chambre pour renforcer la porte. Quelques minutes après, il est reparti. Le lendemain, on s’est rencontrés au déjeuner, je lui ai dit que la prochaine fois qu’il tenterait encore ce qu’il a fait, j’irai directement porter plainte pour harcèlement. C’est un exemple parmi tant d’autres. Dans un autre cas, lorsque tu demandes une interview à quelqu’un, je veux dire, à une personnalité, il s’arrange pour te donner rendez-vous dans un lieu où il peut tenter d’abuser de toi », a-t-elle confié.

Cette autre journaliste officie à la télévision nationale (TVT). Elle a accepté de se confier à nous, mais sous le sceau de l’anonymat. Nous l’appellerons donc Sylvie. Jeune, belle et séduisante, Sylvie avoue avoir été la cible à plusieurs reprises de personnes à la libido incontrôlable dans le cadre du travail et déballe toutes les formes de harcèlement que subissent les jeunes journalistes et stagiaires dans certains médias publics de notre pays.

« À notre niveau, le phénomène commence par des appréciations. De jour en jour toi la femme, tu te rends compte que derrière ces appréciations, se cache autre chose qui sort de la relation entre collègues ou amis du même service. Pour vous donner une idée sur la chose. Ce sont souvent les supérieurs qui harcellent. Quand ils te voient des fois, ils ont envie de te toucher, de te faire des câlins. Des fois, c’est totalement inattendu, il sort de nulle part pour te chatouiller l’épaule alors qu’au fond de toi, ça ne te plaît pas. Et chaque jour, c’est la même chose que tu vis. Certains hommes chez nous à la télévision, ont cette habitude de vouloir te prendre dans leurs bras. Pour couronner le tout, ils prétendent exprimer leur amitié envers toi. Alors que c’est faux, toi la jeune femme qui subit ça, tu connais bien son intention. Des fois, si ce n’est pas des compliments exagérés, certains vont jusqu’à te toucher les fesses devant les autres collègues. Et ils le font sur d’autres filles. Pour eux, c’est une manière de s’amuser avec tout le monde », s’est-elle désolée.

Le harcèlement au travail est devenu un phénomène normal, voire « naturel ». Mais il détruit la carrière de plein de jeunes journalistes qui sont parfois atteintes sur le plan moral et professionnel.

« Pendant longtemps, on a minimisé la portée du phénomène sur nos lieux de travail et il a pris de l’ampleur et se passe toujours dans nos rédactions. Et quand on voit le raisonnement de ceux qui posent ces actes, pour eux, il n’y a harcèlement que quand un homme force une femme jusqu’à la violer dans un lieu isolé. Donc ils estiment que du moment où c’est aux yeux de tout le monde, ce n’est pas du harcèlement, c’est ce qui les pousse à continuer. Un autre exemple qui est courant, c’est lorsque tu mérites une promotion et tout le monde sait que tu dois avoir cette promotion, juste parce que celui qui va t’accorder cette promotion, nourrit des ambitions sur ton corps et que tu ne cèdes pas, il fait tout pour te bloquer. Il donne à d’autres personnes ta place juste parce qu’il envoie les signaux, mais tu les ignores, tu n’auras jamais cette promotion. Il va user de tout son pouvoir pour t’enlever ce qui devrait te revenir. Certaines filles finissent par céder pour ça. Donc, c’est pour vous dire que le harcèlement existe bel et bien dans les médias et en particulier à la TVT », précise cette jeune dame.

Certains responsables sont même bien connus pour être de fidèles adeptes de ces pratiques. Il devient presque impossible aux jeunes filles d’échapper au phénomène et d’exercer confortablement leur métier, regrette Sylvie.

