Lomé, le 09 mai 2025 – (©AfreePress)- La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) alerte une fois encore sur la gravité de la situation carcérale au Togo, où plus de 50 % des détenus croupissent en prison sans avoir été jugés. Ce constat préoccupant, symptomatique d’un dysfonctionnement profond de la chaîne judiciaire, a été mis en lumière ce lundi 9 mai par le président de l’institution, Me Kwao Ohini Sanvee.
« En 2022, une visite d’inspection dans onze établissements pénitentiaires du pays a révélé un taux de détention préventive prolongée de 52,48 % », a-t-il déclaré. Un chiffre alarmant qui trahit l’ampleur du recours excessif à cette mesure censée rester exceptionnelle.
La détention provisoire, selon les normes internationales et les principes de prévention de la torture, doit être utilisée avec parcimonie. Elle consiste à priver temporairement de liberté une personne en attente de jugement, uniquement lorsque des risques de fuite, de pression sur les témoins ou d’entrave à l’enquête sont avérés. En aucun cas, elle ne devrait se transformer en une peine anticipée.
À titre de comparaison, en France, la durée de la détention provisoire est strictement encadrée : quatre mois maximum pour les délits, deux à trois ans pour les crimes, sauf dérogations encadrées par la loi. Au Togo, ces délais sont fréquemment ignorés, laissant des individus derrière les barreaux pendant des mois, voire des années, sans qu’aucune décision judiciaire ne soit rendue.
« Cette dérive compromet gravement le droit fondamental à un procès équitable », a dénoncé Me Sanvee, qui appelle à une réforme urgente de la justice togolaise.
Outre la violation des droits humains, cette pratique contribue de manière significative à la surpopulation des établissements pénitentiaires du pays, dont les capacités sont largement dépassées.
Pour remédier à cette situation, la CNDH a lancé une mission nationale de réflexion. Celle-ci réunit magistrats, responsables de la police judiciaire, acteurs de la société civile et professionnels du droit, autour d’un objectif commun : poser les bases d’une réforme structurelle du système judiciaire, afin de garantir à chaque citoyen un accès équitable, rapide et transparent à la justice.
Anika A.









