Par Paul Zinsou
Parmi les facteurs expliquant le retard de développement de l’Afrique, la responsabilité des Africains eux-mêmes, et notamment celle de leurs gouvernants, ne peut être ignorée. Des décisions politiques et économiques mal avisées, souvent au détriment des intérêts nationaux, contribuent grandement à la situation difficile dans laquelle se trouvent de nombreux pays africains. En effet, la responsabilité première de cet état de sous-développement incombe aux Africains, en particulier à leurs élites dirigeantes.
Cela ne signifie pas pour autant que l’on doit nier les effets néfastes de la traite négrière, de la colonisation ou encore du néocolonialisme sur les économies africaines. Il s’agit plutôt de souligner que, malgré ces facteurs externes, l’Afrique aurait pu mieux se porter si les Africains avaient entrepris ce qui était nécessaire pour leur développement. De nombreux pays d’autres continents ont également subi la colonisation et la dévastation de leurs populations. Aujourd’hui, certains d’entre eux, tels que le Japon, la Chine et la Corée du Sud, sont devenus des puissances économiques et militaires, tandis que d’autres, comme le Vietnam, connaissent une émergence économique prometteuse.
En d’autres termes, il n’est pas honnête de nier notre part de responsabilité dans le sous-développement de notre continent et de continuer à rejeter systématiquement la faute sur l’Occident. Agir ainsi revient à ignorer que certains dirigeants africains détournent des fonds publics pour les placer dans des paradis fiscaux ou pour investir à l’étranger, alors même que leurs pays manquent cruellement de ressources pour financer des projets de développement.
En 1999, un prêt de 18 milliards de francs CFA, accordé par l’Union européenne à la Côte d’Ivoire pour équiper les infrastructures sanitaires, a été entièrement détourné sous le régime de Henri Konan Bédié. Ce scandale a éclaboussé la sous-région, et il a fallu attendre le remboursement des fonds par le régime de Robert Guéï pour que l’affaire soit close. Selon un rapport de l’ONU, des aides humanitaires destinées aux réfugiés somaliens, en proie à la famine, ont également été détournées, ce qui a entraîné la suspension temporaire de l’aide européenne à la Somalie. Des exemples similaires de détournement de fonds sont nombreux à travers le continent.
Les pratiques de corruption, où ministres et directeurs de sociétés d’État africaines détournent des milliards pour acquérir des biens à l’étranger, témoignent d’un écart abyssal entre les dirigeants et les besoins réels de la population. Dans nos villages, l’accès à l’eau potable reste un luxe, obligeant les habitants à consommer l’eau des rivières, faute de moyens pour des infrastructures de base.
Même lorsque l’on évoque l’exploitation des ressources africaines par les puissances occidentales, il faut reconnaître que, sans la complicité de certains Africains, ce pillage ne serait pas possible. Nos dirigeants savent bien que l’exportation de matières premières non transformées contribue au chômage local tout en créant des emplois dans les pays importateurs. Pourtant, ils préfèrent investir dans des armes pour sécuriser leur pouvoir plutôt que de promouvoir l’industrialisation ou de moderniser l’agriculture, piliers du développement économique durable.
Certains avancent que les dirigeants africains qui tentent de s’affranchir de l’influence occidentale sont systématiquement marginalisés, voire éliminés. Les cas de figures historiques, comme ceux de Sylvanus Olympio, Patrice Lumumba et Thomas Sankara, rappellent ces réalités. Mais il serait malhonnête de ne pas mentionner que ce sont souvent d’autres Africains qui prêtent leur concours à ces déstabilisations, agissant pour le compte d’intérêts étrangers.
La rébellion contre Laurent Gbagbo, en Côte d’Ivoire, était principalement composée d’Ivoiriens eux-mêmes, avec un soutien logistique en provenance de pays voisins.
Il est temps pour les Africains de cesser de se complaire dans une position de victimisation. Aucune puissance étrangère ne vient en Afrique par philanthropie, chacun défend ses propres intérêts. Il appartient aux Africains de défendre les leurs, en tenant compte de leurs propres ressources et en investissant dans l’avenir de leurs pays, sans céder aux sirènes de la complaisance.









