Lomé, le 10 février 2026 -(©AfreePress)- Dans de nombreuses sociétés, notamment africaines, le mariage demeure l’institution par excellence où s’entrelacent amour, responsabilité et projection commune vers l’avenir. Il est perçu comme l’union de deux êtres appelés à se compléter et à affronter ensemble les épreuves de la vie. Pourtant, lorsque cette union concerne une personne en situation de handicap, le regard social se durcit, se charge de doutes, de soupçons et de jugements implicites. Là où l’amour devrait s’imposer comme une évidence, surgissent des interrogations déplacées, parfois cruelles.
Afin de mieux cerner ces perceptions et les freins socioculturels qui entravent encore le mariage des personnes handicapées, l’Agence de presse AfreePress a réalisé un micro-trottoir auprès de jeunes citoyens togolais. Les témoignages recueillis révèlent la persistance de stéréotypes profondément ancrés, mais aussi l’émergence de voix plus ouvertes et résolument tournées vers l’égalité.
Pour Mademoiselle KPAKPATI Abidé, étudiante en troisième année de Comptabilité Contrôle Audit (CCA) à l’Université de Lomé, la question ne souffre d’aucune ambiguïté. « Je peux épouser une personne en situation de handicap si je l’aime. Le handicap n’est pas une barrière au mariage. Même si mes parents s’y opposent, c’est à moi de les amener à comprendre et à accepter mon choix. C’est ma vie, et je dois assumer ce choix », a-t-elle confié à l’agence de presse AfreePress.
Un point de vue nuancé est expliqué par Nakpekou Komlan Paulin, étudiant en deuxième année de Géographie à la Faculté des Lettres, Langues et Arts (FLLA), ancienne FLESH, qui souligne le poids des représentations sociales. « La société présente souvent les personnes handicapées comme une charge. On pense, par exemple, qu’une femme handicapée ne peut pas accomplir certaines tâches domestiques. C’est ce regard qui rend le mariage difficile. Mais si j’ai les moyens et que j’aime une personne handicapée, je peux l’épouser », dit-il avec conviction.
« Il est plus facile de voir des couples impliquant une personne handicapée au village qu’en ville. En milieu rural, le jugement social est moins pesant. En ville, en revanche, le regard des familles et les exigences sociales constituent de véritables barrières. Pourtant, personne ne choisit d’être handicapé. Un accident peut arriver à n’importe qui. Si l’amour est sincère, le handicap ne devrait pas être un obstacle », enchérit de son côté, Mademoiselle Eklou Abla, étudiante à la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion (FASEG).
Elle ajoute que le statut social et la richesse tendent parfois à atténuer les discriminations, révélant une réalité troublante où l’acceptation est conditionnée par les moyens financiers ou par le statut social de la personne souffrant de handicap.
« Les personnes en situation de handicap sont souvent perçues comme incomplètes, incapables de remplir leur rôle d’épouse ou d’époux. Beaucoup se demandent si elles peuvent s’occuper des enfants, travailler ou subvenir aux besoins du foyer. C’est ce raisonnement qui pousse certains à préférer une personne dite ‘normale’ », avance pour sa part, Amen K., étudiant à l’Institut des Sciences de l’Information, de la Communication et des Arts (ISICA). Selon lui, lorsque la personne handicapée est issue d’un milieu aisé, l’acceptation devient plus facile, l’argent jouant alors un rôle déterminant.
Les personnes handicapées sont souvent considérées comme des charges, car on estime qu’elles ne peuvent pas accomplir certaines tâches. Cela explique pourquoi beaucoup hésitent à les épouser. Mais il est clair que le traitement diffère selon que la personne handicapée est pauvre ou riche. Dans ce dernier cas, le mariage peut être motivé par l’argent plutôt que par l’amour, soutient elle aussi, Mademoiselle Amedjokpo Akou Patricia, également étudiante à la FASEG. Pour elle, la société entretient une discrimination persistante.

« J’ai un copain, et il accepte pleinement mon handicap. Ses parents aussi. Je suis convaincue que, même s’il réussit socialement demain, il ne m’abandonnera pas », viendra clore Mlle Améyo Akakpo, étudiante en situation de handicap.
À travers ces voix croisées, se dessine un constat sans équivoque : le combat pour l’inclusion ne saurait être uniquement institutionnel. Il passe avant tout par une transformation profonde des mentalités, afin que le mariage cesse d’être un espace de discrimination et devienne, pour tous, un droit fondé sur l’amour, la dignité et l’égalité.
René BLEWOUSSI









