Lomé, le 07 octobre 2026-(©AfreePress)- Le passage de Bassirou Diomaye Faye au Parlement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) n’aura pas été qu’une séquence protocolaire. Au-delà des civilités d’usage, la visite du président sénégalais, président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’organisation régionale, a ouvert une réflexion de fond sur l’avenir de l’architecture institutionnelle communautaire.

Reçu mardi 6 octobre au siège du Parlement de la CEDEAO à Abuja, dans le cadre de sa visite de travail auprès des principales institutions de l’organisation, Bassirou Diomaye Diakhar Faye a été accueilli par la présidente de l’institution parlementaire, Hadja Mémounatou Ibrahima.
Dans son adresse de bienvenue, la dirigeante parlementaire a conféré à cette visite une portée qui dépasse largement le cadre cérémoniel. Elle y voit un moment susceptible de rapprocher la présidence de la Communauté de son Parlement, mais aussi de renouer le fil entre l’intégration régionale et les aspirations des populations ouest-africaines.
« Il est des visites qui marquent un agenda ; il en est d’autres qui marquent une institution et parfois une page de son histoire », a déclaré Hadja Mémounatou Ibrahima, estimant que la présence du chef de l’État sénégalais dans cette enceinte relevait de cette seconde catégorie.
Le Sénégal comme référence démocratique
Dans son propos, la présidente du Parlement communautaire a établi un parallèle entre l’hôte du jour et la trajectoire démocratique du Sénégal, présenté comme un pays où le dialogue politique, le débat public et la participation citoyenne occupent une place ancienne dans la vie institutionnelle.
Une référence loin d’être anodine. Pour Hadja Mémounatou Ibrahima, cette tradition rencontre directement la vocation du Parlement de la CEDEAO qui est de faire de l’intégration ouest-africaine non plus la seule affaire des gouvernements, mais une entreprise portée par les peuples eux-mêmes.
L’enjeu, selon elle, est désormais de donner davantage de substance à cette ambition en renforçant la place du Parlement dans le dispositif communautaire.
Le Parlement veut davantage de pouvoirs
Vingt-cinq ans après son installation, le Parlement de la CEDEAO demeure essentiellement un organe consultatif et ne dispose toujours pas de l’ensemble des prérogatives dévolues à une véritable assemblée législative. C’est précisément sur ce terrain que la présidente de l’institution a interpellé le président en exercice de la Communauté.
Elle a appelé de ses vœux un renforcement des fonctions législatives et de contrôle du Parlement, condition, selon elle, d’une institution « plus forte, plus représentative et plus impactante » pour les populations de la région.
La Déclaration de Lungi, issue du sommet du 19 juillet 2026 en Sierra Leone consacré notamment à l’avenir de l’intégration régionale, offre à ses yeux une fenêtre d’opportunité pour approfondir cette réforme institutionnelle.
Le message adressé à Bassirou Diomaye Faye est donc limpide : son mandat à la tête de la CEDEAO pourrait constituer un levier pour accélérer la consolidation des institutions communautaires et rééquilibrer les rapports entre les différents organes de l’organisation.
Sécurité, cohésion et souveraineté au cœur des attentes
Hadja Mémounatou Ibrahima a par ailleurs salué les grandes orientations associées à la présidence de Bassirou Diomaye Faye. Sécurité collective, dialogue, cohésion régionale, souveraineté économique et politique, mais aussi stabilité institutionnelle et réforme de la Communauté. Ces priorités prennent une résonance particulière dans une Afrique de l’Ouest confrontée à une recomposition profonde de son espace politique et sécuritaire et à la nécessité de préserver les ressorts de l’intégration régionale.
La présidente du Parlement communautaire a ainsi plaidé pour une plus grande synergie entre les différentes institutions de la CEDEAO, estimant que la crédibilité de l’organisation passe aussi par une architecture institutionnelle davantage en phase avec les attentes des citoyens.
Diomaye Faye invité à s’exprimer devant la plénière
Comme prolongement de cette rencontre, Hadja Mémounatou Ibrahima a annoncé son souhait de voir le président sénégalais s’exprimer prochainement devant une session plénière du Parlement communautaire afin d’y présenter sa vision pour l’Afrique de l’Ouest. Cette invitation donne une dimension politique supplémentaire à la visite d’Abuja.
Bassirou Diomaye Faye, porté à la présidence en exercice de la CEDEAO lors du sommet de Lungi du 19 juillet 2026, effectue en effet cette tournée auprès des principales institutions communautaires dans un contexte de renouvellement de plusieurs instances dirigeantes de l’organisation. Le général Birame Diop a notamment été installé à la tête de la Commission de la CEDEAO pour la période 2026-2030.

Après le Parlement, le chef de l’État sénégalais a également pris part à la prestation de serment des nouveaux juges de la Cour de justice de la CEDEAO, autre séquence majeure de son déplacement à Abuja.
Ainsi, derrière les poignées de main et les discours de circonstance, la visite de Bassirou Diomaye Faye au Parlement communautaire aura surtout mis en lumière une question devenue centrale : comment faire évoluer l’intégration ouest-africaine pour qu’elle soit davantage portée, contrôlée et incarnée par les citoyens eux-mêmes ?
À Abuja, le Parlement de la CEDEAO a clairement choisi de poser la question au sommet de la Communauté.
Olivier A.










