Banjul, le 29 avril 2025 –(©AfreePress)- La décision du Burkina Faso, du Mali et du Niger de se retirer de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) continue de susciter une vive inquiétude au sein de l’organisation régionale. Lors de la sixième session législative du Parlement de la CEDEAO, qui s’est ouverte le 28 avril 2025 à Banjul (Gambie), plusieurs voix autorisées ont alerté sur les conséquences profondes de ce départ inédit, qualifié de « fracture géopolitique majeure ».
Prenant la parole au Centre international de conférences Sir Dawda Kairaba, l’honorable Veronica Kadie Seesay, coprésidente du comité mixte du Parlement de la CEDEAO, a mis en lumière les répercussions multiples de cette rupture.
« Pour la première fois en près de cinquante ans, l’unité du bloc est profondément ébranlée. Cette décision remet en cause les piliers mêmes de notre intégration : la paix, la sécurité, la coopération économique et le développement social », a-t-elle souligné.

Les discussions de cette session délocalisée ont été consacrées à l’impact du retrait sur les plans politique, juridique, sécuritaire, économique, humanitaire, ainsi que sur les questions de droits humains, de commerce, de libre circulation et d’inclusion sociale. Depuis l’entrée en vigueur du retrait en janvier 2025, les États membres s’efforcent de mesurer l’ampleur de la crise.
Un défi existentiel pour la CEDEAO
L’honorable Billay Tunkara, quatrième vice-président du Parlement de la CEDEAO et chef de la majorité à l’Assemblée nationale gambienne, a tiré la sonnette d’alarme : « La CEDEAO perd d’un coup 20 % de ses membres. Notre voix sur la scène internationale s’en trouve affaiblie, tout comme la confiance en notre projet communautaire ».
Selon lui, le départ des États de l’Alliance des États du Sahel (AES) – des acteurs clés dans la lutte contre le terrorisme – risque de compromettre les opérations conjointes, de perturber le partage d’informations sécuritaires et d’entraver les projets d’infrastructure transfrontaliers. « Le retour aux contrôles frontaliers rigoureux menace l’un des acquis les plus précieux de la CEDEAO : la libre circulation des personnes et des biens », a-t-il averti.
Sur le plan socio-économique, les effets se font déjà sentir : hausse du chômage, risque de migrations forcées, aggravation de la crise alimentaire, sans oublier la restriction potentielle de l’aide humanitaire dans des zones vulnérables.
Un appel à la réforme et à la solidarité
Malgré la gravité de la situation, les dirigeants de la CEDEAO n’ont pas cédé au fatalisme. Le président de l’Assemblée nationale de la Gambie, l’honorable Fabakary Tombong Jatta, a salué l’initiative du Parlement communautaire de tenir sa session à Banjul, en signe de solidarité régionale. Il a qualifié cette crise comme étant « la plus grave depuis la création de la CEDEAO en 1975, plus lourde de conséquences encore que le retrait de la Mauritanie en 2000 ».
Jatta a néanmoins salué la réponse pragmatique de la CEDEAO, notamment la mise en place de mesures transitoires permettant aux ressortissants des pays sortants de continuer à bénéficier de certains privilèges : reconnaissance des documents CEDEAO, exonérations de visas, facilitation des échanges commerciaux, et maintien des postes pour les fonctionnaires issus de ces États.
L’honorable Tunkara a, pour sa part, insisté sur la nécessité d’une introspection profonde : « Ce triple départ est un signal d’alarme. Avons-nous suffisamment écouté les préoccupations de nos membres ? Savons-nous adapter notre modèle aux réalités de chacun ? », s’est-il interrogé.
Il a plaidé pour un dialogue franc, porteur de réformes structurelles visant à consolider la résilience de l’organisation. « Notre devoir est d’imaginer des ponts là où d’autres dressent des murs », a-t-il recommandé.

Vers une renaissance de l’intégration régionale ?
En clôture de son intervention, l’honorable Tunkara a exprimé l’espoir que cette rencontre de Banjul soit le point de départ d’une véritable renaissance. « Une CEDEAO renouvelée, où chaque État et chaque citoyen se reconnaît dans le projet communautaire. Une CEDEAO fidèle à son esprit fondateur, où la coopération prime sur les égoïsmes, et où l’espoir l’emporte sur le découragement », a souhaité l’honorable Tunkara.
Les regards sont désormais tournés vers les résolutions de cette session, dont les conclusions pourraient bien redéfinir l’avenir de l’intégration en Afrique de l’Ouest.
Olivier ADJA









