Lomé, le 05 janvier 2026- (©AfreePress) – L’intégration de la dimension genre dans les politiques publiques togolaises connaît une progression appréciable, soutenue par des réformes institutionnelles et budgétaires dont les effets commencent à se matérialiser. Toutefois, ces avancées demeurent inégalement réparties selon les secteurs et peinent encore à induire une transformation structurelle durable des rapports économiques et décisionnels.
Au sein des instances de gouvernance, la représentation féminine reste en deçà des standards de parité. Les femmes occupent 13,33 % des portefeuilles ministériels, 21,24 % des sièges à l’Assemblée nationale et 26,22 % au Sénat. À l’échelle territoriale, leur présence atteint 20 % parmi les gouverneurs régionaux, mais chute à moins de 15 % dans les conseils municipaux et régionaux. Ces chiffres, extraits du Document budgétaire sensible au genre 2026, traduisent la persistance de freins structurels à l’accès des femmes aux sphères décisionnelles, malgré un environnement juridique et institutionnel en constante évolution.
Sur le plan budgétaire, les dépenses publiques intégrant l’approche genre se sont élevées à 32,02 milliards de FCFA en 2024, soit 1,4 % du budget national, avec un taux d’exécution avoisinant les 90 %. Les projections pour l’exercice 2026 annoncent une hausse significative à 61,4 milliards de FCFA, représentant 5,22 % du budget de l’État. Cette dynamique positive masque cependant des disparités marquées car certains ministères à fort impact économique consacrent moins de 0,05 % de leurs crédits à des programmes sensibles au genre.
Le renforcement institutionnel constitue un autre levier important de cette politique. La mise en place des maisons de justice, des maisons de la femme et des centres intégrés de prise en charge des violences basées sur le genre contribue à améliorer l’accès des femmes à la protection juridique et aux services sociaux. Ces actions sont appuyées par la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), à travers sa division dédiée à la promotion féminine, ainsi que par les programmes de l’Agence de transformation agricole, qui œuvrent à une meilleure prise en compte du genre en milieu rural.
Malgré ces dispositifs, l’autonomisation économique des femmes demeure confrontée à des contraintes structurelles, en particulier en matière d’accès au financement. Selon l’ONG Entrepreneurs du Monde, les femmes entrepreneures font face à davantage d’obstacles auprès des institutions bancaires, dans un contexte où seulement un quart de la population togolaise dispose d’un compte bancaire. Le Fonds national de la finance inclusive (FNFI), dont 65 % des bénéficiaires sont des femmes, atténue partiellement ces difficultés, sans toutefois parvenir à résorber l’ensemble des inégalités.
Les efforts consentis par le Togo ont néanmoins reçu une reconnaissance internationale, avec un score de 97,5 % dans le rapport Femmes, Entreprise et Droit 2024 de la Banque mondiale. Le défi majeur réside désormais dans la consolidation de ces acquis, à travers une application rigoureuse des réformes, une allocation budgétaire plus cohérente et une traduction effective des engagements politiques en résultats économiques et sociaux durables.
Albertine A.









