Lomé, le 19 octobre 2026 — (© AfreePress) — Changer les mots pour transformer les regards. Au Togo, l’Association des journalistes pour la santé mentale (AJSM-Togo) entend mobiliser les professionnels des médias contre la stigmatisation des personnes vivant avec des troubles psychiques. Créée le 7 mars 2026 et présidée par Germain Doubidji, cette organisation se donne pour ambition de faire du journalisme un levier d’information, de prévention et de sensibilisation autour d’un enjeu majeur de santé publique.
Alors que la santé mentale demeure souvent prisonnière des préjugés, des idées reçues et des interprétations erronées, l’association entend promouvoir une couverture médiatique plus rigoureuse, mieux documentée et respectueuse de la dignité humaine. Son credo : informer sans déformer, sensibiliser sans effrayer et raconter les réalités humaines sans enfermer les personnes concernées dans des étiquettes réductrices.
Derrière cette initiative se dessine un constat préoccupant. Les troubles psychiques, malgré leurs répercussions sur la vie individuelle, familiale et sociale, restent entourés de tabous. La stigmatisation qui en découle expose les personnes concernées à l’exclusion, fragilise leurs relations sociales et peut les dissuader de rechercher l’accompagnement dont elles ont besoin.
Dans ce contexte, les médias occupent une position stratégique. Par le choix des mots, la hiérarchisation de l’information et la manière de traiter les témoignages, ils peuvent contribuer à dissiper les mythes ou, au contraire, renforcer les discriminations. L’AJSM-Togo entend faire pencher la balance du côté d’une information responsable, fondée sur les faits et attentive aux droits des personnes.
Former les journalistes pour mieux informer
Pour traduire cette ambition en actions concrètes, l’association mise sur le renforcement des compétences des professionnels des médias. Elle envisage notamment des formations spécialisées, la production d’outils pédagogiques et la promotion de bonnes pratiques journalistiques adaptées aux questions de santé mentale.
L’objectif est de permettre aux journalistes de mieux comprendre les troubles psychiques, d’identifier les sources fiables et de rendre compte de ces sujets avec précision, sans céder aux raccourcis ni aux amalgames.
Cette démarche vise également à multiplier les contenus pédagogiques capables d’éclairer le public sur les enjeux du bien-être psychologique, les possibilités d’accompagnement et l’importance d’une prise en charge appropriée. L’association entend ainsi valoriser les initiatives qui contribuent à améliorer la santé mentale et à favoriser une société plus attentive aux souffrances souvent invisibles.
Une vigilance particulière sera accordée au traitement des faits divers impliquant des personnes présentant des troubles psychiques. L’enjeu est de prévenir les associations abusives entre maladie mentale et violence, tout en protégeant la vie privée, les droits et la dignité des personnes concernées.
Pour l’AJSM-Togo, le sensationnalisme ne saurait se substituer à l’exigence d’exactitude. Une information responsable doit distinguer les faits établis des suppositions, éviter les généralisations hâtives et replacer les événements dans leur contexte.
Santé mentale et tabagisme : un engagement élargi
L’action de l’association ne se limite pas à la sensibilisation sur les troubles psychiques. Conformément à ses textes fondateurs, elle inscrit également la lutte contre le tabagisme parmi ses domaines d’intervention.
Cette orientation élargit son champ d’action aux enjeux de prévention et de promotion de la santé publique. Elle offre aux journalistes un cadre de mobilisation autour de problématiques qui nécessitent une information accessible, vérifiée et susceptible d’encourager des comportements favorables au bien-être des populations.
L’association ambitionne, dans cette perspective, de renforcer les passerelles entre les médias, les professionnels de santé et les acteurs engagés dans la prévention.
Pour une société plus inclusive et mieux informée
Au-delà de la formation des journalistes, l’AJSM-Togo entend développer des partenariats avec les institutions publiques, les professionnels de santé, les organisations de la société civile et les autres acteurs de la promotion de la santé publique.
Cette dynamique de collaboration devrait favoriser une meilleure intégration de la santé mentale dans le débat public et contribuer à une compréhension plus juste des difficultés rencontrées par les personnes concernées.
L’ambition est aussi sociale : faire reculer les discriminations, encourager l’écoute et rappeler que les troubles psychiques ne sauraient résumer l’identité d’une personne ni justifier son exclusion.
En plaçant la dignité humaine au centre de sa démarche, l’association entend promouvoir un journalisme qui ne se contente pas de relater les faits, mais contribue également à éclairer les consciences et à nourrir le débat citoyen.
Créée le 7 mars 2026, l’AJSM-Togo ouvre ainsi un nouveau chantier dans le paysage médiatique togolais. Celui d’une presse mieux outillée pour aborder les questions de santé mentale, plus attentive aux conséquences de ses récits et résolument engagée contre les préjugés.
Car, dans ce domaine, les mots ne sont jamais neutres : ils peuvent enfermer dans la stigmatisation ou ouvrir la voie à la compréhension, à la solidarité et à l’inclusion.
Olivier A.











