Lomé, le 18 mars 2026-(©AfreePress)- Une affaire judiciaire singulière, révélatrice des tensions sécuritaires et des enjeux liés au numérique, se déroule actuellement au Bénin, où une simple publication sur WhatsApp vaut à une femme des poursuites devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET).
Selon des sources judiciaires concordantes, la prévenue est poursuivie pour « incitation à la rébellion » et « apologie de crimes contre la sûreté de l’État », après avoir diffusé dans un groupe de discussion le message : « Si ce n’est pas un matin, ce serait un soir ».
Les faits remontent au 7 décembre 2025, date à laquelle une tentative de coup d’État a été déjouée au Bénin. Cette journée a donné lieu à une vaste vague d’interpellations, plusieurs dizaines de personnes ayant été inculpées pour atteinte à la sûreté de l’État et placées sous mandat de dépôt .
Dans ce climat particulièrement sensible, les autorités ont renforcé la surveillance des contenus diffusés sur les plateformes numériques, considérées comme des vecteurs potentiels de mobilisation ou de désinformation.
À la barre, la mise en cause a soutenu avoir simplement relayé un message déjà viral sur les réseaux sociaux, niant toute intention subversive.
Toutefois, les investigations menées par les services compétents ont conclu qu’elle serait l’auteure originelle de la publication incriminée, fragilisant ainsi sa ligne de défense et confortant la thèse du ministère public.
Lors de l’audience, le parquet spécial n’a laissé place à aucune indulgence, qualifiant les propos de nature à encourager une insurrection dans un contexte de crise. Il a requis une peine de cinq ans d’emprisonnement ferme assortie d’une amende de cinq millions de francs CFA.
Ce réquisitoire s’inscrit dans une tendance plus large. Plusieurs affaires récentes liées à la tentative de putsch ont déjà donné lieu à des poursuites pour des publications en ligne jugées favorables aux mutins.
Au-delà du cas individuel, cette procédure relance le débat sur l’équilibre entre liberté d’expression et impératif de sécurité nationale dans un environnement numérique en pleine expansion.
De nombreux observateurs s’interrogent sur la portée juridique de simples messages relayés sur des messageries privées, ainsi que sur la responsabilité pénale des utilisateurs face à des contenus viraux.
Le verdict de la CRIET est attendu le 14 avril 2026, dans un dossier qui pourrait faire jurisprudence en matière de régulation des communications numériques au Bénin.
Albertine A.










