Un an après son apparition : La Covid-19 a eu des impacts désastreux sur la vie de certains hommes de Dieu

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©AfreePress-(Lomé, 6 mars 2021)- La pandémie du coronavirus a sévèrement impacté le secteur ecclésiastique au Togo comme ailleurs, obligeants la quasi-totalité des églises à garder leurs portes fermées durant plus de onze (11) mois qu’ont duré les mesures de restriction édictées par les autorités de notre pays.

Dans le lot des églises touchées de plein fouet par cette situation, se trouvent en bonne place, les églises évangéliques et leur cohorte de ministères étant donné que la plupart de ces ministères et leurs dirigeants ne vivent que grâce aux offrandes récoltées au cours des cultes.

Acculés par les besoins du quotidien et désespérés par cette situation de chômage brusque dans laquelle les a plongés la survenue du Coronavirus, certains hommes de Dieu vont prendre la douloureuse décision de se débarrasser de leurs sacerdoce pastorale pour se reconvertir dans d’autres activités comme la maçonnerie, la menuiserie ou la mécanique deux roues. Voici le témoignage d’un fondateur d’église rencontré à Adidogomé dont nous taisons le nom.

« L’heure est grave et si l’on ne remue pas bien les méninges, ça va faire mal. Les gens vont se moquer de nous. Moi là où je suis en location, pour implanter mon église, je continue de payer mensuellement les frais. Je continue de payer l’électricité alors que personne ne vient à l’église depuis le mois d’avril de l’année dernière. On ne cotise plus rien. Il faut être honnête, l’église fonctionne à base des offrandes. Comment on doit faire ? Je suis le pasteur, et j’ai aussi une famille, j’ai des collaborateurs à l’église que je paie. Ne sachant plus quoi faire, je pense que la meilleure solution, c’est de résilier mon contrat de location. J’irai retirer mon avance chez le locateur. Ce dernier m’appelle chaque jour à venir ramasser mes affaires, parce qu’il veut céder la parcelle à un mécanicien qui veut implanter son garage là-bas. J’ai au moins 300.000 F CFA chez le locateur. Avec cette somme, je peux me lancer dans un petit commerce pour survivre », a-t-il confié un brin amer.

La situation prête à rire, cependant elle touche plusieurs hommes et femmes engagés dans le travail de Dieu.

« L’œuvre de Dieu est salie. Dans le mois de juin jusqu’en décembre 2020, c’était la misère totale dans le corps pastoral. Et sur des plateformes whatsApp, nos camarades évangélistes et prophètes sont obligés de mettre en vente les instruments de l’église pour survivre. Des gens ont vendu leurs guitares, piano, même l’autel. C’est horrible et c’est une honte pour notre corporation. Ça montre comment plusieurs d’entre nous se sont trompés de vocation. C’est en cette période de crise qu’on saura qui est vraiment appelé par Dieu et qui ne l’est pas. Et aussi, c’est en cette période qu’on saura qui est un vrai chrétien et qui ne l’est pas. Parce que les fidèles ont oublié leurs pères spirituels et ces derniers sont obligés de faire  »aide maçon » ou de faire taxi moto avant de survivre. Je connais beaucoup de mes jeunes collègues qui font ces jobs, surtout le taxi-moto », a déploré le Prophète Sambiani Moses de l’église ‘’The Flammes Of Power Ministry International’’.

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Dans cette crise, certains, les mieux organisés s’en tirent à bon compte. Les pasteurs des églises organisées et mieux structurées à l’instar des Catholiques, des Presbytériennes, des Assemblées de Dieu, des Pentecôte, ou méthodistes ainsi que certains pasteurs des ministères évangéliques qui ont suffisamment épargnés dans les périodes de vaches grasses, arrivent à tenir face à la tempête du moment. Ce qui fait pose le problème du travail des hommes de Dieu.

