Réconciliation et l’unité nationale/problème Nord-Sud au Togo : Dr Evalo Wiyao dit très haut les « vérités historiques que certaines personnes veulent encore camoufler »

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©AfreePress-(Lomé, le 29 décembre 2021)- Dr Evalo Wiyao, Enseignant-chercheur et Premier rapporteur du Haut-commissariat à la réconciliation et au renforcement de l’unité nationale (HCRRUN) a présenté, mardi 28 décembre 2021 au public, son ouvrage intitulé : « Togo processus de réconciliation et d’union nationale à l’épreuve des préjugés coloniaux (1914-1991) ».

La cérémonie de présentation et de dédicace de ce livre s’est déroulé à l’auditorium de l’Université de Lomé, en présence de plusieurs personnalités au rang desquelles, la présidente du HCRRUN, médiateur de la République, Mme Awa Nana Daboya, le Président de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), Pitalounani Telou et de l’ancien Premier ministre Joseph Kokou Koffigoh.

Paru aux éditions Presses de l’Université de Lomé, l’ouvrage de Dr Evalo Wiyao (333 pages) est subdivisé en trois grandes parties. La première met en lumière, les « préjugés et utilisation de la main-d’œuvre autochtone dans le contexte colonial français : Genèse des complexes et des antagonistes entre les Togolais ». La deuxième partie est consacrée à l’évolution politique des Togolais dans le contexte colonial français et le renforcement des préjugés et de l’antagonisme nord/sud. Quant à la troisième partie, elle ressort l’impact des préjugés coloniaux sur les crises politiques et le processus de réconciliation et d’unité nationale de 1960 à 1991.

De l’avis des universitaires, le titre évocateur du livre exhorte l’optimisme et raisonne comme un véritable plaidoyer pour l’avènement d’une véritable cohésion nationale au Togo. 

« L’auteur fait surtout une œuvre de prospection et dessine les lignes d’une voie nouvelle et inédite pour le Togo de demain », a lancé Dr Kpayé, chef de département d’histoire et d’Archéologie de l’Université de Lomé.

Pour l’historien, Dr Evalo Wiyao à travers son ouvrage fait comprendre les racines ‘’profondes’’ d’un mal qui continue de miner le vivre-ensemble et la cohésion sociale au Togo. 

En effet, parti d’un constat selon lequel : ‘’depuis l’ascension du Togo à la souveraineté internationale, le 27 avril 1960 et malgré les sacrifices consentis pour édifier une société togolaise réconciliée, le Togo demeure un perpétuel chantier d’union et de réconciliation plus d’un demi-siècle après l’indépendance », Dr Wiyao met en avant dans son livre, les insuffisances, les solutions politiques, socio-économiques et culturelles » préconisées depuis l’indépendance par les régimes pour expliquer les atermoiements que connaît le processus de réconciliation au Togo. 

D’après l’enseignant-chercheur, il serait erroné de croire que les difficultés auxquelles ont été confrontées les différentes politiques de réconciliation se résument aux lacunes des choix opérés par ses dirigeants. 

« Les entraves à l’édification d’une société togolaise unie sont à rechercher aussi dans l’un des aspects les plus controversés de l’œuvre coloniale à savoir, les préjugés. Il s’agit des clichés, des complexes, des vues d’esprit et des fausses certitudes nés dans l’univers mental des colonisateurs et des autochtones pendant l’époque coloniale… », relève-t-il.

L’auteur dit être convaincu que la réalisation de la réconciliation et de l’unité entre les Togolais se heurte encore aux effets néfastes des préjugés coloniaux.

Pour lui, s’appuyant sur la cartographie des civilisations autochtones conçue à dessein en termes d’infériorité et de supériorité, le colonisateur a dégagé deux catégories de Togolais. 

D’un côté écrit l’auteur, les peuples du Nord-Togo jugés « sauvages, attardés, etc., étaient consignés dans les tâches difficiles, rabaissés, humiliés et déshumanisés ». 

