Lomé, 3 juin 2026 -(©AfreePress)- Dans un geste sans précédent qui illustre les tensions croissantes entre Washington et les organisations multilatérales, l’Organisation internationale du travail (OIT) a annulé la nomination d’un haut responsable américain à son poste de numéro deux, invoquant le non-paiement par les États-Unis de leurs contributions financières obligatoires.
Le directeur général de l’OIT, Gilbert Houngbo, a décidé de retirer la nomination du directeur général adjoint en raison des retards persistants dans le paiement des arriérés. Sheng Li, haut fonctionnaire du département du Travail des États-Unis, dont la nomination avait été annoncée fin avril, ne prendra donc pas ses fonctions en juillet comme initialement prévu.
Au 1er juin 2026, les États-Unis avaient accumulé des arriérés de plus de 173 millions de francs suisses, soit environ 220 millions de dollars, au titre de leurs cotisations pour les deux dernières années. Washington doit également s’acquitter de sa contribution pour 2026, qui s’élève à près de 84 millions de francs suisses.
L’OIT a cependant laissé une porte ouverte. L’organisation précise que sa décision ne préjuge pas de la possibilité pour les États-Unis de régler leurs arriérés et de retrouver ainsi leur statut de principal contributeur, et qu’elle demeure engagée dans un dialogue constructif avec le gouvernement américain.
Cette décision intervient dans un contexte de crise financière profonde pour l’agence onusienne. L’OIT a déjà supprimé environ 225 postes suite aux coupes dans le financement américain, des pertes d’emplois qui touchent le siège de Genève ainsi que les bureaux de terrain. Des plans de réforme en cours d’examen prévoient la suppression d’environ 120 postes supplémentaires d’ici 2029, un chiffre qui pourrait être étendu à plusieurs centaines si des économies supplémentaires s’imposent.
Le directeur général Houngbo a même évoqué la possibilité de délocaliser certaines activités hors de Genève, l’une des villes les plus chères au monde, vers des sites comme Turin, Budapest, Bonn, Doha ou Pretoria.
Le Togolais Houngbo au cœur de la tempête
Gilbert Fossoun Houngbo, ancien Premier ministre du Togo de 2008 à 2012, dirige l’OIT depuis le 1er octobre 2022. Il est le premier Africain à occuper ce poste. Sa décision d’annuler la nomination d’un ressortissant américain — un poste traditionnellement réservé aux États-Unis en tant que principal bailleur de fonds, avec 22% des contributions — est perçue comme un acte de fermeté rare face à Washington.
En mai dernier, Houngbo avait déjà annoncé que la fermeture d’une cinquantaine de projets financés par les États-Unis avait contraint l’organisation à licencier environ 200 agents sur un effectif total d’environ 3 500 personnes.
Un feuilleton Washington-OIT
Fin 2025, la nomination attendue mais jamais confirmée d’un ancien conseiller économique de Donald Trump, Nels Nordquist, avait déjà suscité des inquiétudes au sein de l’OIT, après les critiques formulées par l’administration américaine quelques mois plus tôt. Le dossier Sheng Li marque un nouveau chapitre de cette confrontation entre la première puissance mondiale et l’agence onusienne chargée de défendre les droits des travailleurs à l’échelle internationale.
Olivier A.









