Lomé, le 11 juin 2025 – (©AfreePress)- Face aux suites judiciaires des manifestations populaires des 5 et 6 juin à Lomé, l’avocat togolais Me Atsoo K. Darius a élevé la voix ce mardi pour inviter le Parquet à abandonner toutes les poursuites engagées contre les citoyens interpellés.
« Cela fera plus de bien au +228 », a-t-il affirmé, dans une déclaration où il appelle à privilégier l’apaisement et la justice sociale dans un contexte politique marqué par de fortes tensions.
Cette prise de position intervient au lendemain d’un communiqué officiel du Procureur de la République annonçant la libération de 56 personnes et l’inculpation de trois autres pour « complot contre la sûreté intérieure de l’État » et « troubles aggravés à l’ordre public ». Une quinzaine d’autres personnes restaient en garde à vue à la date du 10 juin.
Me Darius ne s’exprime pas en solitaire. Depuis plusieurs jours, le Collège des Avocats pour la Démocratie, l’État de droit et les Droits de l’Homme appelle les professionnels du droit à sortir de leur réserve. Dans une déclaration publiée le 4 juin, ce collectif exhortait les avocats togolais à « rompre le silence » et à se tenir aux côtés du peuple dans sa quête de justice et de liberté.
« L’heure n’est plus au confort de la neutralité. Il est temps que le barreau togolais se montre solidaire des citoyens pacifiques, injustement privés de liberté », déclarait un autre avocat membre du Collège, lors d’une conférence de presse relayée par la plateforme icilome.com.
Le climat tendu qui entoure les récentes mobilisations trouve son origine dans le mécontentement populaire suscité par la récente réforme constitutionnelle, la hausse des prix de l’électricité et la répression croissante de la liberté d’expression.
Parmi les cas emblématiques figure celui du rappeur Aamron, de son vrai nom Tchalla Essowè, arrêté le 26 mai à son domicile par des gendarmes. Me Darius, déjà mobilisé sur cette affaire, avait fermement exigé la garantie de sa sécurité et de ses droits fondamentaux. Le rappeur, connu pour ses critiques du régime sur les réseaux sociaux, avait été contraint de diffuser une vidéo d’excuses – que son avocat et la Ligue togolaise des droits de l’homme ont qualifiée de « confession sous contrainte ».
Alors que les autorités qualifient ces rassemblements de « mouvement de révolte illégal contre les institutions », des voix s’élèvent, tant dans la société civile que dans les milieux juridiques, pour appeler à un traitement équitable des personnes interpellées et à une désescalade des poursuites.
En citant l’article 8 de la Constitution togolaise qui garantit le droit de manifester pacifiquement, plusieurs avocats rappellent que le respect des libertés publiques est une exigence non négociable dans un État de droit.
Me Darius insiste : « Ce n’est pas en poursuivant la jeunesse que l’on rétablira l’autorité de l’État, mais en écoutant sa détresse. »
Olivier A.









