Lomé, le 25 août 2026-(©AfreePress)-L’affaire des deux réalisateurs français Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani, ainsi que de leur fixeur togolais Fred Vedomey, continue de susciter l’attention au Togo et au-delà. Arrêtés le 27 juillet dernier alors qu’ils réalisaient dans le nord du pays un épisode de la série documentaire Les Routes de l’impossible, les trois hommes font l’objet de poursuites pour « fausses déclarations ». Une procédure que leur avocat, Me Martial Akakpo, conteste, assurant que ses clients « ne reconnaissent aucun fait ».
L’affaire, longtemps restée relativement discrète, a pris une nouvelle dimension après la communication officielle de Lomé et les prises de position d’organisations internationales de défense de la liberté de la presse. Le gouvernement togolais affirme disposer d’« indices graves et concordants » justifiant les poursuites. Il soutient notamment que l’équipe aurait utilisé un drone dans des zones soumises à un régime de sensibilité sécuritaire particulier, notamment dans la région des Savanes, et qu’elle aurait travaillé au-delà du périmètre couvert par son autorisation de tournage.
La défense rejette les faits reprochés
Face à ces accusations, Me Martial Akakpo adopte une ligne de défense claire : ses clients contestent les faits qui leur sont reprochés. Dans une intervention relayée par TV5MONDE, l’avocat insiste sur la nécessité de laisser la procédure judiciaire suivre son cours, alors que la défense réfute la présentation faite des circonstances du tournage.
Le débat porte notamment sur les autorisations de tournage. Selon les autorités togolaises, le document délivré le 19 juin 2026 par le ministère chargé du Tourisme était établi au seul nom de Fred Vedomey et ne couvrait pas certaines zones dans lesquelles l’équipe a effectué des prises de vues. Lomé évoque également l’utilisation d’un drone dont les caractéristiques n’auraient pas été déclarées au préalable.
La société de production Tony Comiti Productions soutient, pour sa part, que les réalisateurs étaient en règle et qu’ils auraient notamment dépassé une zone autorisée par inadvertance. Reporters sans frontières affirme également que l’équipe avait obtenu une autorisation en amont et qu’elle n’avait pas l’intention de contrevenir aux règles togolaises.
Une affaire devenue sensible
Au-delà du seul dossier judiciaire, l’affaire intervient dans un contexte où les relations entre le Togo et certains médias français sont déjà délicates. Le gouvernement togolais insiste cependant sur un point : les poursuites, selon lui, ne concernent pas le contenu journalistique du documentaire, mais exclusivement le respect des dispositions administratives et sécuritaires applicables au tournage.
Cette distinction est essentielle. Car si les autorités sont fondées à faire respecter les règles applicables aux prises de vues, particulièrement dans des zones exposées à des menaces sécuritaires, la procédure doit également permettre d’établir précisément les responsabilités de chacun, la nature des éventuels manquements et leur portée réelle.
C’est précisément à la justice qu’il revient désormais de démêler les versions contradictoires et de déterminer si les irrégularités alléguées relèvent d’erreurs administratives, de négligences ou de faits susceptibles de justifier les poursuites engagées.

La question de la détention
Les conditions et la durée de la privation de liberté constituent également un volet important du dossier. RSF a dénoncé une procédure qu’elle estime injustifiée et disproportionnée et réclamé la libération des trois hommes. L’organisation s’était par ailleurs inquiétée de l’état de santé de Sebastian Perez Pezzani.
Un développement est intervenu ce 25 août : selon une source proche du dossier, Sebastian Perez Pezzani a été placé sous contrôle judiciaire et suit désormais des soins dans un hôpital au Togo. Cette évolution intervient après plusieurs semaines de procédure.
Le dossier reste donc ouvert. Entre la version des autorités, qui mettent en avant des manquements administratifs et des considérations sécuritaires, et celle de la défense, qui conteste les faits reprochés, la justice togolaise est désormais appelée à établir les responsabilités avec précision.
Une chose, en tout cas, demeure essentielle : dans une affaire aussi sensible, la transparence de la procédure, le respect des droits de la défense et la manifestation de la vérité doivent primer sur toute lecture politique ou passionnelle du dossier.










