Lomé, le 24 mars 2026 -(©AfreePress)- Quitter la salle de classe pour s’engager dans un métier artisanal. Tel est le parcours singulier de Kpedzo Kossivi, dont l’itinéraire illustre avec éloquence les dynamiques de reconversion professionnelle au Togo.
Entre transmission du savoir et apprentissage d’un savoir-faire, son expérience met en lumière les réalités d’un marché du travail en mutation, où résilience et adaptabilité s’imposent comme des vertus cardinales.
Titulaire d’une maîtrise en français, Kpedzo Kossivi a exercé pendant plusieurs années en tant qu’enseignant dans un établissement privé, dispensant des cours de français et d’histoire-géographie. Mais face à la précarité croissante du métier, marquée notamment par l’irrégularité des rémunérations, il prend une décision radicale. Abandonner la craie pour se consacrer à la blanchisserie.
Une orientation qui ne relève pas du hasard. Passionné depuis l’enfance par le soin du linge et le repassage, il développe progressivement ses compétences au contact d’un proche déjà actif dans le domaine. « Porter des vêtements propres et bien repassés est pour moi une exigence quotidienne », confie-t-il à AfreePress. Ce qui n’était au départ qu’un intérêt personnel s’est progressivement mué en véritable vocation professionnelle.
Depuis, près de sept ans, il exerce en tant que blanchisseur, combinant techniques traditionnelles et outils modernes pour répondre aux exigences d’une clientèle de plus en plus attentive à la qualité et aux délais. Dans un secteur fortement concurrentiel, il insiste sur la nécessité de conjuguer rigueur, rapidité et professionnalisme afin de fidéliser la clientèle.
Toutefois, l’activité n’est pas exempte de difficultés. L’absence d’harmonisation des tarifs et la concurrence jugée parfois déloyale fragilisent les acteurs du secteur. « Le métier nourrit son homme, mais pas toujours à la hauteur des attentes », reconnaît-il, évoquant également les contraintes liées à la gestion du personnel. Faute de revenus suffisants, il a dû se séparer de ses collaborateurs, notamment une secrétaire et un repasseur.
Sur le plan technique, Kpedzo Kossivi privilégie une approche hybride, associant lavage manuel et utilisation de machines. Une stratégie qui lui permet d’optimiser à la fois la qualité du service et les délais de livraison, dans un environnement où la réactivité constitue un avantage concurrentiel déterminant.
Malgré les défis, il demeure ouvert à la transmission de son savoir-faire. Toutefois, il insiste sur les exigences du métier. « La blanchisserie requiert discipline, humilité et persévérance. Sans ces qualités, il est difficile de s’y maintenir durablement », souligne-t-il.
À travers ce parcours atypique, se dessine le visage d’une jeunesse togolaise en quête de solutions pragmatiques face aux réalités économiques. Une trajectoire inspirante qui rappelle que la dignité professionnelle ne réside pas uniquement dans le statut, mais aussi dans la capacité à se réinventer.
BLEWOUSSI René









