La mode d’hier et d’aujourd’hui : Qu’en pensent les Togolais ?

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©AfreePress-(Lomé, le 29 janvier 2021)- La mode à l’ancienne appelée encore « patte d’éléphant », qui consistait à afficher fièrement des costumes-cravates, accompagnés d’une bonne coupe « afro » et qui faisait la fierté de nos parents, est aujourd’hui délaissée. De nos jours, les choses évoluent et les tendances vestimentaires se font et se défont au gré des inspirations et des humeurs du moment.

La nouvelle génération, notamment les jeunes, opte pour un nouveau style vestimentaire. Jean’s « slim déchiré », chaussures « louboutin, mocassin », « coupes de cheveux extravagante », bodies près du corps, pour les jeunes garçons. Pour les filles, elles affichent des décolletés très plongeants, des mini-jupes, sacs de marques « Luis Vuitton, Gucci, Chanel »… Un look plus osé et coloré et un peu féministe sur les bords. Une manière de se vêtir qui bouleverse les codes vestimentaires de la « old school » (vieille génération).

Quel est l’avis des Togolais sur ces nouvelles façons de s’habiller ?

« Je m’habille comme je veux. Je suis jeune et je vis la mode. L’époque des pattes d’éléphant est révolue. C’était le temps de De Gaulle et Hitler. D’ailleurs, je ne me vois même pas porter un Jean’s ample. J’aime mettre un pantalon bien serré, un body près du corps. C’est la nouvelle tendance pour nous les hommes et j’aime bien m’identifier à mes artistes préférés tels que Dadju et les autres qui s’habillent jeune et très chic. Je copie également assez souvent les stars américaines, à savoir Lil’Wayne, Kanye West et Drake », confie un étudiant en Faculté de Droit de l’Université de Lomé.

Pour être à la mode, d’autres tirent leur inspiration des feuilletons télévisés, des séries, des clips vidéo et surtout de l’habillement des influenceurs et influenceuses qui ont pris d’assaut les réseaux sociaux.

« Je ne me vois pas passer une seule journée sans me maquiller, car le maquillage vient encore plus accentuer ma beauté. Moi par exemple, je porte des shorts, car je suis sans complexe, j’ai un teint clair sans tache donc je me permets de porter toutes sortes de vêtements et j’avoue que je me sens très bien dans tous ces habits que d’autres personnes qualifient d’extravagants, de provocateurs et j’en passe. L’essentiel, c’est que moi, j’aime ce que je porte et je l’assume », indique Adèle, jeune dame rencontrée sur le campus de l’Université de Lomé.

La mode vestimentaire, indique pour sa part Clémence, revendeuse de friperies à Lomégan, c’est la manière de se vêtir conformément à la tendance, à une époque donnée. Même si elle estime que certaines jeunes filles exagèrent un peu des fois, elle trouve cependant que certains parents aussi en font tout un plat.

« Je ne dis pas que nous devons à chaque fois porter des mini-jupes et des shorts. Mais une fois en passant, on peut se l’autoriser. Il faut que les parents nous laissent profiter un peu de notre jeunesse sans qu’ils ne nous crient dessus et nous fassent tout un scandale », condamne Clémence.

Les parents… premiers conseillers vestimentaires de leurs enfants

Chez certains jeunes, ce problème ne se pose pas. Ce sont plutôt leurs parents qui leur achètent les vêtements pour mettre en valeur leurs formes et leur beauté. Shorts, Jean’s à la mode, baggies, louboutins, tout cela est offert gracieusement à ces enfants dès le bas-âge. Ce qui démontre que ces parents approuvent la façon de s’habiller de leurs progénitures même si la société qualifie ces manières de se vêtir, d’indécentes.

« Moi je me rappelle très bien que c’était ma mère qui me payait mes petites culottes quand j’avais l’âge de 13 ans. C’est elle qui m’a initiée à ce style vestimentaire particulier. Elle aimait toujours m’habiller d’une manière classe et chic. Contrairement à certaines de mes camarades qui s’habillaient comme des sœurs en Christ, maintenant que je suis moi-même devenue une jeune fille, je continue dans ce même style, et ma mère ne trouve aucun inconvénient à cela. La preuve encore c’est qu’aujourd’hui, j’ai ouvert mon propre institut de beauté. Et je peux dire que mon choix de métier a été influencé par mon mode de vie », a fait savoir Delphine, patronne d’une agence de beauté installée à Lomé.

