Lomé, le 19 octobre 2026-(©AfreePress)- Du 9 au 16 octobre 2026, le Président du Conseil a effectué une visite officielle en Chine, marquée par des entretiens au sommet, la signature de quinze instruments de coopération et des échanges autour de secteurs stratégiques. De l’agriculture intelligente au numérique, en passant par les infrastructures portuaires et l’économie bleue, Lomé entend faire de son rapprochement avec Pékin un levier de transformation économique. Reste désormais à traduire les engagements politiques en résultats concrets.
A mesure que les grandes puissances redessinent leurs partenariats économiques et que la compétition technologique s’intensifie, les États africains cherchent à diversifier leurs alliances, à attirer les investissements et à renforcer leurs capacités productives. Pour le Togo, la Chine occupe une place importante dans cette stratégie d’ouverture. Le séjour officiel effectué par Faure Essozimna Gnassingbé, du 9 au 16 octobre 2026, s’inscrit dans cette volonté de consolider les relations avec Pékin et d’élargir les perspectives de coopération.
Au terme de huit jours de déplacements, d’entretiens politiques et de visites de terrain, le bilan fait apparaître plusieurs axes de rapprochement : approfondissement du dialogue diplomatique, coopération territoriale, modernisation agricole, transformation numérique, développement maritime et ambitions industrielles. La signature de quinze instruments de coopération constitue l’un des principaux résultats annoncés de cette visite.
Mais au-delà des déclarations et des protocoles, l’enjeu est plus large. Pour Lomé, il s’agit de mobiliser les ressources financières, les technologies et les compétences susceptibles d’accompagner la transformation de son économie. Pour Pékin, ce rapprochement s’inscrit dans une politique de coopération avec les pays africains, où les infrastructures, les échanges commerciaux, la formation et les technologies occupent une place croissante.
Le 13 octobre, les relations entre les deux pays ont été élevées au rang de « Communauté d’avenir partagé Chine-Togo à l’ère nouvelle ». Une formule diplomatique qui fixe un horizon politique. Sa portée réelle dépendra toutefois de la capacité des deux partenaires à donner corps à cette ambition.
Une relation diplomatique élevée à un nouveau niveau
À Pékin, les rencontres avec les plus hautes autorités chinoises ont constitué le volet central de la visite. Le 13 octobre, Faure Gnassingbé a été reçu par le président Xi Jinping. Les échanges ont consacré la volonté des deux pays d’approfondir leurs relations et de leur donner un cadre politique renforcé.
L’élévation du partenariat au rang de « Communauté d’avenir partagé Chine-Togo à l’ère nouvelle » marque une nouvelle étape dans les relations bilatérales. Elle traduit l’intention de Lomé et de Pékin de développer une coopération plus diversifiée, allant au-delà des relations diplomatiques traditionnelles pour toucher davantage les secteurs productifs, les institutions et les populations.
Pour le Togo, l’intérêt de cette démarche réside dans les possibilités qu’elle peut ouvrir en matière d’investissement, de transfert de technologies, de formation et d’accès à de nouveaux débouchés commerciaux. Lors de son entretien avec Xi Jinping, Faure Gnassingbé a notamment insisté sur la nécessité de traduire ce rapprochement en retombées concrètes, notamment en matière d’emplois, de compétences et d’opportunités économiques.
Deux jours plus tard, le 15 octobre, le Président du Conseil s’est entretenu avec le Premier ministre chinois, Li Qiang, au Grand Palais du Peuple. Cette rencontre a donné lieu à l’adoption d’une Déclaration conjointe. La Chine y a réaffirmé son soutien aux réformes institutionnelles de la Ve République et à la Feuille de route gouvernementale togolaise. Les deux parties ont également souligné leur volonté de promouvoir un ordre international multipolaire, équitable et ordonné.
Le dialogue politique a été complété par un entretien avec Zhao Leji, président de l’Assemblée populaire nationale. Les discussions ont porté sur la confiance politique, la coopération interparlementaire et la concertation au sein des instances multilatérales, notamment l’Union interparlementaire.
Cette séquence diplomatique renforce le cadre politique du partenariat. Elle ne garantit pas, à elle seule, la concrétisation des ambitions économiques, mais elle crée les conditions d’un dialogue plus étroit entre les administrations et les institutions des deux pays.
Quinze accords pour élargir le champ de la coopération
La signature de quinze instruments de coopération constitue l’un des principaux acquis du séjour. Le 15 octobre, à Pékin, Faure Gnassingbé et Li Qiang ont présidé une cérémonie au cours de laquelle treize accords et mémorandums d’entente ont été signés. Deux autres mémorandums, conclus pendant la visite, complètent cet ensemble.
