Lomé, le 17 janvier 2026 -(©AfreePress)- L’instauration d’une monnaie unique en Afrique de l’Ouest, projetée depuis le milieu des années 2000, demeure un chantier inachevé. Formulée avec solennité en décembre 2009 par les chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’ambition de l’Eco a, depuis lors, été rythmée par une succession d’annonces sans concrétisation effective.
Une mise en œuvre à géométrie variable
Lors du sommet des chefs d’État tenu en décembre 2025 à Abuja, les dirigeants ont réitéré leur engagement en faveur d’une intégration monétaire et budgétaire accélérée. Les concertations techniques organisées à Monrovia ont précisé les contours d’un déploiement progressif.
Une première phase pourrait réunir le Liberia, le Nigeria, le Ghana, la Sierra Leone, la Guinée et la Gambie, sous réserve de la consolidation des mécanismes de gouvernance et du respect effectif des critères macroéconomiques.
Une formulation prudente du communiqué nigérian laisse toutefois entendre que cette phase inaugurale pourrait se dérouler sans les huit membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), lesquels partagent déjà, depuis 1994, une monnaie commune – le franc CFA ouest-africain – et une banque centrale intégrée.
Cette approche différenciée marque un infléchissement stratégique. Plutôt que d’attendre une convergence généralisée, la CEDEAO privilégie désormais un noyau restreint de pays jugés prêts à avancer. Si ce pragmatisme traduit une reconnaissance lucide des contraintes structurelles, il soulève néanmoins des interrogations quant à la cohérence et à la légitimité d’une monnaie régionale excluant, dans un premier temps, un bloc représentant une part significative de l’économie ouest-africaine.
L’avenir dira si cette fragmentation constitue une étape transitoire vers une union monétaire élargie ou si elle entérine une intégration à deux vitesses. Entre aspirations politiques et réalités macroéconomiques, le chantier de l’Eco demeure semé d’obstacles.
Histoire de l’Eco
Initialement envisagé pour le troisième trimestre de l’année 2020, le lancement a été ajourné face à l’ampleur des déséquilibres macroéconomiques. Les reports successifs – 2003, 2005, 2009, 2014 et 2020 – traduisent l’incapacité récurrente de plusieurs États à satisfaire aux critères de convergence, notamment en matière de discipline budgétaire, de stabilité des prix et de gestion de la dette.
Inflation persistante dans certaines économies, volatilité des taux de change, déficits publics chroniques et vulnérabilités structurelles du système financier ont continuellement compromis la synchronisation des politiques économiques nationales.
Le Nigeria, première puissance économique de la région et contributeur majoritaire au PIB communautaire, illustre ces tensions. Le pays reste confronté à une inflation à deux chiffres et à des pressions prolongées sur sa monnaie, compliquant l’alignement sur les standards de convergence. Par ailleurs, le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger a profondément reconfiguré l’architecture institutionnelle régionale, ajoutant une dimension géopolitique aux incertitudes économiques.
Olivier A.









