Chaque année, des milliers d’hectares de forêts disparaissent au Togo sous l’effet de l’exploitation incontrôlée des ressources naturelles, des feux de brousse, de l’agriculture extensive et de l’urbanisation galopante. Face à cette pression croissante sur les écosystèmes, le reboisement n’est plus seulement un acte citoyen ou symbolique. Il est devenu une nécessité vitale pour la sécurité alimentaire, la préservation des ressources en eau et la résilience climatique du pays.
Lomé, 02 juin 2026 (AfreePress) – Au Togo, la bataille pour la préservation de l’environnement est désormais engagée sur un front décisif. Celui de la restauration du couvert forestier. Longtemps perçue comme une préoccupation secondaire, la lutte contre la déforestation s’impose aujourd’hui comme un impératif national face aux conséquences grandissantes du changement climatique et de la dégradation des écosystèmes.
Les chiffres traduisent l’ampleur du défi. Alors que la déforestation progresse à un rythme annuel estimé à 0,42 %, les efforts de reboisement ne compensent qu’une faible partie des pertes, avec un taux de reconstitution évalué à seulement 0,14 %. Chaque année, près de 5 679 hectares de forêts disparaissent à travers le pays, contre environ 2 000 hectares restaurés. Le déficit qui en résulte représente quelque 3 679 hectares de couverture forestière perdus annuellement, soit plusieurs millions d’arbres effacés du paysage national.
Au-delà des statistiques, les effets de cette régression forestière sont déjà perceptibles dans le quotidien des populations. Dans plusieurs régions du pays, les cours d’eau connaissent une baisse progressive de leur débit, les terres agricoles perdent en fertilité et les rendements agricoles deviennent de plus en plus vulnérables aux aléas climatiques.
Dans les régions de la Kara et des Savanes notamment, les producteurs agricoles font face à un appauvrissement continu des sols, aggravé par la disparition des arbres qui jouaient un rôle essentiel dans la conservation de l’humidité et la protection contre l’érosion. Sur la façade maritime, l’avancée de l’érosion côtière constitue également une menace croissante pour les communautés riveraines.
Conscient des enjeux, le gouvernement togolais a lancé depuis 2021 une ambitieuse stratégie de restauration des paysages forestiers avec pour objectif de mettre en terre un milliard d’arbres d’ici à 2030. Cette initiative vise à porter le taux de couverture forestière nationale de 24,24 % à 26 % et à renforcer la capacité du pays à faire face aux défis environnementaux futurs.
L’atteinte de cette ambition exige toutefois une mobilisation exceptionnelle. Pour respecter cette trajectoire, le Togo devra produire et planter près de 100 millions de jeunes plants chaque année sur environ 67 000 hectares de terres.
Mais le reboisement, aussi ambitieux soit-il, ne suffira pas à lui seul à inverser la tendance si les facteurs de dégradation persistent.
Parmi les causes majeures de la déforestation figure la forte dépendance des ménages au charbon de bois comme principale source d’énergie domestique. La production de charbon entraîne l’abattage massif d’arbres et contribue fortement à l’érosion du patrimoine forestier national.
L’agriculture extensive pratiquée par défrichement et brûlis demeure également une pression importante sur les ressources naturelles. Cette méthode, largement répandue dans plusieurs zones rurales, favorise la destruction des espaces forestiers tout en accélérant l’appauvrissement des terres cultivables.
Les feux de brousse constituent un autre défi majeur. Chaque saison sèche, des milliers d’hectares de végétation sont détruits par des incendies souvent provoqués par des activités humaines ou par manque de vigilance.
À cela s’ajoute l’exploitation illégale du bois, qui affecte certaines essences à forte valeur économique telles que le caïlcédrat, l’iroko ou encore le samba. Cette pression sur les ressources forestières compromet les efforts de conservation engagés depuis plusieurs années.
Enfin, l’extension rapide des centres urbains contribue également à la réduction progressive des espaces boisés périphériques. L’expansion des villes, la construction d’infrastructures et l’occupation croissante des terres accentuent la pression sur les écosystèmes naturels.
Dans ce contexte, les spécialistes de l’environnement estiment que le reboisement doit désormais être considéré comme un investissement stratégique pour l’avenir du pays. Au-delà de la restauration des paysages, il constitue un levier essentiel pour préserver les ressources en eau, protéger les terres agricoles, renforcer la biodiversité et atténuer les effets du réchauffement climatique.
L’enjeu dépasse ainsi la simple plantation d’arbres. Il s’agit d’un combat pour la préservation du capital naturel national et pour la sécurité des générations futures.
Comme le rappelle un proverbe devenu emblématique des campagnes de sensibilisation environnementale : « Lorsque le dernier arbre sera abattu, lorsque la dernière rivière sera empoisonnée et lorsque le dernier poisson sera pêché, alors l’homme comprendra que l’argent ne se mange pas ».
Olivier A.