Leur diversité donne une indication des priorités retenues par Lomé et Pékin. Les engagements concernent notamment les finances, le commerce, l’industrie, l’agriculture, le développement des ressources humaines, les médias, la coopération territoriale et la sécurité internationale.
Sur le plan financier, un protocole d’accord relatif à l’annulation partielle de la dette togolaise a été conclu. Cette mesure s’inscrit dans le cadre de la coopération économique entre les deux pays et pourrait contribuer à alléger une partie des engagements financiers du Togo. Son incidence effective dépendra notamment des modalités de mise en œuvre et des montants concernés.
La coopération commerciale constitue un autre volet important. Un protocole relatif au programme des Opérateurs économiques agréés (OEA), associant l’Office togolais des recettes et l’Administration générale des douanes de Chine, vise à faciliter les opérations d’importation et d’exportation et à renforcer la coopération entre les administrations douanières.
Les engagements couvrent également les chaînes d’approvisionnement, l’industrie, le commerce numérique, la coopération économique internationale et le développement vert. Dans un contexte où le Togo cherche à diversifier son économie et à renforcer sa compétitivité, ces domaines peuvent ouvrir des perspectives pour les entreprises et favoriser une meilleure intégration aux échanges internationaux.
L’agriculture figure aussi parmi les secteurs concernés. Un protocole d’accord relatif aux exigences phytosanitaires applicables au soja togolais destiné à l’exportation vers la Chine vise à encadrer l’accès de cette production au marché chinois. Pour les acteurs de la filière, l’enjeu sera de répondre aux normes exigées, d’améliorer la qualité des produits et de structurer les circuits d’exportation.
D’autres engagements concernent le développement des ressources humaines, le projet de construction du bâtiment du ministère togolais des Affaires étrangères et la coopération entre institutions audiovisuelles. Des mémorandums ont notamment été conclus entre China Media Group et la Télévision togolaise, ainsi qu’entre les institutions chinoises compétentes dans le domaine de la radio, du cinéma et de la télévision et la TVT.
Enfin, la coopération décentralisée entre la province chinoise du Shaanxi et la région togolaise de la Kara, ainsi que le rapprochement dans le cadre de l’Initiative pour la sécurité mondiale, élargissent le partenariat à des dimensions territoriales et internationales.
L’ensemble dessine une coopération multisectorielle. Mais le nombre d’accords ne saurait constituer, à lui seul, une mesure de leur efficacité. Leur portée se jugera à travers les projets effectivement lancés, les financements mobilisés, les entreprises impliquées et les bénéfices obtenus par les populations.
Le Shaanxi et la Kara, ou la coopération au-delà des capitales
En consacrant une partie de son séjour aux provinces chinoises, le Président du Conseil a donné une dimension territoriale à cette diplomatie. Dans le Shaanxi, les échanges avec le gouverneur Zhao Gang ont porté sur l’agriculture, les sciences, les infrastructures et la culture.
La signature d’un mémorandum d’entente entre cette province chinoise et la région togolaise de la Kara constitue l’un des résultats concrets de cette étape. L’accord ouvre des perspectives de coopération décentralisée, de partage d’expériences et de développement d’initiatives adaptées aux besoins locaux.
Cette approche présente un intérêt pour le Togo, où la valorisation des ressources territoriales et le renforcement des économies locales figurent parmi les enjeux du développement. La coopération entre le Shaanxi et la Kara pourrait favoriser les échanges d’expertise dans les domaines agricoles, économiques et institutionnels, sous réserve de la mise en place de projets clairement définis.
À Nangou, dans la région de Yan’an, Faure Gnassingbé s’est intéressé aux mécanismes de développement local et aux initiatives reposant sur la mobilisation des communautés. L’expérience chinoise en matière de développement rural et de valorisation des ressources territoriales offre des pistes de réflexion, même si son adaptation au contexte togolais suppose de tenir compte des réalités sociales, économiques et institutionnelles locales.
L’intérêt de ces échanges réside donc moins dans la reproduction d’un modèle que dans l’identification de pratiques susceptibles d’être adaptées aux besoins du pays. Pour produire des effets durables, la coopération décentralisée devra associer les collectivités, les producteurs, les entreprises et les populations concernées.
L’agriculture intelligente, entre innovation et sécurité alimentaire
À Yangling, dans le Shaanxi, la visite du parc de démonstration de l’agriculture intelligente a permis de découvrir des technologies faisant appel à l’intelligence artificielle, à la robotique et aux outils numériques pour optimiser les systèmes de production.
Pour le Togo, où l’agriculture demeure un secteur essentiel pour l’emploi, les revenus ruraux et l’approvisionnement alimentaire, ces innovations représentent un champ potentiel de coopération. L’amélioration de la productivité, la réduction des pertes après récolte et une meilleure gestion des ressources peuvent contribuer à renforcer la performance des exploitations agricoles.
