Lomé, le 2 novembre 2026 -(AfreePress)– La dégradation des conditions de vie des populations, conjuguée à la persistance de la crise politique et institutionnelle, ravive les préoccupations du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR). À l’occasion de sa rentrée politique 2026-2027, organisée le 31 octobre dernier à son siège à Lomé, le parti a lancé un appel à la mobilisation des forces vives de la nation autour d’un grand meeting annoncé pour le 6 décembre prochain, avec pour principal mot d’ordre la lutte contre la vie chère.
Placée sous le thème : « Le réalisme politique pour une résolution durable de la crise au Togo », cette rentrée politique a été l’occasion pour la formation politique de dresser un état des lieux de la situation nationale. Au menu des échanges : la crise sociopolitique, les perspectives de sortie de crise, les occasions de dialogue manquées, mais également les difficultés économiques et sociales auxquelles les ménages sont confrontés.
Dans sa déclaration liminaire, structurée autour de quatre axes majeurs, le CAR a particulièrement insisté sur les répercussions de la récente augmentation des prix des produits pétroliers, les déguerpissements de commerçants et d’autres acteurs du secteur informel, ainsi que les interruptions récurrentes de la fourniture d’électricité. Autant de facteurs qui, selon le parti, accentuent la vulnérabilité des populations et compromettent davantage leur pouvoir d’achat.
La décision de la Cour de justice de la CEDEAO, une opportunité politique à saisir
Sur le terrain institutionnel, le CAR estime que la décision rendue le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), relative au changement de la loi fondamentale, constitue un élément déterminant dans la recherche d’une issue à la crise togolaise.
Pour le parti, la dimension juridique de cette crise impose désormais une réponse à la hauteur des enjeux, aussi bien sur le plan national qu’international. Il invite, à cet égard, les autorités et l’ensemble des acteurs politiques à prendre pleinement en considération les orientations contenues dans cette décision.
« Dans son arrêt, la Cour de justice de la CEDEAO a proposé une piste de solutions aux acteurs politiques togolais dans le point 109, qui consiste à trouver une solution consensuelle à ce changement inconstitutionnel de la loi fondamentale », souligne le CAR. Le parti exhorte notamment la formation au pouvoir et le gouvernement à s’approprier cette proposition afin de favoriser un dénouement concerté d’une crise politique qui, selon lui, n’a que trop duré.
Le CAR revient sur les rendez-vous manqués du dialogue politique
Dans son analyse, la formation politique n’a pas manqué de revisiter les différentes séquences au cours desquelles une sortie négociée de la crise aurait pu, à ses yeux, être obtenue. Elle déplore des occasions successivement compromises par ce qu’elle qualifie de manque de lucidité chez certains acteurs et de calculs politiques chez d’autres.
Le premier épisode remonte à 2005, dans le sillage de l’élection présidentielle. Sous l’impulsion de feu Me Yaovi Agboyibo, le CAR affirme avoir contribué à l’ouverture d’un dialogue entre le pouvoir et les différentes composantes de la classe politique. Cette démarche avait abouti, le 20 août 2006, à la signature de l’Accord politique global (APG).
Ce cadre de concertation, auquel avaient adhéré des acteurs politiques et de la société civile, devait notamment permettre de conduire des réformes constitutionnelles et institutionnelles, de garantir la transparence des consultations électorales futures et de poser les jalons d’une alternance démocratique au sommet de l’État.
Le CAR rappelle également que le choix de Me Yaovi Agboyibo, alors président national du parti, pour diriger le gouvernement avait recueilli l’adhésion des différentes parties prenantes, à l’exception d’une formation politique. Le gouvernement issu de cette configuration avait notamment organisé les élections législatives du 14 octobre 2007, dont les résultats avaient été reconnus par les acteurs politiques et la communauté internationale, selon le parti.
Aux yeux du CAR, le refus persistant d’un acteur politique de soutenir cette option aurait ensuite contribué à compromettre la mise en œuvre des réformes prévues par l’APG. Une première occasion manquée, selon son analyse.
La deuxième séquence évoquée concerne les négociations autour des réformes constitutionnelles avant la présidentielle de 2015. Le CAR affirme avoir alors proposé une formule de compromis permettant au chef de l’État sortant, s’il le souhaitait, de briguer un dernier mandat, en contrepartie de l’adoption des réformes constitutionnelles envisagées par le pouvoir lui-même. Parmi les dispositions défendues figurait notamment le principe selon lequel « en aucun cas, nul ne peut faire plus de deux mandats ».
Le parti soutient que cette démarche aurait pu déboucher sur un consensus politique. Il regrette toutefois qu’une partie de l’opposition n’ait pas adhéré à cette proposition et ait plutôt engagé, selon ses termes, une campagne de dénigrement contre le CAR. Le processus aurait ainsi, une nouvelle fois, tourné à l’avantage du pouvoir en place.