« Le comble est qu’ils n’ont peur de rien. Les nouvelles filles qui arrivent pour les stages, certaines se laissent aller. On ne peut pas les juger. Moi, j’estime qu’il faut savoir ce qu’on veut dans ce milieu. Je parle de la télévision parce que c’est ce que je maîtrise le mieux. J’entends dire qu’à la radio, c’est encore pire. Ce que je sais, c’est que mêmes les filles qui viennent pour les stages sont aussi harcelées 24H/24 par nos chefs. Ils sont dans leurs bureaux et les appellent soi-disant pour des missions et quand elles viennent dans les bureaux, c’est des attouchements qui commencent. Certaines filles ne supportent pas ces comportements et ressortent en pleurs. D’autres cèdent et la relation entre elles et le supérieur commence et grandit. À partir du moment où ils ont couché ensemble, la stagiaire n’a plus de respect pour son supérieur, voire même pour les autres collègues », indique-t-elle.
C’est une situation qui doit interpeller plus d’uns. Selon Sylvie, le harceleur, lorsqu’il n’obtient pas ce qu’il désire, le harcèlement sexuel se transforme très vite en harcèlement moral et psychologique. Celui-ci n’hésite pas à profiter de sa position pour infliger arbitrairement des sanctions, et même user de son pouvoir pour rendre la vie difficile à la femme qui refuse ses avances.

« C’est un phénomène que nous déplorons. Le comble, c’est lorsqu’on tente de dire que ce qu’ils font ne nous plaît pas. Ils s’en foutent éperdument. Quand ils te voient le lendemain, ils vont refaire la même chose. Des fois, dès que tu rentres dans leur bureau, de façon amusante, ils te disent ouvertement ‘’toi, je veux t’enceinter, mais tu ne veux pas hein !’’. Ce qui est surprenant, c’est qu’ils sont sérieux quand ils disent ces choses et s’ils trouvent l’occasion, ils le font sans cligner des yeux. Dans un autre cas, ce sont des allusions : « Tu refuses de devenir ma femme non…».Et à chaque fois, on nous pourrit la vie avec ces choses. Certains d’entre eux sont très stratèges. Quand tu rentres dans leur bureau pour leur faire un rapport ou pour signaler un problème, ils t’appellent « ma chérie » alors que devant les autres, ils ne peuvent pas t’appeler ainsi. Soit dès que tu rentres dans leur bureau, ils te disent qu’ils ont appris que tu as un copain dans la boîte alors que c’est faux. Ils inventent juste ça pour t’intimider et certains vont jusqu’à te menacer… Dans un environnement normal, on devait traduire ces personnes devant les tribunaux, mais malheureusement nous n’avons pas le pouvoir de dénoncer ces cas, parce que quand tu oses, ton séjour dans la boîte sera un enfer. Avec tout ça, c’est compliqué de réussir sans satisfaire à ces propositions déplacées, surtout si tu es une jeune femme », poursuit-elle.

Et les femmes mariées du secteur ne sont pas épargnées. Les révélations de cette jeune journaliste de la télévision sont confirmées par une deuxième. Celle-ci est mariée et mère de plusieurs enfants. Elle officie dans la plus grande Agence de presse de la place. Cette dernière a également requis l’anonymat. Nous l’appellerons Akoko (nom d’emprunt).

Le harcèlement sexuel a bel et bien cours dans la presse, confirme-t-elle. « Que tu sois fille ou femme, les hommes ne semblent pas avoir de tabous. Dans un métier comme le nôtre, qu’on soit d’un média public ou privé, les gens pensent que nous vivons dans la précarité et ils ne manquent aucune occasion pour nous faire des propositions, même les plus indécentes, pensant que ce serait aussi facile de nous avoir. Que ce soit au niveau des organisateurs d’événements ou de nos collègues ou même de nos chefs, le harcèlement existe. Nos chefs nous proposent des promotions, des avancements et autres avantages. Les collègues finissent par monnayer les relations professionnelles en proposant des sorties à des lieux impensables. Il y a tellement de choses sur le phénomène qu’on ne peut pas tout dire », a-t-elle laissé entendre.
Les moyens de pression du harceleur…

Ce n’est un secret pour personne. Un harceleur qui se sent menacé, a recourt aux menaces et à du chantage. Il rêve de vengeance juste dans le but d’obliger sa victime à craquer et à accepter ses avances ou à lui faire regretter son refus.

