Lomé, le 02 janvier 2026 -(©AfreePress)- La consommation de drogues et de substances psychoactives en milieu scolaire s’impose aujourd’hui comme l’un des défis sociaux et éducatifs les plus préoccupants au Togo. Des produits tels que le cannabis, le tramadol -détourné de son usage thérapeutique- ainsi que de nouvelles drogues de synthèse circulent de manière insidieuse dans les établissements scolaires, exposant une frange vulnérable de la jeunesse à des risques majeurs.
Selon les observations des acteurs éducatifs et sociaux, la tranche d’âge la plus touchée se situe entre 12 et 24 ans. Une réalité alarmante qui menace non seulement l’avenir de milliers de jeunes, mais aussi la stabilité et la performance du système éducatif national. Face à cette situation, les autorités togolaises ont renforcé les mécanismes de prévention et de lutte contre ce fléau grandissant.
Des substances de plus en plus accessibles
Dans les écoles et aux abords des établissements, les substances les plus fréquemment consommées par les élèves et étudiants sont entre autres : le cannabis, le tramadol et des drogues synthétiques émergentes, parfois désignées sous l’appellation de « drogue saintaise ». Présentées sous forme de bonbons, de sucettes ou de gélules, ces substances se distinguent par leur apparence trompeuse, les rendant particulièrement attractives pour les jeunes.
Leur consommation se fait souvent à l’insu des parents et des enseignants, tandis que leur circulation discrète autour des établissements scolaires complique davantage les efforts de contrôle.
Les racines du phénomène
Plusieurs facteurs expliquent l’augmentation préoccupante de la consommation de drogues en milieu scolaire. Parmi les causes identifiées figurent la pression du groupe, la curiosité et la quête de sensations fortes, le déficit de suivi parental, les difficultés scolaires et sociales, ainsi que la facilité d’accès aux substances illicites à proximité des écoles. À cela s’ajoutent le chômage et la précarité, notamment chez les jeunes déscolarisés, qui constituent un terreau favorable à la toxicomanie.
Un lourd tribut pour les élèves et la société
Les conséquences de la consommation de drogues sont multiples et profondes. Entre autres conséquences, il y a la chute des performances scolaires, le décrochage éducatif, les troubles du comportement, les violences, la dépendance, les problèmes de santé mentale et les difficultés d’insertion sociale et professionnelle.
À Lomé, dans près de 80 ghettos recensés, de nombreux jeunes ont quitté prématurément le système éducatif en raison de la toxicomanie. Certains tentent aujourd’hui de se reconstruire avec l’appui d’éducateurs spécialisés, à l’image de ce jeune de 20 ans contraint d’abandonner ses études avant l’obtention du baccalauréat.

Sensibilisation et prévention au cœur de la riposte
Pour enrayer le phénomène, des actions de sensibilisation sont régulièrement menées dans les établissements scolaires. Des séances de dialogue réunissent élèves, éducateurs et psychopédagogues autour des dangers liés à la consommation de substances psychoactives. Ces échanges favorisent une meilleure compréhension des risques et encouragent une prise de conscience collective.
Former les enseignants pour mieux agir
Depuis plusieurs semaines, le Comité national de lutte antidrogue a entrepris la formation des enseignants à la prise en charge des élèves sous l’emprise de drogues.
« La plupart des enseignants ne sont ni préparés ni formés pour gérer des élèves sous l’effet de substances psychoactives. Lorsque des incidents surviennent, cela provoque un grand désarroi au sein des établissements », explique Pahamlon Tagba, psychopédagogue.
Dialogue, accompagnement et réinsertion
Au-delà de la répression, certaines collectivités locales optent pour une approche sociale fondée sur l’accompagnement et la réinsertion. Dans la commune du Golfe 1, des jeunes âgés de 15 à 30 ans sont identifiés et encadrés à travers des méthodes innovantes visant à leur offrir de nouvelles perspectives de vie. « Il s’agit d’une nouvelle approche impulsée par le maire, basée sur l’accompagnement, la responsabilisation et la reconstruction des jeunes », a souligné Komi Glé, directeur de la planification du développement à la commune Golfe-1.

Un cadre réglementaire renforcé
Depuis la fin de l’année 2022, le commerce aux abords des écoles publiques est strictement réglementé afin de limiter la vente et la circulation de l’alcool, des drogues et des produits psychoactifs. Cette mesure vise à réduire significativement l’accessibilité de ces substances dangereuses pour les élèves.
Objectifs et perspectives
Le Togo s’est fixé pour ambition de réduire de 30 % la consommation de drogues chez les jeunes. Pour atteindre cet objectif, les autorités misent sur le renforcement de la prévention dès le plus jeune âge, l’implication accrue des parents, la formation continue des enseignants, le soutien aux jeunes en difficulté et la promotion d’activités éducatives, sportives et culturelles alternatives.
La consommation de drogues en milieu scolaire demeure un défi majeur qui hypothèque l’avenir de la jeunesse togolaise. Toutefois, grâce à la mobilisation conjointe de l’État, des éducateurs, des collectivités locales et de la société civile, des réponses durables peuvent être apportées. La lutte contre la drogue passe avant tout par l’éducation, la prévention et l’accompagnement, afin d’offrir aux jeunes Togolais des perspectives d’avenir saines et prometteuses.
Albertine A.