Troisième épisode. La proposition formulée par le CAR à l’issue de sa rentrée politique 2023-2024, après la présidentielle du 20 février 2020 et dans un contexte de tensions persistantes. Le parti avait alors plaidé pour le report des élections législatives en préparation, afin de privilégier la tenue d’une assise nationale destinée à créer les conditions d’un apaisement politique et à garantir une meilleure transparence du processus électoral.
Là encore, la formation politique affirme avoir essuyé de vives critiques, particulièrement de la part de certains partis de l’opposition.
« Le populisme ne conduit à aucun résultat », prévient le parti
Tirant les enseignements de ces différentes expériences, le CAR appelle à une réorientation des stratégies politiques de l’opposition. Pour la formation, les résultats des élections législatives d’avril 2024 illustrent, à ses yeux, les limites d’une démarche politique davantage fondée sur les slogans et les postures que sur la recherche de compromis réalisables.
Le parti plaide ainsi pour une opposition plus pragmatique, capable de dépasser les rivalités internes et les considérations partisanes afin de construire les conditions d’une véritable démocratisation du pays.
Dans cette perspective, le CAR met en garde contre les dérives du populisme, qu’il considère comme un facteur de fragilisation des efforts engagés pour l’alternance démocratique. « Le manque de réalisme politique ne fait que profiter au régime en place », estime-t-il, appelant les acteurs de l’opposition à privilégier des stratégies concertées, loin de la démagogie et des surenchères politiques.
Assises nationales, libération des détenus et amnistie générale : les pistes avancées
S’agissant des perspectives de sortie de crise, le CAR réaffirme son attachement à une démarche articulant pression politique et dialogue. Il considère que la décision de la Cour de justice de la CEDEAO du 29 janvier 2026 offre une fenêtre d’opportunité qu’il serait préjudiciable de négliger.
Pour le parti, la recherche d’une solution durable passe notamment par l’organisation d’assises nationales, la libération des détenus politiques, la proclamation d’une amnistie générale et l’accompagnement de la communauté internationale.
Au-delà de ces propositions, la formation politique remet en question l’efficacité du principe majoritaire dans le contexte institutionnel togolais actuel. Elle estime que les échecs successifs de ce mécanisme appellent à repenser les modalités de construction du consensus national.
L’ambition affichée est de parvenir à l’édification d’un véritable État-nation, fondé sur des institutions consensuelles et suffisamment solides pour garantir une alternance pacifique au sommet de l’État.
Vie chère : le CAR dénonce une accumulation de difficultés sociales
Mais c’est surtout sur le front social que le ton de la déclaration s’est voulu particulièrement préoccupé. Le CAR décrit une population confrontée à une érosion continue de son pouvoir d’achat, dans un environnement marqué par la hausse des dépenses quotidiennes et la multiplication des difficultés économiques.
Le parti pointe notamment les récentes augmentations des prix des produits pétroliers, les opérations de déguerpissement menées contre des occupants de certains espaces de travail et les coupures récurrentes d’électricité.
Concernant les déguerpissements, le CAR déplore que des personnes exerçant des activités économiques soient contraintes de quitter leurs lieux de travail sans bénéficier, au préalable, de solutions de relogement adaptées. Une situation qui, selon lui, prive de nombreux concitoyens de leurs sources de revenus et accentue leur précarité.
La récente hausse des prix des produits pétroliers est également vivement critiquée. Le parti conteste les justifications avancées autour du blocage du détroit d’Ormuz et y voit une décision dont les conséquences pèsent lourdement sur les ménages déjà éprouvés par les difficultés économiques.
À ces contraintes s’ajoutent les délestages électriques, que le CAR impute à des problèmes persistants de gestion au sein de la Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET). Le parti considère que ces interruptions répétées de la fourniture d’électricité désorganisent les activités économiques, fragilisent les petits opérateurs et plongent les populations dans un inconfort quotidien.
Cap sur le 6 décembre : le CAR veut fédérer les forces vives
Face à ce tableau qu’il juge préoccupant, le Comité d’Action pour le Renouveau entend faire du 6 décembre 2026 un temps fort de mobilisation contre la vie chère.
À travers ce meeting annoncé, le parti invite les forces vives de la nation et les populations togolaises à exprimer leurs préoccupations face à la dégradation des conditions de vie. L’initiative se veut également un cadre de dénonciation des difficultés sociales et de sensibilisation sur les enjeux liés au pouvoir d’achat.
Entre revendications sociales, exigences de réformes institutionnelles et appel au dialogue national, le CAR entend ainsi replacer la recherche d’une solution durable à la crise togolaise au centre du débat public.
René BLEWOUSSI
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