Lomé, le 04 novembre 2025 -(©AfreePress)- Fonctionnaire au ministère de l’Action sociale et de la Promotion de la femme, Yao Emmanuel Aziakèssè est un homme aux multiples talents. Informaticien de formation, auteur-compositeur, chanteur et instrumentiste accompli, il illustre la résilience et la créativité à la togolaise. Handicapé visuel de naissance, il impressionne par sa détermination et son charisme, guitare à la main et sourire confiant aux lèvres.
Lors de notre rencontre, Yao Emmanuel dirigeait l’orchestre “La Joie de Vivre”, composé d’artistes de renom, la plupart valide. Chef d’orchestre, polyglotte et musicien dans l’âme, il manie aussi bien la guitare, le saxophone que le balafon. Il est aujourd’hui spécialiste en éducation à l’École nationale sociale de l’Université de Lomé, où il partage son expérience et sa passion pour la musique et la culture.
Ce brillant esprit aurait pu, selon plusieurs de ses proches, fréquenter les prestigieuses universités de la Sorbonne ou de Harvard. Pourtant, son parcours universitaire fut interrompu par les grèves qui paralysèrent les campus togolais entre 1998 et 2000. Titulaire d’un baccalauréat, série II a obtenu en 1998, il s’était alors inscrit à la Faculté de droit de l’Université de Lomé, avant de devoir se réorienter.
« À cause des troubles politiques et des grèves répétées, j’ai abandonné le droit pour une formation en informatique adaptée », confie-t-il. Il poursuit ensuite des cours en ligne à Hardley School, la section francophone d’une université américaine, sanctionnés par des attestations équivalentes à une licence. « Il y a mille et une manière d’attraper le chat », lance-t-il avec humour, symbole de sa philosophie : persévérer, quelles que soient les circonstances.
Mais au fond de lui, une flamme brûle pour la musique, son premier amour, héritée de ses ancêtres. « Mes arrière-grands-parents étaient des musiciens, compositeurs de chants traditionnels gazo », explique-t-il. « Mon père chantait aussi. Chez nous, la musique est inscrite dans le génome familial. »
Sans avoir appris à chanter, il développe une voix puissante et expressive, capable de fusionner la musique traditionnelle togolaise avec des sonorités modernes. Dès son adolescence, il transpose les rythmes du gazo vers des mélodies contemporaines, suscitant l’admiration, même si le manque de moyens a freiné la diffusion de ses créations.
Artiste engagé, Yao Emmanuel préfère les chansons à message, empreintes de sagesse et d’espérance. Il revendique comme influences des icônes de la scène togolaise telles qu’Agboti Yao Mawuéna, Maba ou Alognon Degbévi, mais aussi des légendes africaines et internationales comme Lokua Kanza, Manu Dibango, Don Williams et B.B. King.
Membre actif de l’orchestre “Happy Brothers” de l’Association des Personnes Handicapées Visuelles pour la Contribution au Développement (AHVCD), il incarne une génération d’artistes qui refusent de se laisser définir par leur handicap. Sa devise est claire : « Je suis sûr et certain que je quitterai ce monde un jour, mais avec la musique dans l’âme. »
Entre espoir, foi et passion, Emmanuel Aziakèssè trace sa route, démontrant que les vraies limites ne sont jamais physiques, mais mentales.
BLEWOUSSI René