De l’autre côté, il existe des jeunes filles qui reconnaissent qu’il y a au niveau de la jeunesse, un sérieux problème d’habillement. C’est le cas de Sonia, apprentie coiffeuse rencontrée dans un atelier à Lomé et qui nous confie son vécu sur la question.

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« Pour moi, par exemple j’avoue que c’est l’absence de ma mère à mes côtés qui a fait que j’ai aujourd’hui ce style vestimentaire un peu prononcé. Je ne saurai vous dire si porter des jupes courtes ou des shorts est une bonne chose. Pour ma part je suis habituée à porter cela. J’ai perdu ma mère à l’âge de 15 ans, donc je me suis éduquée toute seule du mieux que je peux. Je me suis éduquée au travers des réseaux sociaux et sur ces réseaux sociaux, on voit dès fois certaines de nos mamans au foyer s’habiller comme des jeunes filles de 19 ans.

Pantalon déchiré, robes au-dessus des genoux, make-up trop coloré… En voyant tout cela, je me dis que si une femme qui a l’âge de ma mère peut se permettre ces genres d’habillement, alors pourquoi pas moi ? Donc en bref, je peux dire que l’éducation que donnent les parents compte beaucoup », insiste Sonia.

Les vêtements ont un caractère sacré

L’habillement a perdu de sa valeur en Afrique. Le caractère sacré des vêtements sur le continent est dévalorisé par la jeune génération. C’est du moins ce que pense M. Constantin, un quadragénaire interviewé dans le cadre de ce dossier.

L’habillement dans le temps, a-t-il avancé, représentait une sorte de noblesse. On s’habillait pour mettre en valeur sa culture d’abord, et ensuite sa personnalité. Mais quand on voit les jeunes maintenant et la façon dont ils s’habillent, cela reflète plutôt de l’extravagance, de la débauche.

« On voit des jeunes filles par exemple qui s’habillent en laissant leur nombril dehors, les cuisses nues, ce n’est pas sain. Et pour les jeunes garçons, ils portent des tenues qui laissent à désirer. Le mode vestimentaire aujourd’hui, reflète fortement de la débauche. Seul un petit nombre de jeunes, ceux qui ont conscience de ce qu’ils viennent réellement chercher sur cette terre, a gardé la noblesse du vêtement », a-t-il expliqué.

« Notre époque est différente de celle dans laquelle nous sommes maintenant. Non seulement la vie n’était pas chère à notre époque, mais nous étions de vrais gentlemen. On n’osait pas, par exemple, rendre visite à une fille lorsque nous étions mal fagotés. Nous prenions soin de nous, de la tête aux pieds. La preuve : chaque week-end, je me faisais coudre un nouveau pantalon. Très régulièrement, j’allais chez le coiffeur », renchéri Abou, qui est boutiquier au quartier Novissi à Lomé.

« Il y a trop de suivisme dans le style vestimentaire de la jeunesse. Par exemple il y a des stars qui ont signé des contrats avec de grandes marques pour exposer leurs corps parce qu’au retour, ils ont des contrats qui leur rapportent. Mais de l’autre côté, il y a la jeunesse qui voit ça et qui essaye de copier ces styles vestimentaires. Moi personnellement, je préfère le style de l’époque de nos parents, un style propre qui représentait l’Afrique, un style qui n’était pas influencé par l’extérieur », fait savoir pour sa part, DJ Ben.

Pour Jean Raymond, infographiste, la manière de s’habiller de nos parents dans les années 1950-1980 était la meilleure et la plus descente. « Aujourd’hui, c’est du n’importe quoi. Actuellement avec ces histoires de make-up, de tendance… On ne distingue plus les prostituées des filles de bonnes familles, car on arrive plus à les identifier, elles s’habillent toutes de la même manière », a-t-il fait savoir.

« En tant que couturière, moi par exemple je n’accepte pas de coudre des mini-jupes à mes clientes, et pour se faire je leur propose un autre modèle. Je crois qu’un travail doit être fait au niveau des parents et même des enfants », a confié, Mme AMEGAN, couturière de profession.

Les avis sont donc partagés sur la question. Mais il se dégage néanmoins une constance, on peut s’habiller tendance sans paraître vulgaire ni obscène. La jeunesse est donc interpellée.

Noellie A. (stagiaire)

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