Lomé, le 26 octobre 2026-(©AfreePress)-Des montagnes dégradées qui retrouvent progressivement leur couvert végétal, des puits pour soutenir le maraîchage, des pistes rurales facilitant l’évacuation des récoltes et des foyers améliorés pour réduire la consommation de bois. Dans la région de la Kara (450 km au nord de Lomé), le Programme alimentaire mondial (PAM), se tient aux côtés du gouvernement togolais pour accompagner les communautés vulnérables dans la réalisation d’ouvrages destinés à améliorer durablement leurs conditions de vie.
Mis en œuvre avec l’appui de partenaires techniques et financiers, notamment Australian Aid, le programme d’assistance alimentaire pour la création d’actifs, connu sous l’appellation anglaise Food for Assets (FFA), associe travaux communautaires, transferts monétaires et restauration des ressources naturelles.

À Tchikawa, restaurer les montagnes pour préserver les moyens d’existence
À Tchikawa, dans la commune de Binah 1, à environ 40 km à l’est de Kara, les communautés s’attaquent à la dégradation des terres et aux effets du ruissellement sur les activités agricoles.
Le gouvernement togolais et le PAM accompagnent la réalisation de digues, de cordons et de tranchées destinés à ralentir l’écoulement des eaux de pluie, favoriser leur infiltration dans le sol et limiter l’érosion. Des plants sont également mis en terre pour restaurer le couvert végétal.
Pour PITIKABALO AGOUDA, membre du Comité villageois de développement (CVD) de cette localité, ces aménagements constituent un patrimoine collectif. Les populations participent aux travaux de restauration des montagnes, convaincues de leur utilité pour les générations futures.
Au-delà de la restauration des terres, le projet soutient les ménages à travers la production de compost, des jardins potagers et la construction de foyers améliorés. Ces derniers permettent de réduire la consommation de bois, tandis que les jardins favorisent la production de légumes à proximité des habitations.
Les motivations reçues par les participants apportent aussi un soutien aux activités économiques des ménages. Certains bénéficiaires les utilisent pour acheter des intrants agricoles, développer de petits commerces ou financer d’autres besoins familiaux.

BAHIM LELENDA témoigne d’une amélioration de sa situation grâce à cette assistance. L’argent reçu lui a permis de développer une activité agricole et d’acheter des denrées pour sa famille.
Les réalisations de Tchikawa illustrent ainsi la volonté du gouvernement togolais et de ses partenaires de conjuguer soutien économique immédiat et investissements communautaires durables.
À Tamdé-Lao, le reboisement au service de la résilience climatique
À Tamdé-Lao, dans la préfecture de Doufelgou, à environ 40 km de Kara, les activités de restauration des terres occupent également une place importante. Le site bénéficie de l’appui du PAM, avec le soutien de Australian Aid.
Selon Amara Kpassiro Agolo, animateur du site, une pépinière a permis de produire environ 30.000 plants de différentes espèces, notamment des papayers, des goyaviers, des manguiers et des citronniers. Une partie est destinée au reboisement des montagnes, tandis qu’une autre est distribuée aux ménages pour leurs activités de plantation.

Ces actions visent à restaurer les sols, limiter l’érosion et renforcer la capacité des communautés à faire face aux aléas climatiques.
Le programme soutient également la fabrication de foyers améliorés, la création de jardins potagers et la production de compost.
Pour ALICE MALASSIWA TCHORO, bénéficiaire du projet, cette assistance permet aux femmes de contribuer davantage aux dépenses familiales, notamment à l’achat des fournitures scolaires et à l’alimentation des enfants. Les formations reçues leur offrent aussi des possibilités de développer des activités génératrices de revenus.
Elle évoque la création d’un groupe d’épargne réunissant des femmes, qui mettent progressivement de l’argent de côté pour financer leurs projets et faire face à certaines dépenses.
Le secrétaire général de la préfecture de Doufelgou, Georges Solitoke, salue les retombées sociales et économiques du programme. Il souligne la mobilisation des populations autour des activités productives et souhaite que les réalisations puissent être entretenues après la fin de l’accompagnement extérieur.
Une assistance conditionnelle pour construire des actifs durables
Pour TABE GNADI, assistant au programme du PAM à Kara, le FFA permet aux ménages vulnérables de recevoir une assistance tout en participant à la réalisation d’ouvrages utiles à leur communauté.
Avant le démarrage des activités, des consultations participatives permettent aux populations d’identifier leurs besoins et de déterminer les investissements prioritaires. Le PAM travaille ensuite avec ses partenaires, notamment l’Agence nationale d’appui au développement à la base (ANADEB), pour accompagner la réalisation des activités.
Les actifs créés concernent notamment le reboisement, la restauration des terres, les ouvrages de rétention d’eau, les puits maraîchers, les pistes rurales et les foyers améliorés.

L’assistance est conditionnelle : les ménages doivent participer aux travaux et être recensés conformément aux modalités du programme pour bénéficier des transferts monétaires.
Selon TABE GNADI, les sommes reçues servent notamment à acheter des intrants agricoles, à développer des activités commerciales et à couvrir les besoins familiaux. Le dispositif cherche ainsi à répondre aux difficultés immédiates tout en renforçant les moyens d’existence à long terme.

