Lomé, le 5 avril 2025 – (©AfreePress)- Une date que tous les fidèles de l’Église Évangélique Presbytérienne du Togo (EEPT) attendent avec espoir est désormais fixée : le 30 octobre 2025, un nouveau Bureau exécutif devrait être élu, marquant potentiellement la fin d’une longue crise institutionnelle qui mine cette Église centenaire depuis 2020. Après cinq années de tensions internes, de batailles judiciaires et de médiations discrètes, l’EEPT semble enfin entrevoir une sortie de crise durable.
Un chronogramme contraignant placé sous haute surveillance
Le nouveau chronogramme, fruit d’un compromis complexe entre les différentes parties, a été officialisé le 24 janvier 2025. Il prévoit quatre semaines pour la vulgarisation de la nouvelle Constitution, quatre autres pour le renouvellement des organes paroissiaux, puis autant pour les structures régionales. Ces étapes préalables déboucheront sur un synode électif prévu pour le 30 octobre 2025. L’installation des dirigeants élus interviendra deux mois plus tard, le 30 décembre 2025, avant un culte de réconciliation solennel fixé au 30 janvier 2026.
Mais le chemin reste semé d’embûches. Certains membres du collectif GRGSER-EEPT (Groupe de Réflexion pour une Gestion Saine et Évangélique des Ressources de l’EEPT), toujours actifs, tentent encore de freiner la dynamique en saisissant la justice. Une récente action visant à invalider la conférence régionale de Lomé-Périphérie a toutefois été rejetée par le tribunal, validant ainsi la poursuite du processus.
Une crise née d’un acte mal compris
L’origine de cette fracture remonte à 2020, lorsque le Bureau exécutif de l’époque décide de vendre un terrain situé à Hanoukopé, quartier populaire de Lomé. L’opération, justifiée comme une réponse à une dette abyssale de plus de 800 millions de francs CFA, a été jugée opaque par une frange de l’Église. Le collectif GRGSER-EEPT voit le jour dans la foulée, dénonçant une gestion non conforme aux valeurs évangéliques et appelant à des réformes en profondeur.
La médiation de l’État : discrète mais décisive
Face à l’impasse, l’État togolais, par l’entremise du Ministère de l’Administration Territoriale, engage dès 2021 un processus de médiation. En avril 2022, une déclaration commune est signée à Adétikopé entre le Bureau exécutif, le GRGSER-EEPT et les médiateurs. Trois commissions thématiques (sur la gouvernance, le système électoral et les structures de l’Église) sont mises en place en mars 2023, ainsi qu’un comité de surveillance chargé de suivre l’évolution du processus.
Les recommandations de ces organes débouchent, en novembre 2024, sur l’adoption à l’unanimité d’une nouvelle Constitution lors du Synode. Mais très vite, de nouvelles tensions émergent autour de la désignation des présidents des commissions électorale et de recours. Grâce à la médiation du Lieutenant-Colonel Bédiani Béléi, Facilitateur désigné, un compromis est trouvé : chaque camp proposera un nom soumis à l’approbation du Synode. C’est ainsi que la Professeure Kafui Kpegba, proposée par le Bureau exécutif, est finalement retenue.
Une Église à reconstruire
Aujourd’hui, si les cicatrices ne sont pas totalement refermées, le climat est nettement plus apaisé. Le Révérend Dr Mawusi Akotia, actuel Modérateur, a récemment invité les fidèles à « dépasser les rancunes » et à reconnaître que, malgré les tensions, l’action du GRGSER-EEPT a permis de renforcer la transparence et la gouvernance interne.
L’État, pour sa part, tient à rappeler que la réussite de ce processus dépend avant tout des acteurs ecclésiastiques eux-mêmes. « Si le processus échoue, ce ne sera pas l’échec de l’État mais celui des enfants de l’Église », avait averti le Lieutenant-Colonel Béléi lors du Synode de novembre dernier.
Une page à tourner, un avenir à écrire
Alors que l’échéance du 30 octobre 2025 approche, les regards restent suspendus à la bonne exécution du chronogramme. Si les délais sont respectés, l’EEPT pourrait non seulement tourner la page d’un épisode douloureux, mais aussi s’ouvrir à une ère de réconciliation et de renouveau. Les fidèles, eux, n’attendent qu’une chose : que cette fois, l’histoire ne se répète pas.
Olivier ADJA
LE COMMUNIQUE OFFICIEL DE L’EEPT



