« Pour être homme de Dieu, il existe deux types d’appel : l’inclusif et l’exclusif. La réponse exclusive consiste à répondre à l’appel de Dieu en arrêtant toute autres activités. C’est le cas de l’Apôtre Pierre dans l’évangile selon Luc 5 :10-11 : ‘’Il en était de même pour Jacques et Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Alors Jésus dit à Simon : ne crains point, désormais tu seras pêcheur d’hommes. Et, ayant ramené les barques à terre, ils laissèrent tout, et le suivirent’’. Celle inclusive consiste à faire des activités parallèles tout en poursuivant l’objectif qu’est la mission divine. Dans le Nouveau Testament, on trouve deux manières principales de financer le ministère : en étant ‘’faiseur de tentes’’ ou en recevant un soutien des églises. Les deux cas sont légitimes. C’est le contexte qui détermine si l’on choisit l’un ou l’autre. Dans un cadre purement païen, Paul a choisi d’être faiseur de tentes, pour être crédible et efficace. C’était une motivation. Ce n’est pas une théorie, mais une stratégie contextuelle. 2 Cor 11:7-10. ‘’Paul ne voulait pas être un fardeau pour les autres, de quelque façon que ce soit’’. La bible dit dans Malachie 3:10 : ‘’Apportez à la maison du trésor toutes les dîmes, afin qu`il y ait de la nourriture dans ma maison. Mettez-moi de la sorte à l’épreuve, dit l`Éternel des armées. Et vous verrez si je n`ouvre pas pour vous les écluses des cieux. Si je ne répands pas sur vous la bénédiction en abondance’’. Ceci dit le pasteur n’est pas le seul dans la maison de l’Eternel. Dans la maison du Seigneur, il y a des veuves, des orphelins, des charges fixes et variables en fonction de la configuration de chaque lieu de culte. Alors si le pasteur veut vivre seulement de la dîme, certaines entités de la maison se verront privées de nourritures. Car l’église est très gourmande, elle consomme presque tout ce qu’elle produit si vraiment la gestion est bien faite et que le Pasteur a véritablement pour mission le salut et le bien-être des fidèles », présente pasteur Elom Mawussi, responsable de l’église « Maison de l’Évangile Enseigne Moi ta Parole ».

Pour le cas précis des hommes de Dieu obligés de se reconvertir à d’autres métiers en cette période de crise sanitaire, le pasteur Bruno Akakpovi, Docteur en conseil pastoral, les comprend. Il pense que ces hommes de Dieu pourraient être pénalisés « si et seulement si l’activité parallèle prend l’ascendance sur le pastorat ».

« Être pasteur et faire une autre activité parallèle, c’est le contexte qui le définit. Et c’est le cas dans cette crise. Nous ne devons pas attendre qu’il y ait crise avant qu’on ne se cherche. Notre Seigneur est un Dieu de sagesse et il nous a aussi donné cette sagesse. Les ministères doivent changer de paradigme. Mais tout en restant droit dans la parole de Dieu. Les églises peuvent elles-mêmes créer des entreprises pour se prendre en charge pendant les périodes de crise. Par exemple, une église peut avoir un champ de riz, ou des plantations, cela va être une source de revenue sûre pour son fonctionnement sur le plan ressources humaine et matériel. Dans la maison de Dieu, les dépenses sont énormes. Faire de l’entrepreneuriat pour sauver l’image du Christ est une bonne chose. Mais attention, que l’entreprise ne prenne pas ou l’ascendant sur l’œuvre de Dieu. C’est possible de gérer les deux. Le secret, c’est de s’occuper premièrement de l’œuvre de Dieu avant de s’occuper de l’autre activité. Et aussi, il faut avoir en tête que l’entreprise ou l’activité parallèle est créée pour la gloire de Dieu. C’est pourquoi, il faut bien choisir le domaine entrepreneurial », a indiqué le Révérant-docteur, Bruno Akakpovi.

Il faut préciser que le Togo est un Etat laïc qui prône la liberté de religion. Selon les chiffres officiels, plus de 12 000 églises sont implantées sur l’étendue du territoire national.

 

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Anika A. (+22891024439)

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