À Kassi, des puits et des pistes pour soutenir le maraîchage
À Kassi, dans la commune de Kozah 1, à environ 17 km au sud de Kara, l’accès à l’eau et le désenclavement figurent parmi les priorités des populations. La diminution des ressources en eau pendant la saison sèche constituait auparavant un obstacle à la poursuite des activités maraîchères.
Selon MAZABALO YOBOU, secrétaire du groupement Dignabana, la communauté dépendait d’une rivière située à environ 300 mètres du site. Celle-ci tarissait vers la fin du mois d’octobre ou en novembre, compliquant l’irrigation des cultures.

L’accompagnement du PAM a permis la réalisation de 20 puits et la construction d’une piste d’environ 1,5 km. Ces ouvrages facilitent l’accès à l’eau et le transport des produits agricoles vers les marchés.
« Les pistes nous facilitent le transport des produits maraîchers vers les marchés pour les vendre », explique à AfreePress, Mazabalo Yobou.
Le groupement Dignabana compte environ 400 membres, dont des femmes. Ses producteurs cultivent notamment du chou, du piment, de la tomate et du gombo. Les récoltes servent à la consommation des ménages et à la commercialisation, y compris auprès des cantines scolaires.

. Pour les bénéficiaires, cette assistance contribue aux dépenses quotidiennes tout en favorisant la création d’infrastructures utiles à l’ensemble du village.
Toutefois, la disponibilité de l’eau reste un enjeu. Bien que 20 puits aient été réalisés sur les 50 initialement souhaités par les populations, leur exploitation optimale nécessite des équipements d’irrigation adaptés, notamment des motopompes ou des pompes solaires.

L’ANADEB, un partenaire clé de la mobilisation communautaire
L’ANADEB joue un rôle important dans la mise en œuvre du programme. Ses équipes accompagnent la mobilisation des populations, la planification participative et le suivi des activités.
MANAWA charlotte GNASSIBOU, point focal FFA à ANADEB Kara, indique que les interventions sont adaptées aux réalités de chaque site. Dans les zones de maraîchage, les communautés privilégient les puits et les pistes pour faciliter la production et la commercialisation. Dans les localités confrontées à la dégradation des terres, le reboisement et le traitement des bassins versants sont prioritaires.
La pérennisation des réalisations repose notamment sur l’appropriation communautaire. Selon l’ANADEB, plusieurs ménages continuent à produire du compost et à construire des foyers améliorés en dehors des périodes de financement du projet.
Cette dynamique constitue un acquis important, car elle favorise la poursuite des pratiques apprises et renforce l’autonomie des populations.
Relier les acquis du FFA à l’alimentation scolaire
Au Togo, le FFA et l’alimentation scolaire intégrée basée sur la production locale, connue sous le nom de Home Grown School Feeding (HGSF), poursuivent des objectifs complémentaires.
Le HGSF contribue à l’approvisionnement des cantines scolaires en produits locaux, tandis que le FFA soutient les moyens d’existence des ménages et la création d’infrastructures productives.

Cette complémentarité renforce les liens entre production agricole, marchés locaux et alimentation des enfants. À Kassi, par exemple, les maraîchers peuvent commercialiser une partie de leurs récoltes auprès des cantines scolaires, tout en approvisionnant les marchés et les ménages.
Selon Manawa Charlotte Gnassibou, les deux programmes favorisent également la mobilisation des communautés autour de l’éducation et de la sécurité alimentaire. Certains bénéficiaires du FFA contribuent volontairement au fonctionnement des cantines, témoignant de leur intérêt pour ce service communautaire.
Cette dynamique dépend néanmoins de la disponibilité des ressources, de l’organisation des producteurs et de la capacité des communautés à maintenir les acquis.
Pérenniser les réalisations, un défi majeur
Malgré les avancées observées, plusieurs défis demeurent. L’accès durable à l’eau, l’entretien des ouvrages, la protection des zones reboisées et la disponibilité des équipements d’irrigation figurent parmi les priorités. Les difficultés foncières et les risques d’incendie imposent également une vigilance constante. Les autorités locales et les bénéficiaires souhaitent voir se poursuivre l’accompagnement afin d’étendre les réalisations et de consolider les résultats obtenus.

À travers le Food for Assets, le PAM, en partenariat avec le gouvernement togolais et avec l’appui de ses partenaires techniques et financiers, entend renforcer la capacité des communautés vulnérables à faire face aux crises, tout en favorisant la restauration des ressources naturelles et le développement des activités économiques locales.
À Kassi, Tchikawa et Tamdé-Lao, les puits, les pistes, les plants mis en terre et les foyers améliorés illustrent cette volonté de transformer une assistance temporaire en investissements utiles à plusieurs générations.
La consolidation de ces acquis dépendra désormais de l’entretien des ouvrages, de l’engagement des communautés et de la continuité des mécanismes locaux de gestion, afin que les réalisations puissent continuer à produire leurs effets au-delà de la période d’intervention des partenaires.
Albertine A.