Les journalistes de sexe féminin interrogées n’ont pas manqué de revenir sur ce qu’elles qualifient de moyens de pression des harceleurs. « Je prends par exemple le cas de la présentation à la TVT. Ton supérieur, qui sait très bien que tu es dans la boîte depuis un bon moment et que tu es suffisamment aguerrie pour assurer la présentation, ne te donne pas cette opportunité juste parce qu’il t’a fait des avances que tu n’as pas acceptées. Il ne t’autorisera jamais à aller devant l’écran. S’il donne son accord, tu n’iras pas loin et il va inventer des histoires et dire que tu ne fais pas bien la présentation, ou que tu n’as pas les qualités requises, etc. Alors que toi seule en tant que jeune fille, tu sais pourquoi il a agi ainsi. Dans un autre cas, pour un rien du tout ou à la moindre erreur, il te sanctionne. Même des fois, il crie sur toi comme si tu étais son enfant, ou il te parle comme si vous êtes en conflit. Parce que tu n’as pas cédé à ses avances, il devient agressif et méchant avec toi. À cause de leur désir non satisfait, ils font tout pour bloquer les opportunités qui se présentent à de jeunes filles pouvant les aider à progresser dans le métier. Si c’est une formation, ou un projet qui va te permettre d’aller loin, tu es automatiquement écartée. Ce qui amène certaines jeunes filles à démissionner », déplore-t-elle.

Le harcèlement se passe aussi sur les lieux de reportage

En dehors des rédactions, les filles journalistes sont aussi harcelées sur les lieux de reportage par des Directeur de communication, attachés de presse ou conseillers en communication des institutions et organisations internationales de la place. Certains n’hésitent pas à récupérer sur les listes de présence, les numéros des journalistes qu’ils ont repérées. Ensuite, ils les appellent et les invitent à des rencontres privées et à soirées à deux.

« À mon avis, c’est lorsqu’une femme journaliste prend l’habitude de courir derrière les primes de déplacement, qu’elle s’expose à ce phénomène. Dans un autre cas, les organisateurs d’événement peuvent se servir de la liste d’émargement pour prendre les numéros des filles journalistes et les appeler après. Mais en tant que femme de valeur, c’est à toi de refuser de répondre aux rendez-vous et appels si tu sais que ce qu’ils veulent, sort du cadre professionnel. Sinon je ne vois pas comment un organisateur d’événement peut harceler une journaliste comme cela peut se passer dans une rédaction, puisqu’après l’événement, tu ne croiseras plus le chemin de cet homme. Mais si toi-même, tu ne te valorises pas et tu demandes des faveurs, tu deviens alors une proie facile entre leurs mains », ajoute Etonam Sossou.

Le harcèlement peut être évité sur les lieux de reportage. Mais certains harceleurs sont de véritables teignes.

« Un jour, j’ai reçu un appel et au bout du fil, un inconnu qui m’appelle par mon prénom. Étonnée, je lui demande qui il est. Pour toute réponse, il me dit que cela n’avait pas d’importance, mais qu’il tenait à me féliciter par rapport à l’article que j’ai fait de son événement. Je lui ai dit que c’était gentil de sa part. Il m’a proposé une rencontre pour mieux nous connaître. Je lui ai dit de passer au boulot une fois qu’il est disponible, car pour moi, c’est le lieu idéal pour mes rencontres professionnelles. Il n’a pas répondu au rendez-vous, mais il a continué à m’envoyer des messages d’amour, des films pornographiques et des images obscènes, me disant même que si j’acceptais de quitter mon mari pour lui, je n’aurai même plus à travailler. Il mettra tout à ma disposition, car je suis tellement jolie pour souffrir. Il a commencé par envoyer des transferts d’argent sur mon compte T-money et à chaque fois, je les lui renvoyais pour lui prouver que je tenais à ma dignité malgré là où il me classait par rapport à mon boulot et là où moi-même, je me classais par rapport à mon statut de femme au foyer. À ma grande surprise, il m’a fait livrer un bouquet de fleurs par un coursier le jour de mon anniversaire, avec ce mot ‘’l’organisateur que tu refuses de rencontrer’’. Ceci m’a créé un énorme problème dans mon foyer. N’en pouvant plus, je l’ai simplement bloqué », relate notre Akoko.

