Exploitation de sable : Les travaux de la société Samaria, une grande menace pour les populations de Tamany…

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©AfreePress-(Lomé, le 24 février 2022)- Elle fait encore parler d’elle dans les localités de Baguida, Dévégo et Tamany. Elle, c’est la société Samaria, spécialisée dans le dragage des lagunes et cours d’eau et l’exploitation de sable fin.

Après avoir été au centre des débats et discordes dans la localité de Dévégo pour les nuisances causées par son travail, sur le quotidien des riverains de son cadre de travail, la voilà désormais installée à Tamany, à quelques encablures de Dévégo, toujours pour le même objectif, dégager du sable du fond du fleuve Zio et le commercialiser.

Mais est-ce que ses activités sont sans risque pour les riverains ? Quels sont les impacts de ses travaux sur l’environnement immédiat ? Les nuisances sonores générées par ses engins sont-elles sans risque pour la santé de la population ? Cette population a-t-elle le droit de se prononcer sur ce qui est fait à quelques mètres seulement de son lieu d’habitation ?

Voilà la trame du nouveau feuilleton qui se joue actuellement à Tamany, dans le canton de Baguida avec pour principaux acteurs, deux chefs traditionnels présentés comme totalement acquis à la cause de la société Samaria. Face à eux, on retrouve les riverains opposés à ce qui se fait. Ceux-ci exigent d’être mieux informés sur les garanties que leur apporte la société en cas de dommages causés à leur santé ou à leurs biens.

« Depuis près deux semaines, les engins de la société d’exploitation de sable, Samaria, sont entrés en action à Tamany, un quartier riverain du fleuve Zio, situé au nord-est du canton de Baguida. Et ce, après les graves dommages causés par cette société à l’environnement et aux habitations à Dévégo, quartier voisin de Tamany. Notre tranquillité est perturbée depuis quelques jours par les bruits des engins de la société Samaria. À quelques encablures des habitations, une imposante pelleteuse, décape et creuse à qui mieux mieux, à longueur de journée, sur la berge de la rivière Zio longeant le quartier. Ces travaux dits préliminaires censés préparer le terrain à l’exploitation proprement dite avaient démarré dans un flou total : aucune information à l’endroit de la population qui, légitimement, s’inquiète de possibles impacts sur les habitations. À ces craintes, les deux chefs, pour des raisons qui échappent à toute compréhension, répondent par des intimidations et des menaces », a confié à l’agence de presse AfreePress, un habitant désespéré et inquiet.

Accusation à laquelle réplique le chef du quartier de Tamany, Togbui AGBAVITO, contacté par la rédaction d’AfreePress.

« Je n’ai menacé personne. Tu ne peux pas être un chef de quartier et laisser des gens se réunir et faire des rencontres au-delà de 21 heures sans que tu sois informé. Si c’est une réunion familiale dans leur maison, cela ne pose pas de problème. Mais si c’est en dehors de leurs concessions, dans la rue, c’est de mon devoir de les interpeller et de les rappeler à l’ordre. Je n’ai menacé personne. Là où la société Samaria est installée et doit travailler, c’est sur un domaine de l’État et c’est l’État qui a accordé à cette société un permis d’exploitation. Les populations n’ont rien à dire à ce propos », a-t-il signifié.

Selon les faits rapportés par ces riverains, tout a commencé le samedi 19 février 2022, avec une

convocation envoyée aux riverains par Togbui AGBAVITO pour une réunion d’information au palais royal, en présence, notamment d’un autre chef et d’un représentant de Samaria.

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À cette occasion, la parole a été donnée au représentant de Samaria de s’expliquer. Ce dernier indique que la société Samaria a un permis d’exploitation délivré par l’État togolais, sur une zone du canton de Baguida comprenant Dévégo et Tamany. La société, a-t-il conclu, exerce en toute légalité.

Dans ce cas, pourquoi avoir attendu le démarrage des travaux pour tenir la réunion d’information ? À quels impacts devront s’attendre les riverains et à qui s’adresser lorsqu’un dommage survient du fait des travaux ? Quelles sont les réalisations prévues par Samaria dans la zone d’exploitation en contrepartie de son activité ? Y a-t-il un contrat entre la mairie et la société exploitante à cet effet ? Ce sont là, quelques interrogations soulevées par l’assistance.

La réponse du représentant de la société Samaria a été celle-ci. Selon lui, cette réunion d’information a été prévue avant le démarrage des travaux, une étude d’impact environnemental a été réalisée par l’Agence Nationale de Gestion de l’Environnement (ANGE) dans la zone d’exploitation, Samaria va verser à la mairie 0,75 % de ses recettes et fera des réalisations librement quand elle le souhaite.

Il s’ensuit des échanges houleux entre les riverains, la chefferie et le représentant de Samaria. Comment peut-on quitter cette réunion sans une idée claire des réalisations qui seront faites dans la zone d’exploitation, et qui de surcroît seront volontaires ? De quel moyen de pression dispose la population quand on sait qu’aucun contrat ne la lie à la société, et que visiblement, les autorités locales censées défendre les intérêts des riverains déroulent le tapis rouge à l’exploitant ? Autant d’inquiétudes restées sans réponse. La tension est devenue vive. Dans la foulée, le chef canton quitte les lieux. Togbui AGBAVITO qui se retrouve seul avec le personnel de sa chefferie à gérer la colère des riverains, tente à plusieurs reprises de mettre fin à la réunion. Dépassé, il lâche : « Que vous le vouliez ou non, le gouvernement a déjà pris sa décision ; l’exploitation aura lieu ! ». La tension est encore montée d’un cran ; la rencontre a failli dégénérer. Le reste de la séance, s’est déroulé dans une confusion indescriptible. C’est du moins, ce que rapportent à l’Agence de presse AfreePress, les témoins ayant pris part à cette rencontre.

Cette réunion d’information, précisent ces derniers, intervient deux jours après un fâcheux incident au cours duquel le chef s’est négativement illustré.

Jeudi 17 février, une délégation de riverains se rend chez Togbui AGBAVITO pour avoir des informations sur les travaux d’exploitation qui venaient de démarrer. La délégation rentre bredouille : le chef n’est pas là. En fin d’après-midi, une réunion de concertation entre riverains qui n’avaient jusque-là, aucune information officielle, a lieu. Informé, Togbui SAMEDI envoie le lendemain, un émissaire avec son sceptre, convoquant les riverains à son palais. Un acte hautement symbolique visiblement destiné à intimider et à dissuader. Une simple convocation aurait suffi, crie notre source qui fustige les mots utilisés par le chef à l’endroit de ses administrés à cette occasion.

« Une posture et des propos qui, de toute évidence, ont pour but d’intimider et d’étouffer toute velléité de protestation ou de manifestation contre la société de Samaria qui, lentement, mais sûrement déploie ses tentacules à Tamany au grand dam des riverains « , conclut celui-ci.

Olivier A.

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