Nathalie BITHO : « Le président de la CCIT doit être quelqu’un qui a réussi et qui a des réseaux »

200 0

©AfreePress-(Lomé, le 22 octobre 2021)- Mise à mal par une crise de leadership, la gestion de la Chambre de commerce et d’industrie du Togo (CCIT) est depuis janvier 2021, confiée entre les mains d’une délégation consulaire chargée d’entreprendre les réformes nécessaires à la redynamisation de cette institution. Et c’est Mme Nathalie Manzinèwè BITHO; à qui cette lourde charge a été confiée.

Nommée par décret N°002/MCIL/SG du 5 janvier 2021 pour une durée de trois mois, le mandat de la Délégation Spéciale Consulaire de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo a été prorogé de six mois par le gouvernement dans le but de lui permettre de faire au mieux son travail pour le bien de la CCIT.

Pour la patronne de la Délégation Spéciale Consulaire de la CCIT, cette prorogation se justifie par le fait que le gouvernement souhaite que les nouvelles réformes initiées soient réalisées en profondeur.

« Si c’était qu’on voulait juste mettre du vernis sur les textes et aller aux élections, ça peut passer. Mais l’autorité nous a demandé de faire une réforme de fond », a-t-elle indiqué dans une interview accordée à radio Zéphyr et reprise par l’Agence de presse AfreePress.

Lisez plutôt l’intégralité de cette interview.

AfreePress : Madame Nathalie Manzinèwè BITHO bonjour. Vous êtes la présidente de la délégation spéciale consulaire de la Chambre de commerce et d’industrie du Togo. Vous avez été nommée en janvier 2021 pour assurer l’administration provisoire de la chambre et organiser des élections en vue de la mise en place d’une nouvelle assemblée consulaire. Votre mandat qui est de trois mois renouvelable, vient d’être prorogé de six mois supplémentaire. Qu’est-ce qui justifie cette décision du gouvernement prise en Conseil des ministres le 22 septembre dernier ?

Nathalie Manzinèwè BITHO : Notre mission consistait à écrire les textes, organiser des élections et faire tout pour voir ce qui se passe dans les autres pays de la sous-région et au niveau international enfin de mieux faire ici. Et dans une institution comme la CCIT, quand ont dit d’écrire les textes, ça ne tombe pas du ciel. Il faut comprendre l’objet de la structure et puis voir ce qui se fait ailleurs. Donc, c’est un travail qui prend du temps et je crois que ce diagnostic n’était pas posé au moment où il était question d’un mandat de trois mois. Si c’était seulement mettre du vernis sur les textes et aller aux élections, ça pouvait passer. Mais l’autorité nous a demandé de faire une réforme de fond. Ça veut dire qu’il faut d’abord voir la loi qui a créé la chambre, les statuts, le règlement intérieur des élus et le régime électoral. Mais avant tout ceci, il faut définir les collèges électoraux. Bref, il y a tout un tas de travail derrière avant les élections.

Pour définir les collèges électoraux, c’est vrai on a des secteurs d’activités qui n’ont pas changé, mais il fallait revoir les branches d’activités qui n’étaient pas définies au Togo. Pour ce travail seulement, nous avons demandé à l’institut en charge des statistiques de nous faire une étude sur le nombre d’entreprises qui existe sur le territoire national. Et pour cette étude seulement, nous avons longtemps discuté avec l’institut pour qu’elle puisse nous sortir un rapport provisoire au bout de quatre mois. 

Mais jusqu’à présent, nous n’avons pas encore le rapport final. L’institut chargé des statistiques au Togo nous a dit que si elle veut faire une étude du début jusqu’à la fin, ça ne sera pas dans moins de 12 mois. Donc, le compromis qui a été trouvé, c’est que l’institut essaie d’actualiser une étude qu’elle avait déjà réalisée en 2018 et la mette à notre disposition.

L’autre problème, c’est qu’à notre arrivée, nous avons constaté qu’il n’y avait pas assez d’adhérents à la CCIT. C’est-à-dire que même si nous devons organiser des élections en 2019, il n’y aura pas des électeurs. Il n’y avait aucune structure qui respectait les critères d’éligibilité pour se porter candidat. En 2019, il n’y avait que 34 entreprises qui étaient de véritables adhérents de la chambre. Or, l’Assemblée consulaire doit être constituée de 70 élus. Ce qui veut dire qu’il n’était pas possible d’organiser des élections en 2019. Et en 2020, c’est encore pire. C’est zéro (0) entreprise qui pouvait dire : oui, je suis adhérent de la Chambre de commerce, encore moins, être éligible.

AfreePress : Vous venez de procéder à la présentation des projets de textes de la chambre aux associations professionnelles à Lomé ainsi qu’à l’intérieur du pays. Est-ce que vous pouvez de façon résumée, nous dire ce qu’il en est ?

Nathalie Manzinèwè BITHO : Il s’agit de la loi qui crée la Chambre qui a été réformée. Parce que c’était une loi assez dense, avec plus de 27 articles. Ce qui fait qu’à chaque fois qu’il y avait un problème, il faut passer par la case-départ. 

Mais aujourd’hui, nous nous sommes basé sur un modèle international pour avoir une loi succincte en se basant sur les éléments essentiels.

Outre la loi qui réforme la chambre, il y a également le décret portant statut de la chambre, le décret sur le régime électoral, le décret qui définit les collèges électoraux et d’autres textes comme le règlement intérieur, etc. Même au niveau de la chambre, le personnel n’a pas de statut. C’est le même cas pour le manuel de procédure, ce qui n’est pas normal. 

