Hausse des prix du Sable, Fer à béton, carreaux, tôles… : Enquête sur les causes et conséquences du phénomène

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©AfreePress- (Lomé, le 28 octobre 2021)- L’affaire a fait beaucoup de bruit à Lomé et dans plusieurs autres villes du Togo. Le 15 octobre 2021, la société CimTogo, filiale du groupe HeidelbergCement annonçait l’augmentation du prix de la tonne de ciment chez lui avant de revenir sur la décision quelques jours plus tard et de maintenir les anciens prix.

Interrogé à cette occasion, le Directeur général de CimTogo, Eric GOULIGNAC s’était expliqué en ces termes : “Cet ajustement est devenu nécessaire suite à une hausse de 250 % des combustibles pour l’usine de Scan Togo et une augmentation de plus de 35 dollars par tonne du fret maritime sur le gypse et le charbon. Dans le contexte international actuel, il n’est plus possible de maintenir les anciens prix”. Cette hausse semble être le contrecoup des perturbations que rencontrent les chaînes d’approvisionnement maritime mondiales, du fait des restrictions sanitaires et du redémarrage de l’économie qui a fait bondir la demande de biens. Des aléas qui impactent les capacités à bord des navires et qui ont accentué le manque de conteneurs, entraînant des hausses des taux de fret, avait-t-il ajouté au micro du site republicoftogo.

CimTogo a été suivie dans la foulée par les deux autres producteurs de ciment du pays, à savoir, Fortia et Diamond qui fixent le prix de leurs produits à 80 000 F CFA. Mais toutes ces sociétés ont entendu le plaidoyer du ministère du Commerce et ont finalement consenti au maintien de leurs anciens prix.

Mais la tendance à la hausse sur le marché togolais, est observée depuis quelques mois déjà, en particulier les prix des matériaux de construction. Le camion de sable, le fer à béton, les tuiles et carreaux, les tôles de diverses formes. Tous connaissent une flambée sans précédent. Qu’est-ce qui explique cette situation et comment l’analyser en prenant en compte les éléments d’appréciation purement scientifique à notre portée ? L’Agence de presse AfreePress et le journal Hara Kiri sont allés à la pêche à l’information et vous livrent les conclusions de leurs investigations.

Une envolée sans précédent des prix des matériaux de construction

Nous sommes en 2019 et les Togolais, même s’ils tirent la tronche à cause des prix des matériaux de construction sur le marché, savent qu’ils sont mieux logés que les citoyens de certains autres pays dans leur voisinage. Sur le marché de Lomé et de l’intérieur du pays, les prix ne sont certes pas à portée de la bourse du citoyen lambda. Mais ils ne sont pas aussi exagérément élevés. La tonne de ciment super CPJ 45 se négocie à cette période, à moins de 78 000 F CFA. La barre de fer de 8 est à 1250, le fer de 10 est à 1650 et le fer de 12 à 2200 F CFA. La tôle Bac Aluminium  peut être obtenue au prix de 3000 F CFA. Pour les plus nantis qui veulent apposer des carreaux sur le sol ou la façade de leur bâtisse, le carreau pouvait être trouvé sur le marché au prix de 2400 F CFA.

Le Togolais, culturellement attiré par la construction de sa propre maison, se battait par tous les moyens pour s’offrir ces biens de construction au prix de mille sacrifices jusqu’à l’apparition de la pandémie de la Covid-19 qui a eu un effet négatif sur les prix de tous les produits de grande consommation.

Les effets de la Covid-19

La maladie à coronavirus a eu de fortes répercutions sur les prix des produits de grande consommation. Ces prix ont pris de l’envol à cause principalement, du ralentissement des échanges commerciaux au niveau mondial. Le Fret mondial a fortement chuté à cette période, et ce, pour plusieurs mois pour ne pas dire, années avant de reprendre de plus belle ces derniers mois avec l’avancée de la vaccination mondiale et l’efficacité des mesures de lutte contre la Covid-19.

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Avec l’apparition de la Covid-19, les prix des matériaux de construction dans le monde se sont envolés. Si le prix de la tonne de ciment est resté plus ou moins stable au Togo, il n’en est pas de même pour d’autres produits à l’instar du fer à béton. Le prix du fer de 10 se négocie désormais sur le marché 1850 F CFA soit une augmentation de 200 F CFA et le fer de 12 est acheté sur le marché à 2800 F CFA soit 600 d’augmentation et ceci, en moins de deux années.

La tôle Bac aluminium est désormais vendue à 3500 F CFA avec une augmentation de 500 F CFA et le carreau sol est à 3000 F CFA. Le camion de sable et de gravier, a pris près de 20 % en valeur.

Du côté des grandes industries, la pression des charges variables devenues instables, se fait de plus en plus sentir même si pendant plusieurs mois, ces industries ont essayé de gérer cette situation avec courage pour éviter de nouvelles flambées.

Nombreuses sont ces grandes industries à faire face à la hausse des coûts du transport maritime de marchandises ou du fret qui a pris plus de 30 % d’augmentation. Les combustibles utilisés dans les fourneaux de ces grandes usines ont également connu une hausse sans précédent.

En effet, à la reprise des échanges au niveau mondial, les combustibles ont connu une augmentation de l’ordre de 58 %. Cette situation a été accentuée au Togo, par les travaux de dragage opérés au Port autonome de Lomé qui obligent les bateaux en rade, à attendre entre 20 à 25 jours avant de décharger leurs contenants. Ces délais supplémentaires sont supportés par les affréteurs des navires ce qui alourdit leurs coûts.

Dans nos investigations, nous avons découvert que ces trois causes cumulées, ont fait perdre à certaines industries de la place, près de 5 millions de dollars US (2,5 milliards de F CFA) par mois, et ce, pour plusieurs mois.

“La situation n’est pas spécifiquement togolaise. Elle est mondiale et aucun pays africain n’est épargné. Actuellement au Ghana, la tonne de ciment se vend à 83 000 F CFA. Au Nigeria le ciment Dangote est à 101 000 F CFA la tonne et au Burkina ce n’est pas moins cher qu’au Togo. C’est la conjoncture mondiale qui les oblige à faire ”, a confié à notre rédaction, un cadre du ministère du Commerce qui a requis l’anonymat.

Mais c’est le consommateur final de ces produits qui doit supporter ces coûts. D’où l’impérieuse urgence d’appeler l’État à apporter un soutien sans faille à ses industries du ciment en leur accordant des facilités au niveau fiscal soit, en contrôlant mieux le marché des importations de ces produits par des opérateurs non-locaux. L’exemple du groupe Dangoté est mis en avant. Ce dernier, bénéficiant d’accompagnements de l’État nigérian, n’hésite pas à faire du dumping au Togo dans le but non dissimulé, d’affaiblir les acteurs locaux pour plus tard, avoir une mainmise sur le marché du ciment alors qu’il n’emploie pas directement de la main-d’œuvre locale. La majorité de ses chauffeurs sont des Nigérians ou Ghanéens.

La Rédaction

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