Lomé, le 28 octobre 2026-(©AfreePress)- Peut-on ériger la nationalité d’une entreprise en garantie absolue de compétence et réduire, dans le même mouvement, les capacités d’un pays à une prétendue incapacité à se prendre en charge ? Une vidéo diffusée sur Tik Tok, identifiée par le filigrane @analymonde3, vraisemblablement de nationalité française, relance cette question à propos de l’avenir commercial de l’aéroport international Gnassingbé Eyadéma de Lomé. « Et quoi de plus sérieux qu’un groupe français ? », lance son intervenant, tandis qu’un texte à l’écran affirme : « On finit toujours par appeler les Français » pour signifier que la gestion de l’espace Duty free de l’aéroport international Gnassingbé Eyadéma de Lomé sera à coup sûr confiée à une entreprise française, Lagardère Travel Retail alors que des entreprises togolaises auraient également postulé à cet appel d’offres.
Ces formules traduisent une vision contestable du développement. Celle qui ferait de l’origine étrangère un label automatique de sérieux et de l’expertise nationale une option de second rang. Or, la compétence ne se transmet pas par passeport, pas plus que la qualité de gestion ne se décrète à partir du siège social d’une entreprise.
Le Togo n’a nul besoin d’être présenté comme incapable pour justifier le recours éventuel à un partenaire international. Les entreprises étrangères peuvent apporter des savoir-faire, des capitaux et des réseaux utiles. Mais leur participation doit se juger sur des critères objectifs : qualité des services, investissements, création d’emplois, retombées économiques et transfert de compétences. La nationalité ne saurait tenir lieu de preuve.
L’aéroport international Gnassingbé Eyadéma représente une infrastructure stratégique pour le pays. Il contribue à son ouverture internationale, à l’activité touristique et aux échanges commerciaux. Les décisions concernant ses espaces commerciaux doivent donc répondre à une exigence claire. Servir durablement les intérêts du Togo, tout en offrant aux voyageurs des prestations compétitives.
Cette exigence implique également de faire une place réelle aux compétences togolaises. Former les professionnels, soutenir les entreprises locales et leur permettre de concourir dans des conditions transparentes ne relèvent pas d’un réflexe de fermeture, mais d’une stratégie de développement. L’ouverture internationale et la valorisation du savoir-faire national ne sont pas incompatibles ; elles peuvent se renforcer mutuellement.
Le dossier Lagardère appelle des éclaircissements
Le 21 octobre 2026, Africa Intelligence présentait Lagardère Travel Retail comme favori pour reprendre les activités commerciales de l’aéroport de Lomé. Cette information soulève des interrogations légitimes, sans suffire à établir qu’une concession a été définitivement attribuée au groupe. Ce n’est pas notre propos.
Où en est précisément la procédure ? Une décision a-t-elle été prise concernant les boutiques hors taxes ? Selon quels critères, quelles obligations financières et quelles garanties de retombées locales ? Quelle place sera réservée aux entreprises togolaises et au recrutement de compétences nationales ?
Ces questions appellent des réponses précises des autorités compétentes de l’aéroport Gnassingbé Eyadema de Lomé. Elles ne préjugent ni de l’issue du dossier ni de la qualité d’un éventuel opérateur. Elles rappellent simplement qu’une infrastructure stratégique ne peut être gérée dans l’opacité, ni son avenir commercial soustrait à l’exigence de transparence.
Le Togo peut nouer des partenariats avec les acteurs internationaux de son choix. Mais il est en droit d’attendre que chaque décision soit évaluée à l’aune de ses intérêts économiques et de ses bénéfices pour la population. La compétence n’a pas de nationalité. La souveraineté économique, elle, exige que les intérêts du Togo restent au cœur de chaque décision.
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