La chambre doit montrer le bon exemple. Parce qu’on ne peut pas rédiger un manuel de procédure sans organigramme. Ce sont les hommes qui vont déployer le plan stratégique. Si vous écrivez de beaux textes pour faire de belles élections et vous avez des élus qui n’ont pas un plan stratégique ou un cahier de charge, à quoi servira cette réforme ? Elle ne sert à rien du tout. Et aussi si vous avez un beau plan stratégique et vous n’avez pas un organigramme capable de déployer ce plan, cela ne sert à rien. Et si vous avez un organigramme comme cela se doit, mais vous n’avez pas de manuel de procédure, les gens vont aller dans tous les sens. Donc, quand vous faites quelque chose, allez jusqu’au bout. Faites en sorte que les gens qui seront là, trouvent de la matière pour bien travailler.

Lire Aussi :   Kwami MANTI : « L'ANC n'a jamais dit qu'elle ne boycottera plus d’élections au Togo… »

En gros, il faut mettre tous les textes en place. Il faut que les agents de la chambre sachent aussi où ils en sont. Il ne faut pas que des élus arrivent avec une ou deux personnes qu’ils déposent à la chambre. Peut-être que cette personne a du talent, mais à partir du moment où les choses se présentent comme une faveur, l’agent ne va plus bien travailler. Il faut que le salarié lui-même soit satisfait du travail qu’il fournit à la chambre.

AfreePress : Dans votre nouvelle politique, il est question des élus nationaux et des élus régionaux. Quelle différence faites-vous entre ces deux élus de l’Assemblée consulaire ?

Nathalie Manzinèwè BITHO : Nous avons estimé que c’est très important d’avoir deux types d’élus. Dans notre environnement économique, nous avons 123 486 entreprises. 94 % de ces entreprises n’ont pas un chiffre d’affaires qui peut atteindre les 60 millions de Francs CFA. Donc, ça veut dire que le pays a de très petites entreprises. Et de l’autre côté, il y a des entreprises qui ont un chiffre d’affaires allant jusqu’à 40 milliards F CFA. A partir de ces indices, l’on risque de créer une chambre qui ne sera pas inclusive, si les paramètres ne sont pas bien définis.

Le second aspect, c’est que nous avions un pays avec cinq régions économiques ajoutées au Grand-Lomé. Avec cette caractéristique, si l’on ne fait pas attention, il n’y aura que des élus dans la région Maritime. Donc, il faut essayer de faire la part des choses. Nous avons donc dû créer deux grands collèges électoraux. 

Un collège électoral national et un collège électoral régional. Le collège régional va permettre à chaque région d’être représentée au sein de la chambre. Ça nous permettra de créer désormais un embryon de chambre de commerce dans toutes les régions. Ce qui va permettre à chaque région d’avoir une assise et de discuter de son économie en interne. Ces élus régionaux vont travailler avec les maires et les préfets. Nos régions regorgent d’énormes potentialités économiques. Le Togo est une terre bénie. Donc, il faut un embryon de chambre dans toutes nos régions à même de travailler avec toutes les autorités issues de la décentralisation et faire en sorte que nos régions changent. Il y a beaucoup de potentialités dans nos régions pour promouvoir l’entrepreneuriat.

Mais, il n’est pas question de laisser la chambre de commerce entre les mains des nano-entreprises, des gens qui ont à peine 60 millions de chiffres d’affaires et trois salariés. Parce que, le président de la CCIT doit être quelqu’un qui a réussi et qui a un réseau qui tout de suite, peut prendre son téléphone pour appeler un homme d’affaires de renom ou une autorité dans un autre pays. Et ça va être bénéfique pour toutes les entreprises (petites ou grandes). Supposons qu’une petite entreprise commande des choses en Chine et a des difficultés en route. Qui doit l’aider ? C’est le président de la chambre de commerce avec son réseau. Parce que si le président est un homme fort connu pour avoir réussi et respecté, quand il y aura un problème, il peut facilement apporter une solution.

AfreePress : L’on évoque une opération d’enrôlement des opérateurs économiques. Est-ce à dire que la précédente n’a pas donné des résultats satisfaisants ?

Nathalie Manzinèwè BITHO : L’enrôlement que nous avions effectué était juste sur dix jours et nous-mêmes, savions que la durée était trop courte. Maintenant que notre mandat a été prorogé et aussi vu que les textes ne sont pas encore adoptés, nous avons décidé de refaire un enrôlement succinct pour donner la chance à chacun.

Les retardataires ont ainsi l’opportunité de se faire enrôler jusqu’au 28 octobre 2021 dans les délégations régionales de la CCIT et au siège à Lomé.

AfreePress : Pour finir… Qui peut être ressortissant de la CCIT ?

Nathalie Manzinèwè BITHO : Il y a trois secteurs d’activité qui rentrent dans la CCIT. Ils sont : le secteur du commerce, de l’industrie et des services. Ceux du secteur des services sont, par exemple, les avocats, les experts-comptables, les architectes, etc. Mais avant tout, il faut que ces corps soient de véritables entreprises. 

Et selon la loi, pour être une entreprise, il faut être immatriculé et l’immatriculation se fait au CFE. Mais je suis un peu surprise que les gens pensent qu’étant un avocat, on ne peut pas faire partie de la CCIT.

Dans ce sens, il est clair que les gens qui auront à gérer la chambre doivent relever beaucoup de défis en matière de communication.

Interview réalisée par Radio Zéphyr FM et retranscrite par l’Agence de presse AfreePress

Articles en relation

× AfreeWazapNews, des questions ?