Lomé, le 22 juillet 2025 -(©AfreePress)- Loïk Le Floch-Prigent, figure majeure mais controversée de l’industrie française, s’est éteint dans la nuit du mercredi 16 juillet à Paris, à l’âge de 81 ans. L’annonce de sa disparition a été faite par son épouse, Marlène Le Floch-Prigent, via l’Agence France Presse.
Ancien patron de géants industriels français tels que Rhône-Poulenc, Elf Aquitaine, GDF et la SNCF, Le Floch-Prigent a laissé une empreinte marquante dans le paysage économique des années 1980 et 1990. Mais son nom reste également associé à l’une des plus retentissantes affaires politico-financières de la Ve République : le scandale Elf.
Condamné à plusieurs reprises pour abus de biens sociaux et détournements de fonds dans ce dossier tentaculaire, il avait purgé près de deux années de détention en France. « Jusqu’au bout, le capitaine d’industrie qu’il était s’est battu pour ses entreprises et pour la défense de l’industrie française », a souligné son épouse.
Un destin rattrapé par la justice
Sa carrière a basculé au tournant des années 2000, lorsque la juge Eva Joly mit au jour un vaste réseau de corruption au sein du groupe Elf, impliquant des personnalités politiques comme Roland Dumas ou Charles Pasqua. En 2003, Loïk Le Floch-Prigent fut condamné à cinq ans d’emprisonnement, dont il ne purgea que deux, avant une libération anticipée pour raisons de santé.
Mais l’ombre judiciaire le poursuivit. En 2012, il est interpellé à Abidjan et extradé vers le Togo, où il est incarcéré cinq mois dans le cadre d’une affaire d’escroquerie dite « à la nigériane » portant sur plusieurs dizaines de millions de dollars. Il nia toute implication, dénonçant un complot et des manipulations.
L’affaire Abbas Yousef : un scandale international
Cette affaire, connue sous le nom de : « Bertin Agba – Le Floch-Prigent », éclate après la plainte d’un homme d’affaires émirati, Abbas Al Yousef, se disant victime d’une arnaque montée avec l’aide de fausses identités et de hauts responsables togolais. Selon l’accusation, les escrocs lui avaient fait miroiter un pactole de 275 millions de dollars, prétendument bloqué à la Banque centrale du Togo.
Parmi les protagonistes cités figurent le Togolais Bertin Sow Agba, l’ancien ministre Pascal Bodjona, et Loïk Le Floch-Prigent, présenté comme caution morale du projet. Ce dernier fut inculpé de complicité d’escroquerie avant d’être libéré pour raisons de santé en février 2013. Il affirma avoir été manipulé et porta plainte contre X pour corruption et arrestation arbitraire.
Les investigations dévoilent un scénario digne d’un thriller : fausses identités ministérielles, visites dans des palais présidentiels, ambassadeurs complices, et transferts d’argent via des comptes offshore. Plus de 50 millions de dollars auraient été détournés dans ce qui reste à ce jour l’une des plus grosses affaires d’escroqueries du continent africain. Cependant la plupart des protagonistes nieront leur implication et verront dans cette affaire, un complot d’Etat destiné à nuire à leur réputation.
Un homme resté actif jusqu’à la fin
Malgré ses déboires judiciaires, Le Floch-Prigent continuait de s’exprimer sur les enjeux de l’industrie énergétique, multipliant les interventions médiatiques et les tribunes dans la presse. Il se présentait comme un conseiller indépendant et un fervent défenseur du développement industriel africain.
Jusqu’à ses derniers jours, celui que l’on décrivait à la fois comme brillant et controversé n’a cessé de clamer son innocence dans les affaires qui l’ont éclaboussé. Sa mort referme un chapitre de l’histoire industrielle et politico-financière française, marqué autant par les réussites que par les dérives.
Olivier A.









