Lomé, le 13 juin 2024-(©AfreePress)-Le Togo, à l’instar d’autres pays l’Afrique de l’Ouest, n’échappe pas à la pratique du mariage d’enfants dans certaines de ses régions.
C’est ce que révèle une enquête réalisée par le réseau Women In Law and Development in Africa-Afrique de l’Ouest (WILDAF-AO) en mai-juin 2023, dans la région des Savanes, notamment dans les cantons de Kri-kri, Takpamba et Tchanaga.
Selon cette étude, dont les résultats ont été publiés, mercredi 12 juin 2024, les trois villages ciblés affichent des pourcentages élevés de mariages d’enfants : 50 % à Kri-kri, 94 % à Takpamba et 72 % à Tchanaga, soit une moyenne de 72,3 %.
« La pratique du mariage d’enfants prend des formes diverses, telles que l’échange, le rapt, le troc, le lévirat, le sororat et le mariage de filles vierges, » souligne le document.
L’enquête révèle également que 79 % des personnes interrogées dans ces cantons sont conscientes de la présence de mariages d’enfants dans leurs communautés.
En ce qui concerne le droit à la santé sexuelle et de la reproduction, 86,5 % des enquêtés, dont 95,8 % à Kri-kri, 72 % à Takpamba et 92 % à Tchanaga, déclarent n’avoir jamais été sensibilisés par les services compétents.
Les causes de ces mariages précoces sont principalement économiques, socio-culturelles et religieuses. Dans les cantons de Tchanaga et Takpamba, les pertes de récoltes dues aux aléas climatiques poussent les communautés à organiser des mariages d’enfants pour obtenir des compensations économiques sous forme de dot en nature, souvent des bœufs.
« L’échange est une pratique ancestrale instituée depuis des centaines d’années pour renforcer la cohésion sociale et éviter les conflits fratricides. Cependant, cette pratique constitue une violation des droits des filles selon les dispositions du nouveau code pénal de 2015, » a précisé WILDAF-AO.
Dans le canton de Kri-kri, majoritairement musulman, il est inconcevable qu’une fille tombe enceinte chez ses parents biologiques. Certains courants religieux estiment qu’il est inacceptable pour une fille de vivre plusieurs menstruations sans être mariée, malgré son jeune âge. Néanmoins, des courants progressistes de l’Islam favorisent la scolarisation des jeunes filles, ce qui peut retarder leur mariage.
Il est également révélé que l’incapacité de certains parents à rembourser les prêts du Fonds National de la Finance Inclusive (FNFI) est aussi une cause de mariages d’enfants dans ce même village. Les parents, contraints de marier leurs filles pour rembourser les prêts, privent ainsi ces enfants de leurs droits.
Les conséquences du mariage d’enfants sont multiples et sévères.
« 84,4 % des jeunes filles mariées précocement abandonnent l’école. Ces filles sont souvent coupées du milieu scolaire et social, subissant des violences physiques, sexuelles et psychologiques. Elles risquent des grossesses précoces dangereuses pour leur santé et celle de leurs futurs enfants. Le mariage précoce prive ces filles de toute opportunité d’épanouissement, de scolarisation ou de formation professionnelle, compromettant ainsi leur avenir et leur capacité à contribuer au développement de leurs communautés, » rapporte l’étude.
Face à ces défis, WILDAF-AO a élaboré un projet intitulé « Agir pour l’abandon des mariages d’enfants et autres formes de violences connexes et le statut des DSSR des filles. »
Ce projet, couvrant le Togo et le Mali, vise à mettre fin aux mariages précoces et aux violences associées, tout en améliorant les droits à la santé sexuelle et reproductive des filles.
Anika A.









