Le Président de l’ANIIT AGUE Kokou : « Nous attendons toujours les réactions officielles des autorités sur l’agression de notre collègue par le médecin-militaire »

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©AfreePress-(Lomé, le 5 février 2021)-L’Association Nationale des infirmiers et infirmières du Togo (ANIIT), ne compte plus croiser les bras face aux dérives de certains médecins sur les infirmiers et infirmières. Le bureau exécutif de cette association considère l’agression dont a été l’objet un infirmer le 24 janvier dernier, comme la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et promet de mener des actions pour protéger ses membres.

Dans cette interview accordée à l’Agence de presse AfreePress, AGUE Kokou Sena, président de l’ANIIT revient sur les démarches en cours auprès des autorités dans ce sens. Il est par ailleurs revenu sur la profession infirmière au Togo.

Lisez plutôt !

AfreePress : Bonjour Monsieur le président, parler nous un peu de votre association ?

AGUE Kokou : L’ANIIT, c’est l’Association Nationale des infirmiers et infirmières du Togo. Dans la domination, vous n’allez pas remarquer les accoucheuses et auxiliaires. Mais il faut dire que cette association regroupe aussi les infirmiers diplômés d’Etat et infirmiers auxiliaires d’Etat, accoucheuses auxiliaires d’État. C’est une association professionnelle à but non-lucratif et apolitique. Elle a été créée en 1982. Après sa création, nous avons adhéré au Conseil international des infirmiers en 1990. Il faut dire que l’histoire raconte que de 1992 à 2006 l’association est rentrée dans un sommeil, il n’y a pas eu d’activités et ce jusqu’en 2006 plus précisément en avril que nous avons réveillé notre association avec la tenue de la première Assemblée générale qui nous a permis de mettre en place un nouveau bureau de neuf membres. Ce bureau a travaillé et a fait de notre association, l’une des plus organisées du pays.
L’association a reçu son récépissé le 15 novembre 2017 et publié dans le journal officiel. Donc c’est pour dire que nous sommes reconnus par les pouvoirs publics et l’association est l’interlocutrice unique des infirmiers auprès des pouvoirs publics. Alors comment est-ce que nous sommes organisés ? Nous évoluons dans une structure du type pyramidal, c’est-à-dire au sommet de la pyramide, vous avez le bureau exécutif national. Ce bureau dont j’ai le privilège de présider il y a de cela déjà quatre ans. Après le bureau exécutif, vous avez les bureaux régionaux et il y a six donc dans les six régions du pays. Et maintenant après ces bureaux régionaux, il y a la base, les bureaux préfectoraux, les bureaux de certains centres de santé, certaines formations sanitaires.

L’association a pour objectif de regrouper tous les professionnels infirmiers et accoucheuses auxiliaires, étudiants, élèves des écoles de formation infirmières, de légitimer aussi la représentation infirmière sur le plan national et international et aussi d’assurer la préservation, la valorisation et la promotion de la profession infirmière au Togo, encourager et entretenir la sympathie et l’esprit de solidarité entre les membres, lutter pour l’amélioration des conditions de travail et de vie de nos membres et collaborer aussi efficacement avec les pouvoirs publics en ce qui concerne toutes les questions relatives à la santé et enfin œuvrer pour améliorer la qualité les services de santé plus particulièrement la qualité des soins infirmiers.

AfreePress : Comment devient-on infirmier (e) au Togo ?

AGUE Kokou : La loi dit que l’infirmier c’est ce professionnel de la santé qui après trois années de formation dans une école normative sort avec un diplôme d’État et s’est inscrit au tableau de sa corporation. Alors, il est autorisé à exercer la profession infirmière dans le pays. De cette définition, vous comprenez correctement que pour être infirmier, il faut aller à l’école. Alors au Togo, il y a des écoles publiques, mais aussi une école privée reconnue par l’État qui forme des infirmiers. Les écoles publiques, il y a l’École Nationale des Auxiliaires Médicaux (ENAM), de Lomé, de Kara de Dapaong, de Tséviè, et de Kpalimé. L’école privée est tout simplement basée à Lomé et c’est l’Institut Africain de Développement Sanitaire et Social.

C’est l’occasion pour moi d’attirer une fois encore l’attention de la population et de toutes ces personnes qui désirent devenir infirmier un beau jour que la formation se fait dans les écoles reconnues par l’État et non dans les cliniques privées installées un peu partout.

AfreePress : Revenons sur un fait qui a défrayé la chronique ces derniers jours. Dans un communiqué rendu public le 29 janvier 2021, vous avez porté à la connaissance de l’opinion un incident qui est survenu sur un de vos membres. Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?

AGUE Kokou : Comme nous l’avions dit, le collègue exerçant au pavillon militaire du CHU-SO est arrivé au service le dimanche 24 janvier 2021 pour un service de 24 heures et a stationné sa moto dans un garage non immatriculé où un médecin militaire a l’habitude de stationner sa voiture. Le médecin ayant constaté le lundi matin que la moto y était garée est devenu fou furieux. Il a envoyé un gardien, chercher le collègue qui prit par le travail a tardé à se présenter. Dès son arrivée, le médecin s’est mis à proférer des menaces et à l’agresser verbalement. Il l’a mis à genoux à l’entrée du pavillon militaire pendant plus de quinze minutes notre collègue et s’est mis à crever les pneus de la moto avant d’enchaîner la moto. Ces sont des comportements que nous avons dénoncés dans notre communiqué.

AfreePress : Justement après avoir exprimé votre indignation et dénoncé ces actes, l’ANIIT a observé un sit-in au CHU Sylvanus Olympio. Quelles étaient vos exigences ?

