Lomé, le 11 décembre 2025-(©AfreePress)- Les Chefs d’État et de Gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont entériné une réforme d’envergure destinée à transformer profondément l’économie du transport aérien dans la sous-région. À compter du 1er janvier 2026, les États membres aboliront l’ensemble des taxes appliquées aux billets d’avion et diminueront de 25 % les redevances passagers ainsi que les frais de sécurité, marquant un tournant majeur dans la politique tarifaire régionale.
Cette décision intervient après des années de critiques récurrentes de la part des compagnies aériennes, des spécialistes du secteur et des voyageurs, qui dénonçaient un cadre fiscal excessivement pénalisant. Les études conjointes menées par la CEDEAO, l’Union africaine, l’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA) et l’Association internationale du transport aérien (IATA) ont établi que l’Afrique de l’Ouest figure parmi les régions les plus onéreuses au monde en matière de transport aérien, avec jusqu’à 66 redevances imposées aux passagers et plus de 100 frais supportés par les transporteurs.
Cette accumulation de charges se traduit par des prix de billets 85 % supérieurs à la moyenne mondiale sur les vols régionaux, et de 82 % sur les liaisons internationales. Un niveau tarifaire qui pénalise lourdement la demande, freine la croissance du secteur et limite la capacité d’investissement dans les infrastructures aéroportuaires. Ainsi, malgré l’immense potentiel du marché ouest-africain, seule la ligne Accra–Lagos figure parmi les dix routes aériennes les plus fréquentées du continent.
Pour inverser cette tendance, les dirigeants ouest-africains ont adopté l’Acte additionnel sur les taxes et redevances aéronautiques, un instrument normatif aligné sur les pratiques recommandées par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et la Convention de Chicago. Il instaure des règles de transparence et d’équité, tout en renforçant la compétitivité des compagnies aériennes régionales et la solidité des aéroports.
Selon les projections de la CEDEAO, cette réforme pourrait entraîner une baisse allant jusqu’à 40 % du prix des billets d’avion, rendant les déplacements aériens plus accessibles à une large frange de la population, dans une région où voyager en avion demeure souvent un privilège. La mesure devrait dynamiser le tourisme, intensifier les voyages d’affaires et stimuler les activités aéroportuaires, avec des retombées économiques significatives. À terme, les gouvernements pourraient même bénéficier d’une augmentation des recettes publiques grâce à l’élargissement du marché.
Bien que juridiquement contraignante, cette réforme nécessitera une adaptation des législations nationales pour assurer son application uniforme. Les compagnies aériennes seront également appelées à répercuter les allégements de charges sur leurs tarifs. Parallèlement, la Commission de la CEDEAO mettra en œuvre un Mécanisme régional de surveillance économique du transport aérien, destiné à suivre l’évolution du marché et à veiller au respect des engagements. D’autres initiatives complémentaires sont prévues, notamment la mise en place d’un système régional de location d’avions et l’harmonisation des normes de sûreté.

Au-delà de ses implications économiques, cette réforme ambitionne de renforcer la libre circulation des personnes et des biens, pilier fondamental du projet communautaire ouest-africain. En rendant les voyages plus abordables, elle devrait consolider les liens socio-économiques et favoriser une intégration plus effective dans l’espace CEDEAO.
Créée en 1975 par le Traité de Lagos, la CEDEAO regroupe désormais 12 États membres, à la suite du retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger en janvier 2025. Dotée d’un produit intérieur brut combiné de plus de 734 milliards de dollars, l’organisation poursuit son ambition d’intégration dans divers domaines tels que l’énergie, le commerce, les transports et les télécommunications. Sa stratégie 2050 réaffirme l’objectif de faire évoluer la communauté d’une « CEDEAO des États » vers une « CEDEAO des peuples ».
Albertine A.









