Lomé, le 16 avril 2026-(©AfreePress)- La filière cotonnière togolaise franchit un cap décisif. À l’issue de la campagne 2025-2026, la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT) enregistre des performances inédites, confirmant la mutation progressive mais profonde du secteur agricole national.
Avec une production estimée à près de 74 000 tonnes de coton graine, contre 60 000 tonnes lors de la campagne précédente, la progression atteint plus de 23 %, traduisant une dynamique ascendante solidement ancrée.
Mais au-delà du volume global, c’est surtout le rendement à l’hectare qui retient l’attention des analystes. Évalué à 995 kg/ha, ce niveau constitue un record historique depuis la création de la NSCT en 2009. Il dépasse largement les 797 kg/ha enregistrés l’année précédente, soit une hausse d’environ 25 %, révélatrice d’un saut qualitatif dans les méthodes de production.
Cette évolution n’est pas anodine. Elle repositionne le Togo dans le peloton des filières cotonnières les plus performantes d’Afrique de l’Ouest, à un moment où la compétitivité agricole devient un enjeu stratégique sur les marchés internationaux.
Une performance portée par une mobilisation exemplaire des producteurs
Au cœur de cette réussite se trouve l’engagement renouvelé des producteurs. Plus de 68 000 cotonculteurs, répartis sur environ 74 000 hectares, ont activement contribué à cette campagne remarquable. Leur adhésion aux bonnes pratiques agricoles, leur discipline dans le respect du calendrier cultural et leur implication accrue sur les exploitations ont constitué un levier déterminant, se félicite la NSCT.
Selon Yovogan Sitsofé, directeur de la Production agricole à la NSCT, cette performance est avant tout collective. « Nous tendons vers la fin de la campagne avec des résultats qui traduisent l’engagement des producteurs, la qualité des semences et une meilleure maîtrise des techniques culturales », a-t- indiqué à l’agence de presse AfreePress.
Cette appropriation des itinéraires techniques marque une rupture avec certaines campagnes antérieures, souvent affectées par des rendements irréguliers et des contraintes organisationnelles.

Une organisation du terrain rigoureuse et professionnalisée
La structuration du dispositif d’encadrement constitue un autre pilier majeur de cette réussite. La NSCT a renforcé son approche de proximité en intensifiant le suivi technique des exploitations. Les agents d’encadrement, déployés dans les zones de production, ont assuré un accompagnement continu des producteurs, favorisant une meilleure application des recommandations agronomiques.
Cette organisation plus fine a permis d’optimiser chaque étape de la chaîne de production. La préparation des sols, la mise en terre des semis, l’entretien des cultures et la récolte. Elle a également contribué à réduire les pertes et à améliorer la qualité du coton produit.
L’efficacité de ce modèle repose sur une coordination étroite entre les différents acteurs de la filière, de l’amont à l’aval, consolidant ainsi la gouvernance du secteur.
Des intrants de qualité et une innovation phytosanitaire décisive
La campagne 2025-2026 se distingue également par une amélioration significative de la politique d’intrants. Les producteurs ont bénéficié de semences améliorées, sélectionnées pour leur potentiel de rendement, ainsi que d’engrais distribués en temps opportun.
Un accent particulier a été mis sur la protection phytosanitaire. Avec l’appui de la recherche, un nouveau programme a été mis en œuvre pour lutter efficacement contre les ravageurs, notamment les jassides, connus pour leurs effets dévastateurs sur les cultures cotonnières, a expliqué le Directeur Général de la NSCT au cours d’une rencontre avec les médias à Lomé.
L’introduction de produits phytosanitaires de spécialité, plus performants, a permis de sécuriser les cultures et d’assurer une meilleure formation des capsules. Résultat, une production plus homogène et une exploitation optimale du potentiel des plantes.
Un redressement après des campagnes contrastées
Cette performance, ont-ils indiqué, intervient après plusieurs années marquées par des fluctuations importantes. Entre 2018 et 2023, la filière a connu des variations sensibles de production et de rendement, liées à des facteurs climatiques, organisationnels et techniques.
Le rebond observé témoigne d’un redressement structurel. Il confirme la pertinence des réformes engagées par la NSCT, notamment en matière de gouvernance, de gestion des intrants et de professionnalisation des acteurs.
Ce retour à la croissance durable constitue un signal fort pour les investisseurs et les partenaires techniques, dans un contexte où l’agriculture demeure un pilier de l’économie togolaise.
Une reconnaissance sur la scène africaine
Les résultats de cette campagne ont été présentés à Lomé en marge de la réunion bilan du PR-PICA, un rendez-vous majeur réunissant les acteurs de la filière cotonnière africaine. Cette visibilité internationale renforce la crédibilité du pays et ouvre la voie à de nouvelles coopérations techniques et scientifiques.

Des perspectives ambitieuses pour les prochaines campagnes
Fort de ces acquis, la NSCT entend inscrire cette dynamique dans la durée. L’objectif affiché est de franchir durablement le seuil des 1 000 kg/ha, tout en augmentant les superficies cultivées.
À plus long terme, la variété actuellement utilisée pourrait permettre d’atteindre des rendements allant jusqu’à 3 tonnes à l’hectare, à condition d’optimiser l’ensemble des paramètres techniques.
Vers un modèle agricole de référence en Afrique subsaharienne
La campagne cotonnière 2025-2026 apparaît ainsi comme un véritable tournant pour le Togo. Elle illustre la capacité du pays à transformer son agriculture grâce à une combinaison efficace de facteurs : engagement humain, innovation technique, organisation rigoureuse et vision stratégique.
En consolidant ces acquis, le Togo ambitionne désormais de s’imposer comme un modèle de performance cotonnière en Afrique subsaharienne, capable de rivaliser avec les grandes nations productrices du continent.
Cette réussite, loin d’être un aboutissement, constitue le point de départ d’une nouvelle phase de développement, où la productivité, la qualité et la compétitivité seront les maîtres-mots.
Olivier A.









