Lomé, le 08 juillet 2025 -(©AfreePress)- Dans un contexte national marqué par une montée des tensions politiques, des manifestations sporadiques et une polarisation croissante du débat public, le Réseau Panafricain des Observateurs et Défenseurs des Droits de l’Homme (RPO-DDH) a tenu une conférence de presse, lundi 7 juillet à Lomé, avec l’appui de Nouveaux Droits de l’Homme (NDH) International.
À travers une déclaration solennelle, l’organisation a exprimé sa vive inquiétude face aux dérives idéologiques et comportementales observées ces dernières semaines. Sont notamment pointés du doigt : l’usage abusif des réseaux sociaux, les discours incitant à la haine, ainsi que les attaques verbales dirigées contre les institutions républicaines.
« Ce qui divise les Togolais est bien moindre que ce qui les unit », a rappelé Me Bertin Amegah-Atsyon, coordonnateur du Réseau, en appelant à une prise de conscience collective et à une citoyenneté responsable.
Le RPO-DDH a également dénoncé la publication, le 30 juin, d’un communiqué émanant de certaines organisations se réclamant de la société civile togolaise et prenant visiblement partie pour les manifestants. Selon le Réseau, ce document présente une lecture partiale et déséquilibrée des événements récents, et fait preuve de complaisance à l’égard d’actes et de propos violents. « Nous ne pouvons rester silencieuses face à une dénonciation unilatérale qui, tout en prétendant agir pour l’intérêt général, omet délibérément des faits essentiels tels que les appels à la violence, les injures publiques, les tentatives de subversion et l’usage manifeste des réseaux sociaux pour inciter à la haine ou à la destruction des symboles républicains. Une société civile crédible se doit d’être responsable et cohérente dans ses dénonciations sans faire le relai aveugle des campagnes de désinformation », fait-il savoir. « Etre du côté des droits, ce n’est pas se montrer indulgent envers les dérives, c’est savoir nommer les torts où ils se trouvent. Une société civile authentique ne se laisse pas instrumentaliser. Elle élève le débat, agit avec responsabilité et veille à préserver l’équilibre entre les exigences de liberté et les impératifs de paix sociale », affirme le Réseau. Il lance un appel à la société civile, qui ne saurait être uniforme ni capturée par une pensée unique, de rester ancrée dans le réel, soucieuse d’objectivité, de vérité et de paix. « Nous appelons donc toutes les voix citoyennes sincères à se mobiliser non pour attiser les braises des tensions, mais pour raviver les flammes du dialogue, de la justice équilibrée et de la construction nationale », déclare le Réseau.
Au cours de la conférence, les intervenants ont relayé la déclaration officielle faite par le Procureur de la République, diffusée le 6 juillet au journal télévisé de 20h sur la TVT. Celui-ci a fourni un bilan détaillé des suites judiciaires liées aux manifestations de juin à savoir : 114 personnes interpellées, 87 relâchées, 18 condamnées après jugement, 9 sous enquête complémentaire.
Le parquet a également tenu à démentir tout lien entre les corps retrouvés récemment dans la lagune de Lomé et les manifestations, les autopsies ayant conclu à des cas de noyade antérieurs aux troubles.
Le Réseau a salué la communication du ministère public, tout en soulignant la nécessité de protéger la liberté de la presse sans laisser place aux dérives journalistiques ni aux fausses informations.
L’un des points saillants de la déclaration a été l’alerte lancée contre la manipulation de l’information à l’ère de l’intelligence artificielle.
« Images truquées, contenus générés par IA, campagnes de fake news : tout cela participe à la déstabilisation sociale », a prévenu Me Amegah-Atsyon.
Le Réseau appelle à une régulation renforcée, à une vigilance numérique accrue, et à l’éducation du public face aux nouvelles formes de désinformation.

Fervent partisan du consensus, le RPO-DDH a réitéré son appel à l’ensemble des acteurs politiques pour qu’ils s’engagent activement dans le Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation (CPDC). Il exhorte également le gouvernement à intensifier les politiques sociales inclusives, particulièrement en direction de la jeunesse, des femmes et des populations vulnérables.
« La démocratie ne se construit pas dans la haine ni dans la division », a affirmé Me Amegah-Atsyon, évoquant les événements tragiques de Sokodé en 2017 comme rappel des dangers d’une escalade incontrôlée de la violence.
Clôturant la rencontre, le coordonnateur du Réseau a lancé un vibrant appel à la cohésion nationale. « Même si nous ne partageons pas les mêmes opinions, même si la critique est vive, il nous revient de recoudre les fils cassés de notre société. La paix et le respect mutuel sont les seuls chemins viables pour bâtir l’avenir ».
Albertine A.