De l’autre, ceux du Sud-Togo considérés « évolués, intelligents, etc., étaient magnifiés, traités avec bienveillance » et cooptés comme auxiliaires dans la gestion des affaires du territoire, poursuit-il. 

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« Les conséquences engendrées par la gouvernance coloniale française au Togo, notamment les frustrations chez les uns et les instincts de supériorité chez les autres ont entraîné l’éclosion de rapports heurtés qui ne cessent d’empoisonner le sentiment d’appartenance à une même communauté de destin. Mais l’une des répercussions les plus graves de cette gouvernance coloniale est l’appropriation faite de ces représentations surannées par les Togolais qui continuent malheureusement d’en faire un des piliers de leur cohabitation, fragilisant ainsi les fondements de la nation togolaise naissante », a déploré l’auteur.

Un travail scientifique rigoureux et très documenté

Pour Kodjona Kadanga, Professeur titulaire en Histoire contemporaine qui a préfacé le livre, les travaux de l’auteur apportent des éclairages sur l’héritage colonial et postcolonial qui gangrène encore le vécu des Togolais, au point d’être ancré dans leur inconscient. 

« Dans cet ouvrage, l’auteur nous conduit à travers ces préjugés enracinés dans l’inconscient collectif et qui se transmettent de génération en génération. Mais comment peut-on y arriver si l’on occulte des faits passés dans la compréhension des maux qui assaillent nos sociétés ? Comment les extirper pour un avenir meilleur quand on sait qu’au sein d’une même société sous le joug colonial, les sujets étaient catégorisés ? Dr Wiyao Evalo, spécialiste de la problématique de la réconciliation, invite ses compatriotes à un effort de déconstruction de ces préjugés qui sapent les acquis de l’œuvre de construction de la nation togolaise et constituent une sorte de billot pour un vivre-ensemble dans une confiance mutuelle », a écrit dans la préface du livre, Prof. Kodjona Kadanga.

Un ouvrage historique 

Pour Joseph Kokou Koffigoh, le livre de Dr Wiyao, de par sa qualité scientifique, va contribuer à l’atteinte de l’objectif de réconciliation et l’unité nationale.  

« C’est un ouvrage historique », a-t-il laissé entendre, tout en précisant que les 333 pages d’exposé de faits et de commentaires mettent la lumière sur un passé méconnu des Togolais. 

« Une fois que nous pénétrons dans ce passé, l’auteur nous donne d’autres clés. Là, on découvre que le regard que nous portons les uns pour les autres est un héritage encombrant de la colonisation… Tous les Togolais ont constaté que la question de l’unité nationale et de la cohésion est une question qui revient d’une manière récurrente. Il y a certains maux qui chaque fois affectent le Togo et empêchent la réalisation de cette réconciliation. Comme un médecin, Dr Wiyao a cherché à savoir quelles sont les causes des échecs répétés du processus de réconciliation », a relevé l’ex-premier ministre togolais.

Le travail de Dr Wiyao est très apprécié.

« Je me réjouie, parce que c’est un travail qui s’intègre dans la droite ligne de la mission du HCCRUN. Je constate une fois de plus, et vu l’importance capitale de ce travail, que Wiyao ne se contente pas seulement d’être un simple rapporteur, mais il veut traduire en acte, la mission de réconciliation. Alors il est allé jusqu’à la source pour nous dire que la réconciliation est une œuvre de longue haleine et le Togo aussi y arrivera », a déclaré Mme Awa Nana Daboya. 

Pour le médiateur de la République, l’auteur a relevé dans cet ouvrage des vérités historiques que certaines vieilles personnes d’aujourd’hui veulent encore camoufler. Des vérités que la jeunesse togolaise a l’obligation de connaître pour changer la donne. 

Titulaire d’un Diplôme d’études approfondies (DEA) et d’un Doctorat en Histoire Politique et des Relations internationales obtenus à Université de Lomé, Evalo Wayao est Enseignant-chercheur et journaliste.

Raphaël A.

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