Lomé, 06 mars 2026 -(©AfreePress)- Une rumeur largement relayée sur les réseaux sociaux le jeudi 5 mars 2026 a laissé croire que les forces de l’ordre auraient tenté d’interpeller le président national du Syndicat national des praticiens hospitaliers du Togo (SYNPHOT), Dr Gilbert Tsolenyanu, en marge d’une Assemblée Générale organisée à l’hôpital de Kpalimé.
Interrogé par l’agence de presse AfreePress, le responsable syndical oppose un démenti catégorique et évoque plutôt un malentendu entre les autorités administratives de la ville de Kpalimé et les organisateurs de la réunion.
Une assemblée générale synchronisée dans les structures hospitalières
L’Assemblée Générale en question s’inscrivait dans le cadre d’une AG synchronisée organisée par le SYNPHOT sur l’ensemble du territoire national, une pratique courante dans le fonctionnement des organisations syndicales pour mobiliser leurs membres et discuter des préoccupations professionnelles.
Selon Dr Gilbert Tsolenyanu, il s’agissait d’une réunion interne de travailleurs tenue sur leur lieu de travail, ce qui ne devrait pas, selon lui, être assimilé à une manifestation publique nécessitant une autorisation administrative.
« Je ne pense pas qu’il soit interdit aux travailleurs de faire des réunions sur leurs lieux de travail. De la même manière que des chefs d’entreprise peuvent convoquer leur personnel à une réunion, le personnel aussi est autorisé à faire des réunions entre eux », a confié à AfreePress, le président du SYNPHOT.
Le responsable syndical estime qu’il existe, dans l’esprit du préfet de Kloto, Assan Koku Bertin, une confusion entre réunion professionnelle et manifestation publique.
« Oui, la loi sur les manifestations publiques au Togo existe. Mais ici il s’agit d’une réunion de travail, une réunion du personnel. Tenir une réunion au sein de l’hôpital n’a jamais été sujet à une quelconque autorisation », a-t-il soutenu.
Une présence des forces de sécurité à l’origine de la rumeur
Le déploiement d’un important dispositif sécuritaire autour de l’hôpital de Kpalimé – comprenant gendarmes, policiers et éléments antiémeutes – a suscité des interprétations alarmistes parmi certains observateurs et passants. Selon Dr Tsolenyanu, la situation a été mal comprise.
« C’est quand les gens m’ont vu au milieu du dispositif policier qu’ils étaient en train de m’arrêter. Mais ce n’était pas le cas. La gendarmerie de Kpalimé n’a pas cherché à m’arrêter », a-t-il clarifié.
Le président du SYNPHOT précise que la discussion engagée avec les autorités administratives de Kloto a permis de dissiper les incompréhensions et que l’Assemblée Générale s’est finalement déroulée normalement.
« L’AG s’est à la fin bien déroulée sans aucun incident. Nous ne faisions rien d’illégal. C’était une réunion du personnel dans le cadre d’une AG synchronisée », a-t-il expliqué.
Une divergence d’interprétation de la loi
Au cœur de l’incident figure une divergence d’interprétation de la réglementation sur les manifestations publiques.
Selon Dr Gilbert Tsolenyanu, le préfet aurait initialement estimé que la tenue de la réunion dans un établissement hospitalier – considéré comme un lieu public – nécessitait une autorisation préalable du ministère de l’Administration territoriale.
« Le préfet me dit que c’est la loi sur les manifestations publiques qui l’ordonne et que comme l’hôpital est un lieu public, toute réunion en ce lieu est subordonnée à une autorisation du ministère de l’Administration territoriale. Je lui ai dit qu’il faisait une lecture biaisée de la loi », a-t-il indiqué.
Après des échanges et des vérifications auprès des autorités centrales, les forces de l’ordre se seraient finalement retirées, permettant la poursuite de la réunion.
« Le préfet et les forces de l’ordre ont replié quand nous avons échangé et qu’il a appelé son ministre de tutelle pour avoir un autre son de cloche », a ajouté le président du SYNPHOT.
La réponse du préfet de Kloto
Face aux accusations d’ingérence formulées par certains membres du SYNPHOT, le préfet de Kloto, Assan Koku Bertin, a également livré sa version des faits.
Selon lui, l’intervention des autorités visait uniquement à vérifier la régularité de l’activité et à obtenir des instructions de la hiérarchie administrative. « Dire que j’ai voulu délibérément interdire leur activité alors même qu’à la base je n’étais pas informé de la tenue de l’activité, je m’inscris en faux », a fait savoir le préfet au micro de l’agence de presse AfreePress.
Le représentant de l’État affirme avoir été alerté par les services de sécurité de sa préfecture. « La gendarmerie m’a appelé pour m’informer que des personnes se mobilisaient sous la paillote de l’hôpital de Kpalimé sans autorisation. Le directeur du secteur de police m’a également alerté sur la même situation », a-t-il expliqué.
Face à ces informations, les autorités administratives ont décidé de se rendre sur place pour échanger avec les responsables syndicaux et la direction de l’hôpital. « Nous nous sommes déplacés sur les lieux pour discuter avec les responsables et également échanger avec le directeur de l’hôpital », a-t-il précisé.
La question de l’encadrement administratif
Le préfet estime que, compte tenu du caractère national et synchronisé de l’Assemblée Générale, les autorités administratives territoriales auraient dû être officiellement informées.
« C’est une activité organisée sur l’ensemble du territoire national. Le ministère de l’Administration territoriale, qui organise la vie associative au Togo, devrait être au courant et donner des instructions aux préfets », a-t-il indiqué. Il souligne également que la gestion de ce type d’activités ne relève pas de l’autorité du ministère de la Santé.
« Ce n’est pas le ministère de la Santé qui gère la vie associative dans le pays », a-t-il martelé.
Une AG finalement autorisée
Après consultation de sa hiérarchie, le préfet affirme avoir reçu le feu vert permettant la tenue de la réunion. « Dès que le ministre m’a rappelé pour m’informer que c’était bon, l’AG a eu lieu », a-t-il conclu.
Au final, malgré les tensions initiales et la polémique sur les réseaux sociaux, l’assemblée Générale du SYNPHOT à Kpalimé s’est déroulée sans incident majeur, illustrant la capacité d’écoute des autorités du pays et la disposition des syndicalistes togolais au dialogue et à la discussions sans toutefois éluder les sensibilités qui entourent parfois les activités syndicales dans les services publics.
Olivier A.