Un autre aspect relevé par les personnes interrogées dans le cadre de ce dossier, tient au fait que certains organisateurs d’événement choisissent eux-mêmes la personne devant venir couvrir leur événement. C’est un moyen pour ces derniers de mettre la pression sur leurs victimes et en cas de refus des avances de ceux-ci, ils n’hésitent pas à retirer le nom de l’organe de leur liste des médias partenaires et des médias privilégiés, a témoigné Christelle Agnindom, journaliste web à « Lomegraph ».

À quand la libération de parole ?

Pour venir à bout de ce phénomène au sein de la société togolaise en général et dans les médias en particulier, il faut commencer par dénoncer les cas de harcèlement. Aujourd’hui, le Togo est l’un des pays d’Afrique qui travaille ardemment pour la promotion et l’autonomisation de la femme. Et les exemples sont légion pour le prouver avec des femmes nommées à la présidence de l’Assemblée nationale, à la Primature, au Secrétariat de la présidence de la République et à d’autres postes de décision.

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Alors si celles qui appartiennent au 4e pouvoir et qui doivent informer les populations sont harcelées quotidiennement sur leur lieu de travail sans pouvoir se défendre ni lever la voix pour dire un seul mot, alors c’est tout le pays qui devient malade.

« Ce qui manque, c’est le courage et la garantie que si on en parle, il y aura une oreille attentive pour nous écouter avec la certitude que nous aurons gain de cause et que des mesures dissuasives seront prises vis-à-vis des harceleurs. Sinon, ce n’est pas la peine. Dénoncer un cas de harcèlement, c’est prendre d’énormes risques. Si tu n’es pas écouté et que rien n’est fait, le harceleur sera toujours là, et cette fois-ci pour te pourrir la vie », a analysé la jeune journaliste, Christelle Agnidom dans le cadre de ce grand dossier consacré au phénomène.

Encore une stagiaire  victime !

« J’ai passé la plus grande partie de ma formation à l’Agence de presse AfreePress. Mais mes expériences de harcèlements, je les ai vécus quand j’étais chez certains Directeurs de Publication qui au début, me faisaient des propositions pour coucher avec moi. Lorsque je dis non, ils me menacent et me disent qu’ils feront leur possible pour que je sois renvoyée. J’étais désespérée et je voulais laisser tomber le journalisme, jusqu’à ce que j’en fasse part à une connaissance à moi qui m’a aidée par des conseils. Dieu merci, je me suis finalement retrouvée à AfreePress où j’ai fait mon stage. J’avoue que là-bas, nous avons vécu comme une famille sans harcèlement ni intimidations, le tout avec professionnalisme. J’ai beaucoup appris aussi », a déclaré une ex-stagiaire d’AfreePress.

Mais si certaines femmes ont vécu et continuent de subir des cas de harcèlement, d’autres se réjouissent d’en avoir été épargnées. C’est le cas d’Eugénie Gadedjisso. Elle dit en avoir été épargnée alors qu’elle se trouve dans sa 7e année de bons et loyaux services rendus à la presse togolaise.

« Je dirai que j’ai eu de la chance. Jusqu’ici, je n’ai pas été harcelée. Des dragues, des propositions de relations, oui, j’en ai eues. Et quand je dis non, c’est non et personne ne m’en veut pour cela », a-t-elle fait savoir.

« Je suis dans le milieu ça fait déjà deux ans. Je dirais que je n’ai jamais été harcelée. Mais des tentatives de dragues ne manquent pas. Du coup, quand je vois venir l’intention, je me retire. Genre, je prends immédiatement mes distances. Je les évite à tout prix », a confié une autre journaliste rencontrée dans une radio de la place.