La question centrale est celle de l’adaptation. Les équipements sophistiqués ne produisent des résultats que s’ils répondent aux besoins des producteurs, tiennent compte des conditions locales et restent économiquement accessibles. L’irrigation, le suivi des cultures, la gestion des sols et l’accès à l’information météorologique constituent autant de domaines dans lesquels des solutions adaptées pourraient être développées.
La formation est tout aussi déterminante. Le transfert de technologies doit s’accompagner d’un renforcement des capacités des producteurs, des techniciens et des chercheurs, ainsi que d’un meilleur rapprochement entre les établissements de recherche et les exploitations agricoles.
Le protocole relatif au soja togolais destiné au marché chinois complète cette perspective. Il ouvre une possibilité de débouché supplémentaire, mais l’accès effectif au marché dépendra du respect des exigences phytosanitaires, de la capacité de production et de l’organisation de la filière.
La modernisation agricole et l’ouverture commerciale sont donc complémentaires. La première peut améliorer la qualité et la productivité, tandis que la seconde peut élargir les débouchés. Leur articulation sera essentielle pour que les opportunités de coopération se traduisent par une amélioration durable des revenus agricoles.
Avec Huawei, le pari de la transformation numérique
À Shenzhen, dernière étape du séjour, la rencontre avec les responsables de Huawei Technologies a débouché sur la signature d’un protocole d’accord stratégique avec le gouvernement togolais. Celui-ci couvre notamment la transformation numérique, la connectivité, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et le transfert de compétences.
L’enjeu est important pour un pays qui entend moderniser son administration, améliorer les services publics et favoriser l’émergence de nouvelles activités économiques. Le numérique peut faciliter les démarches administratives, soutenir les entreprises, améliorer la circulation de l’information et élargir l’accès aux services dans les zones moins bien desservies.
Mais la transformation numérique ne se résume pas à l’installation d’infrastructures. Elle suppose des compétences locales, des services accessibles, une maintenance durable et une attention particulière à la protection des données et à la cybersécurité. La formation des jeunes et le développement de savoir-faire nationaux seront donc des éléments déterminants.
Le protocole avec Huawei peut constituer un cadre pour approfondir la coopération technologique. Sa portée dépendra toutefois des projets retenus, des investissements engagés, des conditions de transfert de compétences et de la place accordée aux entreprises et aux professionnels togolais.
L’objectif est de faire du numérique un outil transversal, au service de l’agriculture, de l’éducation, de la santé, de la logistique et de l’industrie. Pour le Togo, le défi sera de transformer les possibilités technologiques en gains de productivité et en activités créatrices d’emplois, plutôt que de limiter la coopération à l’acquisition de solutions importées.
Le Port de Lomé, de la plateforme logistique au pôle productif
Dans la province du Guangdong, les échanges avec le gouverneur Meng Fanli ont porté sur les perspectives de coopération portuaire et industrielle. Les possibilités de rapprochement entre le Port autonome de Lomé et les infrastructures du Guangdong ont été évoquées, de même que le renforcement du jumelage entre Lomé et Shenzhen, établi en 1996.
La position du port togolais lui confère un rôle stratégique dans les échanges commerciaux de la sous-région. Mais l’ambition affichée consiste à aller au-delà du transit des marchandises pour favoriser la transformation locale, la création de valeur et le développement d’activités productives.
Les expériences du Guangdong et de Shenzhen peuvent alimenter la réflexion sur les zones industrielles, les services logistiques, les chaînes d’approvisionnement et les partenariats entre entreprises. Des possibilités existent notamment dans la transformation agro-industrielle, la maintenance, l’assemblage et les services aux opérateurs économiques.
La concrétisation de cette ambition suppose néanmoins plusieurs conditions : des infrastructures fiables, un approvisionnement énergétique compétitif, une main-d’œuvre qualifiée, un environnement favorable aux investissements et des liens plus étroits entre le port, les zones de production et les marchés régionaux.
L’enjeu est de mieux capter la valeur générée par les échanges commerciaux. Un port performant facilite les flux de marchandises ; un pôle productif permet également de transformer les produits, de développer des services et de créer des emplois. C’est dans cette articulation que réside une partie du potentiel de coopération avec les régions industrielles chinoises.
L’économie bleue, un autre terrain de coopération
À Xiamen, dans la province du Fujian, la visite de l’Institut d’océanographie relevant du ministère chinois des Ressources naturelles a mis en lumière les possibilités de coopération scientifique et maritime.
Pour le Togo, les enjeux concernent la recherche océanographique, la formation aux métiers de la mer, la gestion des ressources halieutiques, la protection du littoral et la sécurité maritime dans le golfe de Guinée.
