Les Douanes burkinabè ont intercepté 150 000 comprimés de tapentadol dosés à 250 mg, d’une valeur estimée à 295,18 millions FCFA, dissimulés sous une cargaison de clinker dans un camion immatriculé au Togo. Le chauffeur togolais, Lamboni Lorimpo, affirme ignoré la nature réelle des colis. Le propriétaire présumé de la marchandise, Issa Koara, aurait quant à lui tenté de corrompre les agents avec 2,5 millions FCFA. L’affaire soulève de nouvelles préoccupations autour du trafic transfrontalier de médicaments et des risques sanitaires liés au détournement des opioïdes.
Lomé, le 03 novembre 2026-(©AfreePress)- Derrière une cargaison apparemment ordinaire de clinker se dissimulait une marchandise autrement plus compromettante. Il s’agit de 150 000 comprimés de tapentadol, un puissant antalgique de la famille des opioïdes, dont la valeur est estimée à 295,18 millions de francs CFA. Cette découverte, réalisée par les services des Douanes du Burkina Faso, a conduit à l’interpellation du chauffeur togolais du camion, Lamboni Lorimpo, et à la mise en cause du propriétaire présumé de la cargaison.
Présentée à la presse le 14 octobre dernier à Ouagadougou par le directeur général des Douanes burkinabè, l’inspecteur divisionnaire Yves Kafando, cette saisie met en lumière les ramifications présumées d’un circuit de transport illicite de produits pharmaceutiques dans la sous-région. Les comprimés, dosés à 250 mg chacun, étaient répartis dans 15 000 plaquettes regroupées en onze colis, soigneusement camouflés sous un chargement de clinker à bord d’un camion immatriculé au Togo.
Selon les informations rapportées par plusieurs médias, le véhicule avait été chargé à Dapaong (600 km au nord de Lomé), avant de prendre la direction de la Côte d’Ivoire en traversant le territoire burkinabè. Interrogé après son interpellation, le conducteur affirme avoir ignoré la véritable nature des produits transportés. Il soutient que les colis lui auraient été présentés comme des boissons en sachet et qu’une rémunération de 75 000 FCFA lui avait été promise pour leur acheminement.
Le chauffeur affirme également ne pas avoir procédé à la vérification du contenu des colis avant le départ et dit avoir découvert leur véritable nature lors du contrôle douanier. Ces déclarations constituent sa version des faits et devront être confrontées aux éléments de l’enquête pour déterminer son éventuel degré d’implication.
Issa Koara, propriétaire présumé et tentative de corruption
L’affaire prend une autre dimension avec l’identification d’Issa Koara, présenté comme le propriétaire de la marchandise. Selon les comptes rendus de presse consacrés à cette opération, ce dernier aurait reconnu la propriété des produits et indiqué qu’ils étaient destinés à être acheminés vers la Côte d’Ivoire, notamment pour alimenter des circuits de distribution sur des sites d’orpaillage.
Autre élément particulièrement sensible, c’est la tentative présumée de corruption des agents des Douanes. Après la découverte de la cargaison, le propriétaire aurait proposé une somme de 2,5 millions de FCFA aux agents pour obtenir la restitution des produits et poursuivre son trajet. Une proposition qui aurait été catégoriquement rejetée par les douaniers.
Présent lors de la présentation de la saisie, le directeur général des Douanes, Yves Kafando, a fermement dénoncé ces pratiques et prévenu que toute la rigueur de la loi serait appliquée aux personnes impliquées dans cette opération.
Le tapentadol, un risque sanitaire sous surveillance
Au-delà de son caractère douanier et judiciaire, cette affaire remet en lumière les dangers liés à la circulation clandestine des produits pharmaceutiques dans l’espace ouest-africain.
Le tapentadol est un médicament antalgique opioïde utilisé dans le traitement de certaines douleurs, sous prescription et surveillance médicale. Son utilisation détournée ou abusive expose notamment à des risques de dépendance, de surdosage et de dépression respiratoire, pouvant entraîner des complications mortelles. Les autorités sanitaires européennes et américaines mettent expressément en garde contre les risques d’abus, de dépendance et de complications graves associés à son mésusage.
La destination présumée de cette cargaison vers des sites d’orpaillage ivoiriens soulève également des interrogations sur les circuits clandestins d’approvisionnement en substances médicamenteuses et les pratiques de consommation dans certains milieux professionnels.
Avec 150 000 comprimés interceptés et une valeur marchande estimée à près de 300 millions de FCFA, cette opération constitue un nouveau signal d’alerte sur l’ampleur du trafic transfrontalier de produits pharmaceutiques et les enjeux de santé publique qu’il soulève en Afrique de l’Ouest.
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