Lomé, le 05 janvier 2026-(©AfreePress)- Un vaste scandale de détournement de fonds secoue la Société Générale Côte d’Ivoire (SGCI), l’une des principales institutions bancaires du pays. Une ancienne agente de la banque est poursuivie pour avoir frauduleusement siphonné les comptes internes de l’établissement afin d’alimenter ceux de son compagnon, à hauteur de 196 millions de FCFA, et d’un ami, bénéficiaire de 127 millions de FCFA, sur une période d’environ cinq ans.
Les faits ont été mis au jour à la suite d’une opération de contrôle interne, au cours de laquelle les services de la banque ont constaté des anomalies majeures. Des fonds cantonnés sur des comptes de contrôle n’étaient plus disponibles. Les investigations ont révélé des manœuvres frauduleuses sophistiquées, combinant des virements vers des comptes induits, des simulations de saisies et des sorties de fonds par chèques. Au total, près de 1,6 milliard de FCFA ont disparu des comptes de contrôle interne. Deux anciens collègues de la principale prévenue sont également cités dans le dossier.
À la barre, l’ex-agente a reconnu les faits et détaillé le mécanisme mis en place. « Le compte de mon compagnon était logé dans les livres de la SGCI. J’y ai viré des montants compris entre 2 et 2,5 millions de FCFA, de façon régulière, pendant cinq ans », a-t-elle expliqué.
Selon ses déclarations, son compagnon ignorait l’origine frauduleuse des fonds. Lorsqu’il l’interrogeait, elle se contentait d’éluder la question. « Son entreprise traversait des difficultés. C’était une manière de l’aider », a-t-elle soutenu, tout en reconnaissant qu’il retirait néanmoins les sommes versées.
Le second bénéficiaire, présenté comme un ami, aurait également perçu des fonds sur la même période. « Je lui ai demandé son numéro de compte sans lui dire d’où venait l’argent. On se partageait les montants. Sur un million de FCFA, je prenais 70 %, il gardait 30 % », a confessé la prévenue, mettant en lumière un système organisé de partage du butin.
L’audience a pris une tournure singulière lorsque le compagnon bénéficiaire des fonds a tenté de justifier son enrichissement par des arguments religieux et métaphysiques. « Pour moi, c’est Dieu qui répondait à mes prières », a-t-il déclaré, affirmant avoir même témoigné de cette “bénédiction” au sein de sa communauté religieuse.
Cette ligne de défense a suscité l’étonnement, voire l’exaspération, de la juridiction. « Partagez-nous cette foi qui vous a amené à croire que Dieu envoie de l’argent directement sur les comptes bancaires », a ironisé la présidente du tribunal, avant d’ajouter : « Nous ne pouvons pas vous suivre sur le terrain de la métaphysique ».
Le procureur de la République s’est montré tout aussi ferme, appelant à laisser la foi hors du débat judiciaire.
Face aux interrogations insistantes de la cour – notamment sur l’absence de réaction pendant cinq ans alors que les sommes s’accumulaient sur son compte -le prévenu a fini par concéder. « J’ai été naïf… ».
Une affirmation aussitôt balayée par la présidente du tribunal : « Je ne parlerai pas de naïveté, mais plutôt de cupidité ».
Au-delà des faits, ce dossier met en lumière les risques systémiques liés aux failles de contrôle interne dans les institutions financières, ainsi que les défis de la lutte contre la criminalité financière en Afrique de l’Ouest. Il relance également le débat sur la responsabilité des bénéficiaires indirects de fonds frauduleux et sur la vigilance attendue des titulaires de comptes face à des flux financiers anormaux.
Le procès, suivi avec attention par le secteur bancaire et l’opinion publique, pourrait faire jurisprudence en matière de détournement de fonds, de complicité passive et de gouvernance bancaire, dans un contexte où les autorités financières renforcent progressivement les mécanismes de conformité et de traçabilité des opérations.
Olivier A.