Il faut signaler que certaines jeunes filles approchées dans le cadre de ce dossier ont catégoriquement refusé de parler. Elles estiment que le harcèlement est un sujet sensible qui peut leur causer des problèmes dans leur rédaction. Avec une telle réponse, il est clair qu’elles en savent beaucoup sur le phénomène, mais refusent de prendre des risques pour en parler.

Ce que dit la loi

Au Togo, le Code du travail interdit le harcèlement sexuel et exige qu’aucun employé ne soit rejeté ou sanctionné pour avoir refusé des faveurs sexuelles à son employeur ou à toute autre personne.

Et selon les articles 40 et 301 du Code du Travail de 2011, le harcèlement sexuel est passible d’une amende de cent mille à un million (1.000.000) de francs et une peine d’emprisonnement allant de trois mois à six mois (ou une de ces peines). En cas de récidive, la peine est doublée (Source : votresalaire.org/Togo).

Les hommes aussi en sont victimes…

Pour certains journalistes, ce phénomène ne doit pas être considéré comme un fait ‘’étrange’’. C’est le point de vue du Rédacteur en Chef de la Radio Carré-jeune, Daniel Dodjagni, qui estime qu’étant donné que le 4e pouvoir est animé au Togo par des êtres humains, ils ne peuvent jamais passer à côté des pulsions de la nature.

« Là où il y a des hommes et des femmes, il y a toujours le désir de se rapprocher. D’aller l’un vers l’autre ou de se coller à l’autre. Et notre corporation ne fait pas exception. Il suffit juste d’observer le comportement de nos confrères envers leurs consœurs sur les terrains de reportage ou dans les ateliers, pour s’en rendre compte. Quand une fille arrive dans ce corps de métier, rapidement, vous allez voir des journalistes être animés par l’envie de sauter sur elle le premier. Avec l’outil WhatsApp maintenant, ils ne cessent de déranger la fille. J’ai rencontré des situations avec des consœurs qui ont travaillé dans notre rédaction et qui ont été harcelées de cette façon. Ce qui impacte le travail de ces femmes journalistes, parce qu’elles ne sont plus libres sur le terrain juste à cause de leur sexe », a-t-il confié.

L’autre aspect de la chose que déplore Daniel, porte sur des demandes de couvertures médiatiques. Il existe des organisateurs d’événements et des annonceurs qui profitent des activités professionnelles pour attirer les femmes et filles journalistes dans leur filet.

« Vous allez voir dans les lettres de demande de couverture, le communicant exiger le nom d’une journaliste pour assurer son reportage. Juste pour que sur le terrain, il puisse trouver une occasion de faire des avances à cette fille. Je n’ai pas encore constaté ce cas dans notre rédaction, mais ailleurs, les collègues en parlent. Et ce n’est pas correct », a condamné celui-ci.
Interrogé sur le même sujet, le N°2 du site d’information, Togobreakingnews n’a pas manqué de dévoiler les secrets. Le journaliste fait savoir que le harcèlement des jeunes filles ou dames dans la presse togolaise est d’une rareté extrême. Mais toutefois, il reconnaît qu’il existe des cas surtout au niveau des patrons de presse.

« Il y a certains directeurs de publication (DP) qui transforment leurs rédactrices en amantes puis les nomment souvent Secrétaire de rédaction. Les cas sont minimes quand même dans le privé par rapport aux médias publics où avant d’être positionnée sur de bons sujets de reportage ou avoir des promotions, il faut que la fille se laisse aller. Dans les faits, la minorité de DP qui s’adonne à cette pratique est souvent composée de gens qui prennent des filles comme leurs Secrétaire de rédaction et mettent le nom de celle-ci dans leurs journaux même si la fille n’est pas journaliste. Et quand c’est comme ça, la fille devient la maîtresse du patron de presse et ils font des missions ensembles », a révélé Louis Kamako.