AGUE Kokou Sena : D’abord je voudrais préciser que c’était un mouvement qui est né de façon spontanée suite à l’incident qui s’est produit. Donc nous nous sommes rassemblés le 1er février 2021 devant la Direction générale pour dénoncer ces genres d’actes qui n’ont pas leur place en milieu de travail. Sur l’étendue du territoire, notamment dans les centres de santé, il y a eu également des manifestations silencieuses. Il ne s’est pas agi des sit-in, mais les infirmiers et infirmières, auxiliaires et accoucheuses tous portaient un brassard rouge tout en étant à leur poste en train de travailler. Donc c’était une façon de témoigner leur soutien à notre collègue qui a subi l’humiliation, mais aussi dénoncer en même temps ces pratiques inhumaines qui se déroulent dans le secteur de la santé.

Donc ce qu’il faut retenir, c’est que cet incident est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Puisqu’en réalité, dans nos centres de santé, il y a certains médecins, je dis bien certains médecins, qui se comportent comme des dieux et se permettent de faire n’importe quoi et qui pensent qu’ils sont supérieurs à tous et infligent des souffrances psychologiques, mais aussi physiques aux infirmiers. Dans la plupart des cas, les victimes ne réagissent pas tout simplement parce qu’elles ont peur des représailles. Mais l’incident du pavillon militaire est allé très loin. Aller jusqu’à mettre à genoux un collaborateur. C’est un acte qui n’a pas sa place dans le monde du travail. C’est une violation purement et simplement des textes de la fonction publique.

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AfreePress : En dehors du sit-in, avez-vous également mené d’autres actions au niveau de votre ministère ?

AGUE Kokou : Bien sûr, nous avons envoyé le 1er février 2021, une lettre à notre ministre de tutelle. Dans cette lettre, nous avons relaté les faits tels que ça s’est passé et nous avons demandé trois choses. Premièrement, nous avons exigé que les autorités compétentes prennent des mesures adéquates le plus tôt possible afin que de tels actes ne se reproduisent plus jamais dans les structures sanitaires. Comme je le disais, ce n’est pas la première fois. Il y a certains médecins qui se livrent à des actes pour humilier leurs collaborateurs. Donc, en plus de cette demande, nous avons exigé que notre collègue soit dédommagé convenablement et que le médecin fautif présente publiquement ses excuses à notre confrère devant le pavillon militaire à l’endroit où même, il l’avait humilié. Et la troisième exigence, nous avons demandé que ce médecin adresse une lettre manuscrite au bureau exécutif national de l’ANIIT pour présenter ses excuses à toute la corporation infirmière. Parce que c’est la corporation qu’il vient d’humilier. Et nous sommes toujours en attente des réactions de l’autorité.

AfreePress : Comptez-vous allez plus loin si l’autorité ne réagit pas ?

AGUE Kokou : Pour le moment je ne dirai rien, parce que, certes je suis le président de l’ANIIT, mais à chaque fois j’ai l’obligation de consulter la base pour prendre ensemble avec nos membres les décisions. Donc, pour le moment, je ne dirai rien sur les perspectives. Mais je sais que nos autorités sont des gens avisés et elles prendront leurs dispositions pour que cette histoire se termine en paix et que ce problème soit corrigé. Donc nous sommes dans cette posture et que des mesures idoines soit prises.

AfreePress : Des informations circulent et indiquent que le médecin-militaire a été mis aux arrêts, confirmez-vous ces informations ?

AGUE Kokou : Nous avons lu cela sur les réseaux sociaux qu’il a été arrêté avec d’autres sanctions. Mais officiellement cela n’a pas été porté à notre connaissance. Donc, personnellement, je reste réservé parce que lorsque l’incident s’est produit, moi, j’ai porté ça officiellement à l’intention des autorités compétentes. Donc si des sanctions sont prises contre le médecin, cela devrait également être rendu officiel par ceux que nous avons saisis.

AfreePress : Est-ce que l’infirmier a réellement été admis dans une clinique pour un suivi psychologique ?

AGUE Kokou : Oui notre confrère a été hospitalisé et c’est suite à ce qui est arrivé. Il a reçu un véritable choc. Nous le connaissions et il n’est pas comme ça. Et à ce jour, nous nous posons la question ce qu’il a fait pour mériter cette humiliation. Nous n’arrivons toujours pas à comprendre ce qui a pu amener notre doyen à agir de la sorte. Nous ne savons pas. Il a ses raisons, que nous ignorons pour le moment.

AfreePress : Comment appréciez-vous le travail des infirmiers et infirmières ?

AGUE Kokou : Aucun système de santé au monde ne peut fonctionner sans infirmier. C’est pour cela d’ailleurs, qu’une journée internationale a été dédiée à notre profession le 12 mai de chaque année. Et au-delà de cela, l’Organisation Mondiale de la Santé a bien affirmé que pour réussir à établir l’accès universel aux soins, il faut investir dans le personnel infirmier. Et pour preuve, l’année 2020, l’OMS l’a consacré comme étant l’année de l’infirmier. Donc c’est pour dire que même la plus haute instance sait ce que les infirmiers abattent sur le terrain. Donc, je n’ai rien à démonter sur ce que font les infirmiers et infirmières au Togo.

AfreePress : Un mot à l’endroit des infirmiers et infirmières ?

AGUE Kokou : Ce que j’ai à leur dire c’est tout simplement que je me sens toujours encouragé par le travail qu’ils abattent sur le terrain année après année. Et particulièrement dans cette période de coronavirus où le stresse est vraiment élevé. Je tiens à leur dire merci et c’est l’occasion pour moi d’imploré une fois encore Dieu afin qu’il les protège de tout mauvais sort et qu’il leur rende à juste valeur les bonnes œuvres qu’ils fonts au quotidien pour la santé des populations.

Interview réalisée par Raphaël A. (+22892060703)

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