Lomé, le 15 mars 2026-(©AfreePress)- La question de la mobilité professionnelle au sein de l’espace CEDEAO a occupé une place centrale dans les échanges entre experts, responsables politiques et députés du parlement de la CEDEAO réunis en session délocalisée du 12 au 14 mars à Lomé, soucieux de lever les obstacles qui entravent encore la libre circulation des compétences dans la sous-région.
L’un des principaux défis identifiés demeure l’absence d’harmonisation effective des diplômes entre les États membres. Cette situation freine la mobilité des travailleurs qualifiés et limite l’intégration du marché du travail ouest-africain.
Selon l’inspecteur des enseignements, Agbozo Séna, il n’est pas rare qu’un titulaire de master obtenu dans un pays de la CEDEAO éprouve des difficultés à faire reconnaître son diplôme dans un autre État de la communauté.
« Un titulaire de master obtenu dans un pays de la CEDEAO rencontre parfois des difficultés à faire reconnaître son diplôme dans un autre État membre. Pourtant, ces mêmes diplômes sont souvent acceptés en Europe ou aux États-Unis », a-t-il relevé.
Pour corriger cette incohérence, la CEDEAO envisage la mise en place d’un observatoire régional des compétences, un outil destiné à recenser les expertises disponibles dans la sous-région et à faciliter leur mobilisation au profit des États membres.
Cette plateforme numérique pourrait permettre d’identifier rapidement des spécialistes dans des domaines stratégiques tels que l’hydrologie, l’irrigation ou encore la gestion des ressources naturelles afin de répondre efficacement aux besoins spécifiques d’un pays.
Innocent Kagbara appelle à repenser en profondeur les systèmes éducatifs
Dans un entretien vidéo accordé à l’agence de presse AfreePress, l’honorable Innocent Kagbara, député au Parlement de la CEDEAO, a livré une analyse sans détour sur les limites des systèmes éducatifs africains actuels.
Selon le parlementaire togolais, les modèles éducatifs hérités de la période coloniale ne correspondent plus aux réalités économiques contemporaines du continent.
« Nous avons hérité d’un modèle éducatif conçu pour produire des cadres administratifs. Mais aujourd’hui, le monde a profondément changé et nos économies ont besoin de compétences techniques adaptées à leurs réalités », a-t-il expliqué.
Pour le député, l’Afrique ne pourra relever les défis de l’emploi et de la croissance économique sans une transformation profonde de ses programmes d’enseignement.
Il met en garde contre le maintien de curricula inadaptés aux besoins du marché du travail. « Si nous continuons avec les programmes actuels, nous risquons tout simplement de former des chômeurs. Il est impératif d’orienter davantage les jeunes vers les formations techniques et professionnelles », a-t-il averti.
La transformation numérique comme levier de modernisation économique
Dans son intervention, Innocent Kagbara a également insisté sur l’importance stratégique de la digitalisation pour les économies africaines.
Prenant l’exemple du Nigeria, il a souligné les progrès réalisés dans la généralisation des paiements électroniques et la numérisation de nombreux services.
« La digitalisation facilite les transactions, accélère la croissance économique et améliore la sécurité en réduisant la circulation de l’argent liquide », a-t-il indiqué.
Selon lui, le développement des outils numériques constitue également un moyen efficace de mieux mesurer l’activité économique, notamment dans les pays où le secteur informel représente une part importante de l’économie.
Vers une souveraineté économique fondée sur la formation
Au terme des échanges, les participants ont convenu que l’avenir économique de l’Afrique dépendra largement de sa capacité à aligner ses systèmes de formation sur les besoins réels de ses économies.
Pour Innocent Kagbara, l’analyse des importations constitue un indicateur précieux pour orienter les politiques éducatives.
« Chaque produit que nous importons représente une opportunité manquée de créer de la richesse localement. C’est à partir de cette analyse que nous devons concevoir nos écoles et nos programmes de formation », a-t-il affirmé.
Le parlementaire estime ainsi que la souveraineté économique de l’Afrique passe inévitablement par une refonte des systèmes éducatifs, ainsi que par une meilleure synergie entre les universités, les centres de formation et les secteurs industriels.
Un chantier qu’il juge désormais urgent et stratégique pour l’avenir du continent.
Olivier A.









