COTONOU, le 07 octobre 2026-(©AfreePress)- La première visite officielle de Romuald Wadagni en France aura été ponctuée d’engagements financiers destinés à plusieurs secteurs structurants de l’économie béninoise. Au terme de son déplacement à Paris, les accords conclus avec les partenaires français portent sur 65,5 milliards de francs CFA, soit près de 100 millions d’euros, pour l’électricité, l’agriculture et le développement d’une expertise médico-légale de haut niveau.
Derrière cette enveloppe, trois priorités se détachent : étendre l’accès à l’électricité, renforcer certaines chaînes de valeur agricoles et doter le Bénin d’une capacité nationale d’analyse ADN. Une équation qui mêle infrastructures, production et souveraineté scientifique.
Les nouveaux engagements ont été formalisés à Paris le 5 octobre, au terme de la visite de travail effectuée par Romuald Wadagni les 4 et 5 octobre 2026. L’Agence française de développement (AFD) et Bpifrance figurent parmi les partenaires mobilisés. L’Ambassade de France au Bénin confirme notamment les volets consacrés aux réseaux électriques, à la pisciculture et à la construction d’un laboratoire d’excellence d’hématologie médico-légale.
Électricité : le plus gros morceau de l’enveloppe
Sur les 65,5 milliards FCFA mobilisés, 52,1 milliards sont destinés au développement et à l’extension des réseaux électriques dans le cadre du Projet d’extension et de développement des réseaux électriques, PEDER+.
L’ambition affichée est de franchir un nouveau palier dans l’accès à l’électricité avec plus de 120 000 nouveaux branchements dans 750 localités, notamment dans les départements du Mono, du Couffo et du Borgou.
L’enjeu dépasse largement la seule connexion des ménages au réseau. Dans les zones rurales et périurbaines, l’électricité constitue également un levier pour les ateliers, les commerces, les petites unités de transformation, les services de proximité et les activités génératrices de revenus. L’extension du réseau doit ainsi accompagner l’activité économique tout en améliorant les conditions de vie des populations.
Le projet prévoit également de renforcer les réseaux de distribution et de contribuer à leur amélioration technique, avec, en toile de fond, la nécessité de consolider la qualité et la fiabilité de l’approvisionnement électrique.
Agriculture : 9,8 milliards FCFA pour produire davantage
Deuxième pilier de cette mobilisation financière : l’agriculture. Quelque 9,8 milliards FCFA sont affectés au développement de la pisciculture et à des investissements agricoles productifs. Une enveloppe de 6,6 milliards FCFA est consacrée au développement de la filière piscicole dans plusieurs communes de l’Alibori, de l’Atacora et de la Donga.
L’objectif est de structurer davantage une filière qui ne se limite pas à la production. De l’élevage à l’alimentation des poissons, en passant par les intrants, la transformation, le transport et la commercialisation, c’est toute une chaîne de valeur qui est appelée à être consolidée.
Les 3,3 milliards de FCFA restants doivent soutenir des investissements productifs dans plusieurs filières, notamment l’aviculture, la cuniculture ainsi que des productions protéagineuses et oléagineuses. Les opérations ciblent plusieurs communes du Borgou, de la Donga, des Collines et du Zou.
À travers ces financements, Cotonou entend donc faire du soutien aux filières agricoles un instrument de création de valeur et de revenus, dans un contexte où la productivité, la transformation locale et la sécurité alimentaire demeurent des enjeux majeurs.
ADN : le pari d’une souveraineté scientifique
Le troisième volet des accords ouvre un chantier d’une tout autre nature, mais non moins stratégique.
Avec Bpifrance, le Bénin engage la mise en place d’une capacité nationale d’expertise médico-légale à travers la Plateforme de recherche, d’investigation et d’analyse médico-légale (PRIAM), en lien avec le Laboratoire d’hématologie médico-légale de Bordeaux.
Le projet prévoit la création d’un laboratoire d’excellence capable, à terme, de réaliser jusqu’à 30 000 analyses ADN par an. Il doit également permettre la formation de plus de 500 professionnels et contribuer à l’émergence d’une filière universitaire spécialisée.
L’enjeu est considérable pour les services judiciaires et scientifiques béninois. Identification de victimes, recherches de filiation, investigations criminelles ou encore interventions après des catastrophes : l’analyse génétique peut fournir des éléments déterminants dans de nombreuses procédures.
Mais le projet ne se résume pas à l’acquisition d’équipements. En misant sur le transfert de compétences et la formation de spécialistes, le Bénin cherche à installer durablement sur son territoire un savoir-faire scientifique de pointe. Une manière de réduire la dépendance à l’expertise extérieure tout en faisant émerger une nouvelle compétence nationale.
De Paris à Cotonou, le défi de la concrétisation
La visite de Romuald Wadagni à Paris aura donc débouché sur une série d’engagements qui couvrent des secteurs aux effets très différents, mais complémentaires : énergie, production agricole, justice et science.
L’AFD apporte l’essentiel des financements, à travers deux conventions, tandis qu’une lettre de mandat conclue avec Bpifrance complète le dispositif. Au total, les engagements annoncés atteignent 65,5 milliards FCFA.
Pour Paris, cette séquence confirme également la poursuite d’une coopération opérationnelle avec Cotonou. L’Ambassade de France au Bénin présente ces nouveaux engagements comme portant sur des projets à retombées économiques et sociales attendues dans les deux pays.
Pour Cotonou, le véritable test commence désormais après la signature. Car entre les montants annoncés à Paris et les résultats attendus sur le terrain, demeure une étape décisive : transformer les engagements financiers en branchements effectifs, en exploitations agricoles plus productives et en compétences scientifiques opérationnelles.
Des villages davantage connectés à l’électricité, des producteurs mieux équipés, des filières agricoles plus structurées et un laboratoire capable de produire localement une expertise ADN : c’est à cette aune que se mesurera, à terme, la portée concrète de la séquence parisienne.
La visite de Romuald Wadagni aura ainsi placé le partenariat franco-béninois sur un terrain résolument pratique : financer des infrastructures, soutenir la production et construire des capacités nationales durables.
Ferdinand COOVI










