Lomé, le 22 mars 2025 – (©AfreePress) – À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, le Réseau Africain des Médias pour l’Eau et l’Assainissement (RAM-WASH) a organisé, le 22 mars 2025, un webinaire d’envergure sous le thème : « Résilience des services d’eau et d’assainissement en Afrique face aux changements climatiques ». Cet événement, qui a réuni une centaine d’acteurs du secteur, marque une première initiative significative du réseau dans la sensibilisation aux défis liés à l’eau et à l’assainissement sur le continent.
Un enjeu vital pour le développement durable de l’Afrique
Dans un contexte où 90 % des catastrophes climatiques sont liées à l’eau, la gestion durable des ressources hydriques devient une priorité absolue. Selon les experts, plus de 400 millions d’Africains vivent sans accès à une eau potable salubre, tandis que 35 % des populations urbaines mondiales ne bénéficient pas de services d’assainissement sûrs.
Face à ces défis, des spécialistes de renom ont pris la parole au cours du webinaire pour éclairer la lanterne des participants. Parmi les intervenants, figuraient Olivier GOSSO, Directeur exécutif de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA), Lucien DAMIBA, expert en WASH et changement climatique chez WaterAid Burkina Faso, Daouda SANON, consultant international en gouvernance de l’eau et expert à la Fondation ACRA, ainsi que Moussa THIAM, Président du RAM-WASH. La modération a été assurée par Abdou DIOUF.
Des impacts climatiques croissants sur les services d’eau et d’assainissement
L’évolution climatique exerce une pression sans précédent sur les ressources en eau en Afrique. Le continent, bien que ne disposant pas de glaciers majeurs, subit les conséquences de leur fonte à l’échelle mondiale. Parmi les effets constatés il y a entre autres, une intensification des sécheresses et des inondations, menaçant les infrastructures hydriques et sanitaires, une baisse alarmante des précipitations dans des régions clés comme le Sahel et l’Afrique australe, aggravant le stress hydrique, un risque accru de contamination des ressources en eau en raison des inondations et de l’érosion des sols.
Un cas concret illustrant ces défis a été présenté lors du webinaire par Daouda SANON. Il s’agit du cas du Réseau d’Adduction d’Eau Potable (RAEP) d’Effoc au Sénégal, mis en service en 2019 et densifié entre 2021 et 2023 grâce à 587 bornes-fontaines et branchements communautaires sur 41 km de canalisation.
M. Olivier GOSSO, Directeur exécutif de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA)a quant à lui, présenté l’organisation dont il a charge, ses missions, son historique et son évolution jusqu’à aujourd’hui.
Des solutions concrètes pour une résilience accrue
Les intervenants ont souligné la nécessité d’une approche proactive afin de garantir la pérennité des services d’eau et d’assainissement en Afrique. Parmi les recommandations formulées, on note le renforcement des infrastructures résilientes, incluant la gestion intégrée des ressources en eau, le captage des eaux pluviales et le développement d’usines de dessalement, des investissements accrus dans le secteur : le financement annuel nécessaire pour garantir un accès universel à l’eau potable est estimé à 66 milliards USD, alors que seuls 15 milliards USD sont actuellement mobilisés. Une coopération régionale renforcée, notamment dans la gestion des bassins transfrontaliers qui couvrent plusieurs pays du continent, l’accélération de la transition énergétique dans le secteur de l’eau : L’exemple du RAEP d’Effoc au Sénégal a démontré les avantages du passage d’une alimentation en énergie fossile à une solution mixte intégrant l’énergie solaire.
Selon l’auteur de la présentation, entre janvier et décembre 2024, la conversion au solaire a permis une réduction des émissions de CO₂ de 23,11 %, une diminution drastique des dépenses en carburant (passant de 3 600 litres de gasoil consommés à 260 litres en un an), une baisse du prix de l’eau de 350 FCFA/m³ à 250 FCFA/m³, augmentant ainsi son accessibilité aux populations.

Un appel à l’action pour les décideurs et les partenaires du développement
A l’issue de ce webinaire, les intervenants ont souligné l’urgence d’une mobilisation collective. Les experts recommandent aux gouvernements africains d’intégrer des mesures d’adaptation de l’eau et de l’assainissement dans leurs plans nationaux de résilience climatique. Par ailleurs, ils exhortent les partenaires internationaux, les banques multilatérales et le secteur privé à intensifier les investissements en faveur d’un accès universel à l’eau et à l’assainissement.
“Eau et climat : risques croissants pour les populations urbaines”. C’est la thématique développée par, Lucien Damiba de WaterAid Afrique de l’Ouest. Au cours de sa présentation, l’expert a mis en lumière les risques croissants liés à l’eau et au climat, en particulier dans les zones urbaines.
Selon ses observations, 90% des catastrophes climatiques sont dues à un manque ou un excès d’eau et d’ici 2050, plus de 67% de la population mondiale vivra en milieu urbain, 19% des citadins n’auront pas accès à l’eau potable et 35% ne disposeront pas de services d’assainissement sécurisés du fait des changements climatiques qui entraînent une intensification des inondations et des sécheresses, mettant à mal les infrastructures WASH (eau, assainissement et hygiène).
Certaines villes, a-t-il relevé, connaissent une intensification des phénomènes extrêmes comme Addis-Abeba (Éthiopie) ou Jakarta (Indonésie). Cependant, les zones à haut risque sont situées en Asie du Sud-Est, en Afrique du Nord et de l’Est.
La couche la plus vulnérable à ces phénomènes sont les femmes, les enfants, les personnes handicapées et les populations marginalisées.
Pour remédier à ces problèmes il a recommandé des actions prioritaires à savoir, prioriser les communautés vulnérables dans la planification des infrastructures WASH, accroître les investissements dans des systèmes résilients face au climat, renforcer la coopération internationale via le G7, le G20 et la Convention sur les changements climatiques., mettre en œuvre des plans nationaux d’adaptation intégrant eau et assainissement.
Le webinaire a souligné l’urgence d’une mobilisation mondiale, combinant actions locales et stratégies globales, afin de garantir un accès équitable et durable à l’eau et à l’assainissement.
À l’horizon 2050, près de 1,5 milliard d’Africains pourraient être affectés par un déficit hydrique croissant si des actions concrètes ne sont pas mises en œuvre dès aujourd’hui. Comme le rappelle la légende du colibri : « Je le sais, mais je fais ma part ».
Olivier ADJA









