Lomé, le 23 octobre 2025-(©AfreePress)- Une fraude à 165 millions de dollars, des cargaisons de riz qui n’ont jamais existé, un réseau d’hommes d’affaires véreux et une décennie de batailles judiciaires. C’est le cocktail explosif que révèle le Daily Maverick dans son enquête choc intitulée « Une fraude de 165 millions de dollars et un long procès hantent Ecobank ».
Le Daily Maverick, journal sud-africain plonge dans les tréfonds du groupe bancaire panafricain Ecobank, décrivant un mélange de scandale financier et de chaos institutionnel. “Ce qui a commencé par des reçus d’expédition falsifiés s’est transformé en un test pour les institutions bancaires africaines”, écrit le journal sud-africain dans un passage aussi glaçant que révélateur.
Ecobank finance des cargaisons de riz… jamais été livrées
Selon le journal Daily Maverick, tout débute en 2014. Ecobank Nigeria finance des importations de riz pour un homme d’affaires indien, Prem Garg, à travers des lettres de crédit censées garantir la livraison des produits. Problème, les navires annoncés n’ont jamais accosté. “Les cargaisons n’ont jamais quitté les ports d’embarquement et les documents fournis étaient des faux grossiers”, rapporte le Daily Maverick.
À la manœuvre, une nébuleuse d’entreprises dirigées par Garg et ses proches. Ecobank fait appel à Wilben Trade, basé aux Émirats arabes unis pour payer le montant dû à travers des lettres de crédit et plus tard, elle accuse cette société d’avoir “détourné des fonds et facilité des transactions frauduleuses sous couvert de commerce international”.
Mais Wilben Trade se défend et avance qu’elle n’aurait été, selon ses dirigeants, qu’un simple tiers facilitateur entre la banque et le client. “Ecobank a mal interprété notre rôle. Nous n’étions ni complices, ni bénéficiaires”, plaide son PDG, Marcus Wade, cité par le journal.
Procès croisés et milliards envolés
Pendant près de dix ans, la banque multiplie les procédures à Lagos, Dubaï et Bombay. Des jugements tombent, d’autres sont annulés. Ecobank poursuit Garg, attaque Wilben Trade, puis se retrouve elle-même poursuivie pour “atteinte à la réputation et abus de procédure”.
“Cette affaire est devenue un feuilleton judiciaire tentaculaire où chaque victoire appelle un nouveau recours”, écrit le Daily Maverick.
En 2024, Wilben Trade contre-attaque à Dubaï, réclamant 68 millions de dollars de dommages-intérêts à Ecobank pour “harcèlement judiciaire”. L’entreprise dénonce une tentative d’extorsion, affirmant qu’un cadre d’Ecobank lui aurait proposé de “retirer la plainte en échange de 42 millions de dollars”.
La banque, elle, nie tout en bloc. “Toutes les allégations de faute professionnelle ou de litige malveillant à l’encontre d’Ecobank sont erronées, trompeuses et sans fondement”, a répondu un porte-parole cité par le Daily Maverick.
Un scandale aux ramifications africaines
L’enquête de Kara Le Roux, l’auteur du dossier, met aussi en lumière les failles systémiques du groupe bancaire panafricain. Des auditeurs, dont Deloitte, contactés, ont refusé tout commentaire “pour raisons de confidentialité” car n’ayant pas révélé des montants astronomiques de dettes d’Ecobank à l’issue d’un audit censé révéler les faiblesses de la banque panafricaine.
Le Daily Maverick note que les pertes n’ont jamais été intégralement inscrites dans les rapports annuels d’Ecobank, un point qui soulève de sérieuses questions de transparence et de gouvernance.
“Ce scandale illustre la face cachée de la mondialisation bancaire africaine, entre ambitions panafricaines et vulnérabilités structurelles”, conclut le journal.
Dans la foulée, le partenaire sud-africain Nedbank a cédé ses 21,2 % de parts dans Ecobank Transnational Incorporated pour 100 millions de dollars, “un départ opportun dans un climat de turbulences financières et judiciaires”, commente encore le Daily Maverick.
Ecobank : un géant fragilisé
Aujourd’hui, le groupe est confronté à une pression croissante de ses régulateurs, à des problèmes de solvabilité, et à des dégradations de sa note de crédit par l’agence Fitch, qui estime qu’“une importante injection de capitaux est indispensable pour restaurer la confiance”.
Plus d’une décennie après les “expéditions fantômes”, l’affaire reste un boulet judiciaire pour Ecobank. Ni les tribunaux de Dubaï ni ceux de Lagos n’ont encore rendu de décision définitive. Quant au principal suspect, Prem Garg, il demeure introuvable, malgré une notice rouge d’Interpol et une série de mandats internationaux.
Le Daily Maverick résume : “Plus qu’une fraude, l’affaire Ecobank est un miroir brisé où se reflètent les fragilités du système bancaire africain, ses dérives internes et la difficile quête de transparence dans un monde où l’argent circule plus vite que la vérité.”
Postface – Hara Kiri
En reprenant cette enquête monumentale du Daily Maverick, les journaux AfreePress et Hara Kiri s’interrogent. Combien d’autres “affaires Garg” dorment encore dans les tiroirs des banques africaines ? Combien de millions s’évaporent dans des cargaisons invisibles ? Et combien de temps encore les grands groupes masqueront leurs pertes derrière le vernis des bilans consolidés ?
Ce scandale, qui mêle fraude, impunité et fragilité institutionnelle, n’est pas qu’une histoire d’argent. C’est une leçon pour tout un continent. Celle de la vigilance, du contrôle et de la responsabilité dans la gestion de ses propres géants économiques.
Olivier A.









