Interview de Majesté Ihou Wateba : « Nous ne pouvons pas nous permettre de commander des vaccins qui vont tuer nos populations »

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©AfreePress-(Lomé, le 2 février 2021)- La découverte du vaccin contre la pandémie du coronavirus constitue une lueur d’espoir pour le monde entier qui dénombre à la date du 1er février 2021, deux millions deux cent trente-six mille quatre cent cinquante-quatre (2 236 454) de personnes décédées de la maladie. Au Togo, la perspective de l’arrivée d’un vaccin qui devrait être disponible avant la fin du premier semestre de l’année 2021, est source de problème. En attendant l’acquisition de ce remède, le gouvernement lance une vaste campagne de sensibilisation des populations sur l’importance de la vaccination.

Dans une interview accordée à l’Agence de presse AfreePress, Professeur Majesté Ihou Wateba, membre du Conseil Scientifique du Togo et Directeur du Centre Hospitalier Régional (CHR) Lomé commune (le centre dédié au traitement des malades de la Covid-19) revient sur l’efficacité du vaccin commandé par le gouvernement et appelle les populations à ne pas céder à la désinformation.

Lisez l’interview.

AfreePress : Bonjour Professeur. Le gouvernement annonce l’arrivée au Togo, dans les jours à venir du vaccin contre la Covid-19. Qu’est-ce qu’on peut savoir sur ce vaccin ?

Professeur Majesté Ihou Wateba : Ce qu’il faut retenir sur le vaccin, c’est que pour éradiquer une maladie grave et qui a atteint cette ampleur de contagiosité, les mesures barrières ne suffissent pas. Puisque ces mesures ont prouvé leur limite. Elles sont efficaces, mais vu que la maladie commence par traîner et les gens commencent aussi par se lasser, il faut d’autres mesures complémentaires. Et ces mesures complémentaires vont être apportées par la science. Heureusement, des résultats sont en train d’être trouvés en ce qui concerne la découverte de vaccins, et il y en a trois types qui sont homologués par l’Organisation mondiale de la santé.

Le Togo s’inscrit dans la commande d’un de ces trois vaccins. Donc nous les aurons dans les semaines à venir et ceci nous permettra de renforcer les mesures barrières, qui ne sont pas négociables. Alors on va ajouter également les mesures vaccinales pour permettre une immunité collective.

AfreePress : Professeur, c’est quoi une immunité collective ?

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Professeur Majesté Ihou Wateba : On parle d’immunité collective lorsqu’au moins 60% d’une population est couverte. Quand 60% est couverte, on peut considérer que beaucoup de gens sont suffisamment immunisés pour pouvoir interrompre la chaîne de contamination de cette affection.

AfreePress : On constate dans le pays que les populations manifestent une certaine méfiance vis-à-vis de ce vaccin. Beaucoup de personnes ne souhaitent pas se faire vacciner à cause des informations qui circulent sur les réseaux sociaux mettant en cause le contenu des vaccins. Qu’avez-vous à dire à ceux-là ?

Professeur Majesté Ihou Wateba : Cette réticence n’a pas de sens. Ce n’est pas la première fois que les populations du monde se vaccinent. Il y a des maladies comme la rage, si vous avez été mordu par un chien enragé et qu’on ne vous vaccine pas, vous mourez. Aujourd’hui, le vaccin contre la Covid-19 fait partie d’une série d’appropriations des connaissances que l’humanité a acquises. Il n’y a vraiment pas de raison que les gens aient peur. C’est un médicament comme les autres. Il peut y avoir de petits effets secondaires, mais ces effets sont moindres par rapport aux avantages que cela donne. Malheureusement, les médias et les réseaux sociaux ne nous aident pas dans ce sens. Donc il faut que chacun se lève pour combattre ces désinformations. Il ne suffit pas de porter une blouse blanche derrière un téléphone pour s’enregistrer et dire qu’on est habilité à porter un message de santé. La blouse s’achète au marché, mais être un scientifique autorisé ça ne court pas les rues. Donc ici, le Conseil scientifique du Togo que le Président de la République a mis en place, est composé de gens qui connaissent leur matière et qui savent de quoi ils parlent et le Togo est un pays très organisé. Un pays si organisé que nous sommes, nous ne pouvons pas nous permettre de commander des vaccins qui vont tuer les populations togolaises. Une chose que les gens doivent savoir est que, nous-mêmes ainsi que nos familles seront tous vaccinés. Est-ce que nous allons cautionner un vaccin qui va tuer nous-mêmes et nos familles ? C’est ça la réalité. Est-ce que nous allons cautionner un vaccin pour lequel nous allons répondre devant le peuple togolais ? Je crois qu’il y a suffisamment de raisons assez sûres que nous apportons en tant que responsables, pour inviter la population à adhérer massivement. Il faut que les gens écoutent les bonnes informations. On relaie plus facilement les fausses informations et ce sont ces fausses informations que les gens aiment écouter. Mais là nous parlons de relayer les bonnes informations que sont : le respect des mesures barrières : se laver les mains régulièrement, porter les masques, observer la distanciation physique et également dans un avenir proche, nous allons devoir tous nous vacciner pour rompre définitivement la chaîne de transmission de cette affection.

AfreePress : En attendant l’arrivée de ce vaccin, à quoi peut-on s’attendre si le relâchement des mesures barrières se poursuit dans tout le pays ?

Professeur Majesté Ihou Wateba : Après les fêtes de fin d’année, nous avons enregistré en 24 heures plus de 100 cas positifs. Si nous continuons le relâchement des mesures barrières, nous allons atteindre dans les mois à venir, des chiffres comme ce qui se passe en Europe. Et ce que nous avons vu en Europe, c’est des morts en cascade et on risque de voir ça chez nous. Il est important et les gens l’ont souligné déjà… Nous allons examiner plus tard, la possibilité de montrer même des cas de la maladie. C’est important parce que ceux qui ont été victimes de cette maladie savent de quoi nous parlons. Quand quelqu’un décède de Covid-19, ce n’est pas un enterrement digne comme on fait d’habitude. Ce sont des gens qu’on enterre à la va-vite et ce sont des choses qui font peur. Donc je crois que c’est une maladie assez préoccupante qui limite les gens dans leur vie de tous les jours sur le plan relationnel, et même après la mort. Quand vous décédez de cette affection, vous n’êtes pas sûr que vous aurez un enterrement digne et vous n’êtes pas sûr que vous aurez toutes votre famille autour de vous. Donc, quelque part, c’est assez grave. Et si nous ne respectons pas les mesures barrières, ça va être comme ce qu’on a vu au Brésil et dans les autres pays d’Europe et ce serait la catastrophe.

Interview réalisée par Raphaël A. (+228 92 06 07 03)

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