Lomé, le 31 mars 2026-(©AfreePress)- Dans un modeste atelier de coiffure niché dans un quartier populaire de la capitale togolaise, une scène singulière attire l’attention. Entre gestes minutieux, regards bienveillants et encouragements constants, un jeune apprenti porteur de trisomie 21 s’initie, avec détermination, aux rudiments de la coiffure. Une immersion progressive qui illustre, avec force, le rôle déterminant des métiers artisanaux dans la promotion de l’inclusion sociale.
Contrairement aux idées reçues, la trisomie 21 n’implique pas une incapacité d’apprentissage, mais plutôt un rythme d’assimilation plus lent. Avec un encadrement approprié, ces enfants peuvent acquérir des compétences pratiques et développer un véritable savoir-faire. Le parcours d’Essoham Abidji, jeune apprenti coiffeur, en est une illustration éloquente.
Chaque lundi, dans un espace de formation artisanale situé à Alinka, communément appelé « centre » à Bernard Kopé, apprentis coiffeurs, couturières et tailleurs se retrouvent pour enrichir leurs connaissances au-delà de leur formation de base. « Ils y apprennent notamment des techniques culinaires, les règles d’hygiène corporelle ainsi que d’autres notions utiles à leur métier », explique Jules Agbegnan, maître artisan du centre. C’est dans ce cadre que s’inscrit Essoham, engagé dans son apprentissage depuis plusieurs mois.
Selon les encadreurs, les métiers manuels constituent un levier d’intégration particulièrement adapté aux enfants en situation de handicap. « Ces activités reposent essentiellement sur la pratique, ce qui facilite leur appropriation », souligne Kossivi Edina, responsable de l’atelier de coiffure où évolue le jeune apprenti. « Un enfant porteur de trisomie 21 est capable d’apprendre comme les autres, même si cela requiert davantage de temps et de patience », ajoute-t-il.
Au sein de l’atelier, les débuts n’ont pas été exempts de difficultés. Les premiers rapports entre Essoham et ses camarades furent marqués par une certaine incompréhension. « Nous avions, à tort, adopté une attitude de compassion excessive, ce qui l’a mis mal à l’aise », reconnaît Julien Bossou, apprenti coiffeur. Une prise de conscience, facilitée par les explications du maître d’apprentissage, a permis de rétablir un climat de confiance et de camaraderie. « Aujourd’hui, nous le considérons comme l’un des nôtres, et cela a tout changé », confie-t-il.
Ses camarades saluent unanimement ses efforts et sa capacité d’assimilation. « Il comprend rapidement les consignes, même si leur mise en pratique demande plus de temps », observe Evra Sodji. Une progression constante qui témoigne de sa détermination et de sa volonté d’apprendre.
Pour les formateurs, l’encadrement de jeunes en situation de handicap exige une préparation spécifique et une grande patience. Mais les résultats peuvent être remarquables. « Essoham est d’une ponctualité exemplaire. Alors que le service débute à 7 heures, il est toujours présent bien avant. Il est respectueux, assidu et profondément motivé », souligne avec admiration Kossivi Edina.
Après près d’une année d’apprentissage, le jeune apprenti continue de faire preuve d’un engagement remarquable. Là où certains de ses pairs cèdent parfois à la démotivation, lui s’efforce, chaque jour, d’acquérir de nouvelles compétences. « Il ne quitte jamais l’atelier sans avoir appris quelque chose », précise son formateur.
Au-delà de la simple acquisition d’un métier, le parcours d’Essoham Abidji incarne une véritable leçon de résilience et de dignité. Chaque geste maîtrisé, chaque technique assimilée constitue une victoire sur les préjugés et une affirmation de ses capacités.
Cette expérience met en lumière une réalité essentielle. Le handicap ne doit pas être perçu comme une fatalité, mais comme une autre manière d’apprendre et de s’épanouir. À travers un accompagnement adapté, une pédagogie inclusive et des opportunités concrètes, ces jeunes peuvent révéler un potentiel insoupçonné et s’inscrire pleinement dans le tissu socio-professionnel.
Promouvoir de telles initiatives revient, en définitive, à bâtir une société plus équitable et inclusive, où chaque individu, quelles que soient ses particularités, peut trouver sa place et contribuer activement au développement collectif.
Par Blewoussi René









