Lomé, le 08 décembre 2025-(©AfreePress)- Le Togo s’est placé, ce lundi, au cœur de l’histoire africaine contemporaine en ouvrant à Lomé les travaux du 9ᵉ Congrès panafricain, une rencontre d’envergure mondiale organisée en partenariat avec l’Union africaine.
De nombreuses délégations officielles venues d’Afrique, des Amériques, des Caraïbes et d’Europe, ainsi qu’une représentation massive de la diaspora afrodescendante, ont convergé vers la capitale togolaise pour réaffirmer l’urgence d’un panafricanisme renouvelé, visionnaire et résolument tourné vers l’action.

Faure Gnassingbé : « Le panafricanisme n’est plus une idée. Il devient une stratégie de souveraineté »
Présidant la cérémonie d’ouverture, le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a livré un discours d’une rare profondeur, mêlant rigueur stratégique et appel à une renaissance collective. « Le monde change. Aucun pays africain ne peut avancer seul. Le renouveau panafricain n’est plus une option intellectuelle : c’est une nécessité vitale, un impératif de survie et de puissance », a-t-il martelé devant près d’un millier de participants réunis au Palais des Congrès de Lomé.
Dénonçant la marginalisation persistante du continent dans les instances internationales, il a insisté sur la réforme urgente du multilatéralisme. « Un continent de 1,4 milliard d’habitants ne peut continuer d’être absent des lieux de décision qui déterminent son avenir », a-t-il déclaré.
Le Chef de l’État a également situé la bataille de la souveraineté sur le terrain du récit. « La souveraineté, a-t-il dit, commence par la capacité à raconter soi-même son histoire, à déconstruire les stéréotypes et à affirmer la vérité de notre identité ».

Dans une conclusion solennelle, il a exhorté les participants à faire de Lomé le point de départ d’un nouvel élan panafricain. « Je déclare ouverts les travaux du 9ᵉ Congrès panafricain. Écrivons ensemble une nouvelle page de dignité, de souveraineté et de renaissance pour notre continent », a-t-il proclamé sous les acclamations de l’assistance.
Francia Elena Márquez : la voix de la mémoire et de la résilience afrodescendante
Invitée d’honneur de l’événement, la Vice-présidente de la Colombie, Francia Elena Márquez Mina, a profondément marqué les esprits par une allocution empreinte de mémoire, de justice et de fierté identitaire.
Se tenant sur une terre d’Afrique d’où étaient partis ses ancêtres réduits en esclavage, elle a confié. « Mes ancêtres ont quitté ce territoire enchaînés. Aujourd’hui, j’y reviens comme la première femme vice-présidente de la Colombie. Nous occupons désormais l’État pour transformer des siècles d’injustice et d’inégalité raciale », a-t-elle martelé.
Sa présence a symbolisé le lien indestructible entre l’Afrique et les peuples afrodescendants du monde, rappelant que le panafricanisme moderne déborde les frontières du continent.
Robert Dussey : « Le panafricanisme n’est pas un nationalisme élargi »

Le ministre togolais des Affaires étrangères, Prof. Robert Dussey, a quant à lui, livré un message puissant, convoquant la mémoire des résistances contre l’esclavage et la colonisation. Il a averti contre les confusions idéologiques. « Ne confondons pas le panafricanisme et le nationalisme. Le panafricanisme est une quête de guérison profonde, de dignité retrouvée et d’humanité réconciliée », a-t-il noté soulignant le rôle croissant de Lomé dans la médiation diplomatique. « Le Togo est devenu un espace de dialogue, de paix et de cohésion », a-t-il affirmé avec conviction.
Amr Aljowaily : l’Afrique doit se battre pour une place pleine et entière dans la gouvernance mondiale
Représentant la Commission de l’Union africaine, l’ambassadeur Amr Aljowaily a rappelé que les rêves de Nkrumah, Garvey, Du Bois, Nyerere ou Sékou Touré restent inachevés avant de dresser un constat sans concession. « L’Afrique demeure marginalisée dans les instances internationales. L’absence d’un siège permanent africain au Conseil de sécurité de l’ONU est une anomalie historique », a-t-il dénoncé et de rappeler les nouvelles dynamiques géopolitiques – montée des BRICS, Alliance des États du Sahel, influence du Sud global – qui invitent le continent à sortir de la posture d’observateur.
Un congrès placé sous le signe de la réforme, de l’unité et de l’action
Placé sous le thème : « Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales : mobiliser les ressources et se réinventer pour agir », le congrès va aborder une trentaine de thématiques majeures. Il s’agit de la
réinvention du panafricanisme, de la réforme du multilatéralisme, de la restitution du patrimoine culturel, la réparations et la justice historique, la décolonisation des savoirs, le leadership féminin, la sécurité alimentaire, la santé publique , la lutte contre le racisme, le rôle géopolitique de la diaspora et la souveraineté économique et technologique.

Ces travaux s’inscrivent dans le cadre de la Décennie 2021-2031 des racines africaines et de la diaspora, impulsée par l’Union africaine.
Un moment de projection mondiale pour le Togo
Au-delà de son rôle de pays hôte, ce congrès représente pour le Togo une occasion stratégique d’affirmer son leadership sur plusieurs fronts. Le front de la diplomatie de médiation, la participation citoyenne, la gouvernance, la transformation économique, la sécurité régionale et rayonnement culturel.
Lomé, transformée pour quelques jours en capitale des consciences africaines, devient l’épicentre d’une Afrique qui se redéfinit, se rassemble et revendique pleinement sa place dans le monde.
« L’Afrique parle pour elle-même et décide d’elle-même pleinement », a conclu Faure Gnassingbé, donnant le ton d’une rencontre qui ambitionne de convertir les idées en actes concrets.
Olivier A.