Les échanges avec les institutions chinoises pourraient contribuer au renforcement de l’Institut des métiers de la mer de l’Université de Lomé et accompagner le projet de futur centre national de recherche océanographique. Le développement de ces capacités scientifiques est important pour améliorer la connaissance du milieu marin, soutenir une exploitation durable des ressources et renforcer les compétences nationales.
L’économie bleue peut également ouvrir des perspectives d’emploi dans la pêche, les services maritimes, la recherche et les activités liées à la protection de l’environnement. Mais son développement suppose des investissements, des équipements adaptés et une coordination entre les acteurs scientifiques, économiques et publics.
La sécurité maritime constitue un autre enjeu. Le partage d’expertise et le renforcement des capacités peuvent contribuer à mieux protéger les activités portuaires et commerciales, dans une région où la sûreté des espaces maritimes revêt une importance économique majeure.
L’intérêt de cette coopération sera donc de relier recherche, formation, protection de l’environnement et développement économique, afin que le potentiel maritime du Togo bénéficie davantage à son économie nationale.
De la diplomatie aux résultats : le véritable test commence maintenant
Au terme de la visite, plusieurs acquis structurent le bilan : l’élévation des relations bilatérales au rang de « Communauté d’avenir partagé Chine-Togo à l’ère nouvelle », l’adoption d’une Déclaration conjointe, la signature de quinze instruments de coopération, le protocole avec Huawei et le mémorandum entre le Shaanxi et la région de la Kara.
Ces engagements couvrent des domaines complémentaires. Les accords commerciaux et agricoles peuvent élargir les débouchés ; la coopération technologique peut accompagner la modernisation des services et des entreprises ; les échanges territoriaux peuvent renforcer les capacités locales ; les partenariats portuaires et maritimes peuvent contribuer à diversifier les activités économiques.
Cette complémentarité constitue un atout potentiel. Elle ne dispense cependant pas d’un travail de mise en œuvre rigoureux. Pour chaque engagement, il faudra préciser les responsabilités, les ressources disponibles, les échéances et les indicateurs permettant de mesurer les progrès accomplis.
La mobilisation du secteur privé togolais sera également essentielle. Les entreprises locales doivent pouvoir accéder aux possibilités ouvertes par les accords, nouer des partenariats et participer aux chaînes de valeur. Sans cette implication, le transfert de technologies et l’ouverture commerciale risqueraient de produire des effets plus limités sur le tissu économique national.
La question des compétences est tout aussi centrale. La formation professionnelle, le développement de l’expertise locale et l’accompagnement des jeunes entrepreneurs seront nécessaires pour transformer les opportunités en activités durables. L’objectif ne consiste pas seulement à attirer des investissements, mais aussi à renforcer la capacité du pays à produire, à innover et à créer de la valeur.
Enfin, l’évaluation des résultats devra dépasser le nombre d’accords signés. Les indicateurs les plus significatifs seront les investissements effectivement réalisés, les exportations générées, les emplois créés, les compétences transférées et les bénéfices observables pour les populations.
Une ambition nationale à inscrire dans la durée
Le séjour de Faure Gnassingbé en Chine s’inscrit dans une stratégie de diversification des partenariats et de recherche de nouveaux leviers de transformation économique. Il renforce le dialogue politique entre Lomé et Pékin et ouvre des perspectives dans plusieurs secteurs essentiels au développement du Togo.
L’agriculture intelligente, le numérique, l’économie bleue, les infrastructures portuaires et la coopération territoriale constituent autant de domaines dans lesquels le pays peut rechercher des investissements, des technologies et des compétences. La diversité des engagements offre un cadre pour relier ces secteurs aux priorités de la Feuille de route gouvernementale 2026-2031.
Pour autant, l’ambition nationale ne se mesurera pas à la seule intensité des relations diplomatiques. Elle se jugera à la capacité de transformer les engagements en projets opérationnels, de mobiliser les financements nécessaires et de faire participer les acteurs togolais aux bénéfices de la coopération.
La « Communauté d’avenir partagé Chine-Togo à l’ère nouvelle » ouvre ainsi un nouveau chapitre dans les relations entre les deux pays. Sa portée dépendra de la manière dont elle sera traduite dans les politiques publiques, les investissements et les initiatives économiques.
Pour Lomé, le défi est désormais clair : faire de ce rapprochement un instrument de modernisation productive, de développement des compétences et de création d’emplois. Pour Pékin, la réussite de ce partenariat se mesurera aussi à sa capacité à accompagner des projets durables et mutuellement bénéfiques.
Au-delà du symbole diplomatique, c’est donc sur le terrain économique et social que cette visite trouvera sa véritable mesure.











