À Kara, le gouvernement accélère la recherche de solutions structurelles face aux difficultés d’approvisionnement en eau potable. La visite de terrain du ministre Séna Alipui, effectuée le 27 septembre, intervient dans le sillage du lancement d’un projet évalué à quelque 27 milliards de FCFA, destiné à accroître la production, étendre le réseau et porter le taux de desserte de la ville à 75 %.
Lomé, le 29 septembre 2026-(©AfreePress)- À Kara, la bataille pour l’accès durable à l’eau potable se joue désormais sur le terrain. À la veille du lancement du Projet d’alimentation en eau potable de la ville de Kara et de ses environs, le ministre délégué chargé de l’Eau et de l’Assainissement, Séna Alipui, a conduit une mission de reconnaissance sur plusieurs sites appelés à jouer un rôle stratégique dans le renforcement de l’approvisionnement de la région.

De Koumondè au barrage de la Kozah, en passant par l’usine de traitement de Tchoworo à Bafilo, la délégation ministérielle s’est employée à jauger les ressources disponibles, les contraintes techniques et les conditions de mobilisation de l’eau brute. Dans les montagnes de Koumondè, dans la préfecture d’Assoli, le ministre et son équipe ont notamment inspecté une source susceptible de contribuer à l’alimentation de plusieurs localités confrontées à des difficultés d’accès à l’eau potable. Une visite effectuée au terme de plusieurs heures de marche, au plus près des ressources naturelles appelées à soutenir le futur dispositif.
La mission s’est ensuite poursuivie à Tchoworo, où la délégation a pris connaissance de l’historique et du fonctionnement de l’usine de traitement d’eau de Bafilo, avant de mettre le cap sur le barrage de la Kozah, infrastructure centrale du système d’alimentation en eau de la région. Mis en service à la fin des années 1970, cet ouvrage alimente notamment la ville de Kara, ainsi que plusieurs localités des préfectures de la Kozah, de la Binah et de Doufelgou. Des documents techniques antérieurs confirment le rôle structurant du barrage dans le système d’alimentation du Grand Kara.
Sur place, le ministre Séna Alipui a porté une attention particulière au niveau de la retenue et à l’état des emprises du barrage. « Il est question pour nous de constater le niveau de l’eau dans le barrage et également de voir si les emprises du barrage sont éventuellement occupées par des choses pouvant empêcher le ruissellement fluide des eaux pluviales », a-t-il expliqué. Cette vigilance intervient dans un contexte où le système actuel est soumis à une pression croissante. Une source gouvernementale avait notamment fait état, début 2026, d’une situation particulièrement tendue à Kara, marquée par la baisse des ressources disponibles et la mobilisation de mesures d’urgence.
De nouvelles ressources pour changer d’échelle
Cette tournée prend tout son relief avec le lancement, le 28 septembre 2026, du Projet d’alimentation en eau potable de Kara et de ses environs. Porté par la SP-EAU, le projet vise à renforcer durablement la production et la sécurisation de l’approvisionnement. Selon les informations publiées à l’occasion d ela cérémonie de lancement, son coût global atteint environ 27 milliards de francs CFA, avec des concours financiers du Fonds koweïtien pour le développement économique arabe et de la Banque islamique de développement.

Le dispositif doit notamment permettre de mobiliser de nouvelles ressources dans les environs de Bafilo, de renforcer les capacités de production et d’étendre les réseaux de distribution. Les données rendues publiques lors du lancement font état d’un objectif de passage d’environ 12 000 à 22 000 m³ d’eau produits par jour, ainsi que d’une progression du taux de desserte de Kara de 50 % à 75 %. Le projet doit également étendre l’accès au service à plus de 40 000 ménages supplémentaires.
Dans cette architecture, une nouvelle station de traitement, des ouvrages de captage, des conduites d’adduction, des réservoirs de stockage et l’extension du réseau doivent constituer les principaux maillons de la nouvelle chaîne hydraulique. La Banque islamique de développement a, de son côté, publié en septembre 2026 un avis général de passation des marchés relatif au projet, confirmant notamment la réalisation de travaux de captage d’eau brute et la construction d’un réservoir d’emmagasinage.
Pour Yawo Ewoenam ZEGUE, secrétaire général par intérim du ministère délégué chargé de l’Eau et de l’Assainissement, le schéma repose sur la mobilisation de l’eau à partir des sources, son traitement, puis son transfert vers les centres urbains. Une station de traitement annoncée à 500 m³ par heure doit notamment contribuer au renforcement de l’alimentation de Kara, tandis qu’un réservoir prévu à Kara-Sud permettra de stocker l’eau traitée avant sa distribution.
Kara face à un défi démographique et hydraulique
Au-delà des infrastructures, l’enjeu est celui de la capacité du service public de l’eau à suivre l’augmentation de la demande. Le système alimenté historiquement par le barrage de la Kozah est confronté depuis plusieurs années à une pression accrue liée à la croissance démographique et à l’évolution des besoins. Une analyse publiée par l’Agence togolaise de presse relevait déjà que l’ancienne unité de traitement, mise en service en 1978, ne suffisait plus à répondre à la demande croissante.
Le nouveau projet entend ainsi changer d’échelle : davantage de ressources mobilisées, davantage de capacité de production, davantage de stockage et davantage de réseau. L’objectif annoncé est de faire passer la desserte de la ville de Kara de la moitié de sa population à trois habitants sur quatre, tandis que le dispositif devrait bénéficier directement à plusieurs dizaines de milliers de personnes et avoir un effet plus large sur l’ensemble de l’aire urbaine et des localités environnantes.

Au terme de la mission, le ministre a également inspecté le site retenu pour accueillir le futur réservoir d’eau potable et parcouru plusieurs quartiers de Kara encore confrontés à des difficultés d’approvisionnement. Une manière de confronter les plans techniques à la réalité quotidienne des populations.
À travers cette séquence de terrain, le gouvernement affiche ainsi une ambition qui dépasse la simple réalisation d’ouvrages. Il faut sécuriser durablement la ressource, renforcer la résilience du système et rapprocher l’accès à l’eau potable des populations de Kara et de ses environs. Une équation devenue d’autant plus stratégique que la région a connu récemment des tensions d’approvisionnement. Le projet apparaît dès lors comme l’une des réponses structurelles à une crise qui ne saurait être résolue par les seules mesures d’urgence.
Albertine A.











