Lomé, le 25 avril 2025 – (© AfreePress)- Coup de tonnerre dans le paysage du développement international : le gouvernement américain a ordonné, mercredi 24 avril, la fermeture du Millennium Challenge Corporation (MCC), l’un des principaux instruments de financement des infrastructures en Afrique depuis deux décennies, rapporte RFI. La décision émane de l’administration du président Donald Trump, qui a engagé une profonde réforme des mécanismes d’aide extérieure des États-Unis.
Fondé en 2004 sous l’impulsion du président George W. Bush, le MCC s’est imposé au fil des années comme un acteur incontournable du développement économique sur le continent africain, avec plus de 17 milliards de dollars investis dans des projets structurants, notamment dans les secteurs de l’énergie, du transport et de l’eau.
Des projets phares compromis
La fermeture du MCC intervient alors que plusieurs programmes d’envergure sont encore en cours d’exécution. Le 3 avril dernier, l’agence publiait un avis de passation de marchés pour la construction de sites de stockage de la Société nationale d’électricité du Sénégal, dans le cadre d’un programme estimé à 500 millions de dollars. Le Togo, la Zambie et le Mozambique bénéficiaient également de financements du MCC pour des travaux liés à la modernisation des réseaux électriques ou à la réhabilitation d’infrastructures routières.
Ces projets, aujourd’hui, se retrouvent en suspens. Le retrait du MCC pourrait entraîner l’arrêt prématuré de nombreux chantiers, faute de financements alternatifs. Une restructuration technique partielle a néanmoins été autorisée par la Doge, la commission pour l’efficacité gouvernementale récemment mise en place à Washington et pilotée par l’homme d’affaires Elon Musk.
Des dérogations limitées mais symboliques
Quelques exceptions ont été accordées. En Côte d’Ivoire, les travaux de construction de l’échangeur du grand carrefour de Koumassi à Abidjan se poursuivront jusqu’à leur achèvement prévu en juillet 2025. Au Sénégal, un délai de trois mois a été consenti pour sécuriser les chantiers en cours, bien que leur finalisation reste incertaine. Le sort des projets dans les autres pays partenaires, dont le Togo, demeure flou à ce stade.
La fin d’un levier d’influence stratégique pour Washington
Comparé à l’USAID, également visée par une politique de rationalisation et désormais en voie de démantèlement, le MCC offrait aux États-Unis un outil diplomatique efficace pour renforcer leurs alliances stratégiques sur le continent africain. En privilégiant les financements directs, les critères de performance et la transparence dans l’exécution, l’agence avait su gagner la confiance de nombreux gouvernements africains.
Sa disparition laisse entrevoir un vide important dans le financement du développement, à l’heure où de nombreux pays du Sud engagent des réformes ambitieuses en matière d’infrastructures et de transition énergétique.
Et maintenant ?
Si la décision américaine marque une rupture nette avec l’approche historique de partenariat fondé sur l’investissement productif, elle pose surtout la question de la redéfinition des équilibres géopolitiques en Afrique. D’autres puissances, notamment la Chine, la Turquie et l’Inde, pourraient renforcer leur présence en comblant ce vide stratégique.
Pour les États africains bénéficiaires, la fermeture du MCC est un signal d’alarme : l’urgence est désormais de diversifier les sources de financement, renforcer les partenariats Sud-Sud et miser sur des modèles économiques plus résilients, moins dépendants des aides extérieures.
AfreePress suivra l’évolution de la situation, notamment les répercussions concrètes sur les projets en cours au Togo, ainsi que les pistes envisagées par les autorités pour préserver les investissements réalisés.
Rédaction : AfreePress