Pour ce dernier, la cause du phénomène ne dépend pas des victimes. Car, avant tout, les journalistes togolaises « se respectent et s’habillent bien », a-t-il fait observer avant de profiter de l’occasion pour parler de la face opposée du phénomène. Le harcèlement sexuel se fait également à l’encontre des journalistes hommes, révèle-t-il.

Pour le Rédacteur en Chef du site d’information Togobreakingnews, les dames ne sont pas les seules à être victimes de ce phénomène dans le monde de la presse au Togo.

« Le phénomène n’épargne pas les hommes. Vous allez voir que dans le quartier où habite un journaliste ou dans son milieu de travail, plusieurs filles cherchent à avoir son numéro de téléphone. Et c’est des filles qui dérangent trop. Elles proposent indirectement des relations amoureuses, parce que vous êtes journalistes. Il y a d’autres filles qui harcèlent les hommes de médias, juste pour pouvoir rentrer dans la corporation. C’est un fait qui indispose, car le journaliste a besoin de tranquillité et de concentration pour mieux accomplir sa mission », a signalé M. Kamako.

Un témoignage confirmé par un autre journaliste en poste dans une télévision privée de la place. Celui-ci a préféré comme les autres, garder l’anonymat. Nous le nommerons donc Koffi.
Koffi a été harcelé par ses supérieures femmes. Il témoigne de son expérience. « Vous savez, c’est une situation difficile à vivre. Mais je l’ai vécu et j’en vis actuellement avec ma Rédactrice en Chef. Au début, on commence par te demander des avis un peu personnels, puis on t’expose des problèmes personnels et quelques fois, on exige que tu sois impliqué dans la résolution du problème. Si on remarque des réticences de ta part, on commence par rejeter tes propositions d’articles à publier, arguant qu’ils n’ont pas de portée, ou qu’ils sont trop sensibles. Parfois, les représailles vont jusqu’à la rétention au-delà des heures de travail, afin de créer une situation dans laquelle vous vous retrouverez seul à seul. Ailleurs, c’est avec la chargée de l’émission qui invente des entretiens dans le studio pendant des heures, même avant le début de l’émission. Et ces entretiens deviennent des propositions sentimentales », a-t-il confié.

Parfois, ces histoires finissent comme un conte de fée. Ils sont plusieurs journalistes à être actuellement en couple avec leur collègue ou avec des organisateurs d’événements. Ce n’est pas toujours avec des intentions malsaines que certains journalistes ou organisateurs d’événements approchent des femmes ou filles journalistes pour leur exprimer leur sentiment. « Nous sommes des humains et des cadres de rencontres ou de connaissances sont divers et variés. Vous pouvez tomber sous le charme d’une journaliste ou d’un journaliste que vous avez rencontré dans un cadre professionnel. J’en connais qui ont fini par se mettre la bague au doigt alors qu’ils se sont connus dans la profession. Ce qui est mauvais et est à bannir, c’est l’insistance ou la pression que certains exercent lorsque l’autre dit qu’il ou qu’elle n’est pas intéressé par votre proposition de relation amoureuse », avance Olivier Adja, Directeur de l’Agence de presse AfreePress.

Que ce soit le harcèlement des femmes ou des hommes de médias, le journaliste Kligue Cardberry de la TV7 estime que le phénomène doit être vue comme ‘’un ‘’problème universel’’ et de société qui est selon lui, ‘’inévitable’’ et à ‘’suivre’’ de près’’.

« L’image du journaliste est attirante. C’est un métier séduisant. Et dans ce cas, le harcèlement est inévitable. Et ce n’est pas seulement au Togo. C’est un problème universel. Mais nous n’allons pas dire que c’est inévitable et puis on va laisser les choses aller comme ça. On doit suivre les cas. Il urge que les associations de défense des droits de l’Homme s’impliquent davantage contre ce phénomène qui gangrène le monde de la presse en général », a-t-il recommandé.

Dossier réalisé par Raphaël A., Anika A. et Ashley M.

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