Lomé, le 11 février 2025-(©AfreePress)-Donner la vie est un moment magique, mais aussi une période éprouvante. Au Togo, comme ailleurs, de nombreuses femmes souffrent de stress post-accouchement, une réalité souvent ignorée par la société. Entre la fatigue, les douleurs physiques, la pression sociale et les bouleversements hormonaux, ces jeunes mères doivent affronter un quotidien parfois insoutenable, dans un silence pesant.
Une épreuve psychologique méconnue
Après l’accouchement, le corps et l’esprit subissent de nombreux changements. Si certaines femmes s’adaptent rapidement à leur nouvelle vie, d’autres, en revanche, plongent dans un état de stress intense, de solitude et même de dépression. Ce phénomène, souvent minimisé, peut pourtant avoir de lourdes conséquences sur leur bien-être et celui de leur bébé. Afi, 29 ans, mère d’un enfant, témoigne : « Quand j’ai accouché, j’étais heureuse au début, mais très vite, la fatigue et l’angoisse ont pris le dessus. Mon bébé pleurait beaucoup, je dormais à peine, et je me sentais débordée. Mon entourage me disait que c’était normal, qu’il fallait être forte, mais personne ne réalisait à quel point je me sentais seule. »
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Après l’accouchement, une chute brutale des hormones peut provoquer une grande sensibilité émotionnelle. Entre l’allaitement, les pleurs du bébé et les soins, les mères dorment peu, ce qui accentue leur épuisement. Aussi, dans la culture togolaise, la femme est souvent vue comme celle qui doit tout gérer. Ainsi, beaucoup ressentent une pression immense à être une « bonne mère » et à reprendre rapidement leurs responsabilités domestiques. Certaines mères se retrouvent isolées, sans aide de leur mari ou de leur famille, ce qui accentue leur détresse. Kossiwa, 32 ans, raconte son expérience : « Après mon accouchement, je me suis sentie complètement seule. Mon mari pensait que je gérais bien, mais en réalité, j’étais au bord du gouffre. J’avais peur de mal faire, j’étais épuisée et je n’osais pas en parler, de peur qu’on me juge. »
Des conséquences à ne pas négliger
Le stress post-accouchement peut entraîner une dépression post-partum, une forme plus grave de détresse qui peut durer des mois. Cela peut se manifester par une perte d’intérêt pour le bébé, des crises de larmes fréquentes, une irritabilité extrême ou encore des idées noires. Dans certains cas, cela affecte aussi le bébé. Une mère stressée ou dépressive peut avoir du mal à créer un lien affectif avec son enfant, ce qui peut influencer son développement émotionnel.
Au Togo, la question du stress post-accouchement reste taboue, et les structures spécialisées sont rares. Pourtant, un accompagnement psychologique, un soutien familial et une meilleure sensibilisation pourraient changer la donne. Afi confie : « Ce qui m’a aidée, c’est d’en parler avec une amie qui avait vécu la même chose. J’ai compris que je n’étais pas seule. Mon mari aussi a commencé à m’aider davantage, et petit à petit, j’ai repris confiance. »
Il est crucial que la société togolaise reconnaisse cette réalité et apporte plus de soutien aux jeunes mères. Cela passe par : une meilleure sensibilisation des familles et des conjoints sur le stress post-accouchement; la mise en place de groupes de parole et d’écoute pour les femmes en détresse; un suivi médical et psychologique accessible après l’accouchement.
Chaque mère mérite d’être écoutée et soutenue. Brisons le silence et donnons-leur la place qu’elles méritent dans la société.
Etonam SOSOU









