Lomé, le 15 Août 2025-(©AfreePress)- Après dix-sept années de partenariat stratégique, Nedbank, principal actionnaire d’Ecobank Transnational Incorporated (ETI) avec 21,22 % du capital, a engagé un processus de cession totale de sa participation. Un retrait qui intervient dans un climat alourdi par des soupçons persistants de mauvaise gouvernance, des litiges judiciaires sensibles et la dégradation continue des performances de la filiale nigériane du groupe.
Des résultats nigérians en chute libre
Ecobank Nigeria (EBN), autrefois pilier du groupe ETI, a vu sa contribution au chiffre d’affaires global s’effondrer au cours de la dernière décennie : de 43,39 % en 2014, elle ne représente plus que 6,03 % en 2024. Cette baisse drastique reflète des années de contre-performances et de pertes, qui ont contraint ETI à plusieurs interventions financières, dont l’émission d’obligations pour un total de 325 millions de dollars en 2025 afin de soutenir la liquidité du groupe et de refinancer sa dette.
Un litige explosif aux ramifications internationales
Au cœur de la tourmente figure une affaire d’extorsion présumée visant un citoyen britannique, Marcus Wade, PDG de Wilben Trade, intentée par EBN et sa filiale de recouvrement ETI Specialised Recovery Company (ETISRC).

Cette procédure, engagée au Nigeria en 2022 sur la base d’une plainte pénale jugée non étayée, est accusée d’avoir servi de levier de pression pour obtenir un règlement financier. Selon des éléments versés au dossier, le directeur général d’ETISRC, Oladele “Dele” Alabi, aurait proposé de retirer la plainte en échange d’un paiement, évoquant des pressions liées au remboursement imminent d’une euro-obligation de 500 millions de dollars.
En riposte, Wilben Trade a saisi en décembre 2024 la justice des Émirats arabes unis, réclamant 67,8 millions de dollars pour diffamation, tactiques coercitives et atteinte à la réputation. L’affaire met directement en cause ETI, EBN, ETISRC ainsi
que plusieurs dirigeants, dont le PDG Jeremy Awori. La prochaine audience est prévue pour septembre 2025.
Ombres sur la transparence financière
Ce litige majeur, bien que susceptible d’avoir un impact significatif sur la situation financière du groupe, ne figure pas dans les provisions du rapport annuel 2024 d’ETI, qui ne comptabilise que 62,2 millions de dollars pour les contentieux importants. Une omission qui interroge sur le respect des obligations de divulgation prévues par la réglementation financière internationale.
Les auditeurs Deloitte et Grant Thornton, sollicités pour confirmer l’intégration de cette procédure dans les comptes, n’ont pas apporté de réponse claire.
Un retrait qui en dit long
Si Nedbank n’a pas officiellement motivé son départ, des sources proches du dossier évoquent des inquiétudes persistantes quant à la gouvernance du groupe et aux performances d’EBN. L’assemblée générale annuelle 2025 d’ETI a d’ailleurs modifié ses statuts pour permettre aux autres actionnaires de racheter la participation de Nedbank sans offre publique.

Parallèlement, ETI aurait lancé en urgence un audit interne de ses entités nigérianes, signe que le départ de son allié sud-africain agit comme un électrochoc au sommet.
En toile de fond : un capital réputationnel fragilisé
Pour les observateurs, cette affaire illustre un double défi pour ETI : restaurer la confiance des investisseurs tout en assainissant ses pratiques internes. L’absence de dividendes pour les actionnaires en 2025, la gestion opaque des litiges et la lenteur à sanctionner les dérives internes posent la question d’un possible virage stratégique et éthique, sans lequel le groupe bancaire panafricain risque d’accentuer sa perte d’attractivité sur les marchés.
Olivier A.









